





L'édito de l'Union
Le lent sabotage de la recherche
22/04/2026
D’abord une excellente nouvelle — et savourons-la, car elles se font rares : les arbitrages ministériels concernant le Palais de la Découverte confirment l’ambition du projet que porte Mme Sylvie Retailleau, présidente d’Universcience. Même si tout n’est pas réglé sur le plan financier, ils stabilisent la poursuite du chantier, assurent le déploiement du Palais sur l’ensemble du Palais d’Antin et réaffirment l’ouverture au public en mars 2027. C’est une étape importante : elle permet de réactiver la phase de travail préparatoire opérationnel à la réouverture.
Beaucoup moins réjouissant — sans être, hélas, une surprise : l’OCDE alerte sur le décrochage technologique de l’Europe dans son récent rapport “Science, technologie et innovation”. Les chiffres sont sans appel : les dépenses de R&D progressent de 2,6% dans l’OCDE, de 3,4% aux États-Unis — et de 0,4% seulement dans l’UE. En Allemagne : -0,4%. En France : -0,5%. Le Japon et la Corée du Sud, eux, affichent plus de 5%. Pendant que d’autres accélèrent, nous désinvestissons. Doucement, mais sûrement.
Je souffre de voir mon pays désinvestir du futur de ses enfants. Le décrochage que nous vivons a longtemps été masqué par les investissements consentis après la Seconde Guerre mondiale — alors que nous étions bien moins riches qu’aujourd’hui. Vivre sur ces acquis était déjà discutable. Les éroder l’est encore davantage. Et invoquer des gains d’efficacité pour s’en justifier revient à prétendre que le seul problème est un gâchis de ressources — ce qui est à la fois partiellement vrai et profondément malhonnête.
Car le gâchis existe, oui — et il est réel. Il a été imposé par des choix politiques délibérés : une couche administrative de gestion et de contrôle qui s’épaissit sans fin, et qui absorbe près de la moitié du temps des chercheurs et enseignants-chercheurs — à répondre à des injonctions bureaucratiques, à rédiger des demandes de financement formatées pour satisfaire les objectifs de gens qui savent sans avoir jamais cherché, et à évaluer lesdites demandes. C’est un gâchis massif, structurel, et peut être voulu.
Qu’il est loin, le temps d’Hubert Curien — cristallographe, ministre de la Recherche et de la Technologie de 1984 à 1986 puis de 1988 à 1993, président du CNES de 1976 à 1984, premier président de l’Agence spatiale européenne de 1979 à 1984. Un scientifique au sens plein du terme, qui savait de quoi il parlait parce qu’il l’avait fait. La comparaison avec ceux qui depuis ont occupé le même portefeuille est cruelle.
PS — À peine avais-je fini d’écrire ce billet que j’ai reçu sur ma boîte professionnelle la nouvelle suivante : au titre du budget rectificatif décidé par le CNRS sous contrainte de l’État, l’Institut National des Sciences de l’Univers auquel mon laboratoire est rattaché va nous « remonter » 25% de notre dotation annuelle 2026. Ce qui signifie qu’après une notification de crédit de fonctionnement déjà généralement en baisse, le quart en est purement et simplement repris — indépendamment de ce que le laboratoire aurait déjà engagé. C’est la conséquence directe de la demande du Premier ministre au CNRS d’une coupe budgétaire inédite de 20 millions d’euros sur l’exercice 2026, au-delà des 506 millions d’euros de charges nouvelles décidées, mais non compensées, par l’État depuis octobre 2024.
Au regard des 4,2 milliards d’euros de budget de l’organisme en 2024, la somme peut sembler minime. Elle ne l’est pas. Car 91% de la dotation d’État correspond aux salaires : il s’agit donc d’une amputation de 20 millions sur les 270 millions d’euros qui financent directement les laboratoires — consommables, équipements, fonctionnement des équipes. On peut espérer qu’il ne s’agisse que d’un ajustement ponctuel, même si l’ampleur de la contrainte interroge. Le tout à mettre en perspective avec les 7 milliards d’euros par an de crédit impôt recherche aidant la recherche en entreprise.
Bref, la recherche publique française est attaquée. Plus insidieusement qu’aux États-Unis — mais attaquée. Et ce, indépendamment des belles promesses de la loi de programmation de la recherche, qui s’engageait sur 25 milliards d’euros supplémentaires sur dix ans pour tendre vers l’objectif des 3% du PIB consacrés à la R&D, mieux financer et évaluer la recherche publique, améliorer l’attractivité des métiers de la recherche, et replacer la science dans une relation ouverte avec la société. Le contraste avec la réalité est saisissant.
François Bouchet

Rencontre Sciences et culture #23
Mercredi 20 mai 2026- Invitée de notre conférence débat, Monique PINÇON-CHARLOT pour présenter son ouvrage :Les riches contre la planète, Violence oligarchique et chaos climatique
– Monique Pinçon-Charlot est une sociologue française, ancienne

Entretien de Sylvestre Huet avec François Bouchet : sciences, raison et démocratie
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Roger Martin du Gard fut un écrivain très apprécié, prix Nobel de littérature, aujourd’hui quelque peu oublié, il est encore lu cependant. On sait qu’il se déclara athée, et il le resta jusqu’à la mort, même si la question de Dieu ou de la religion l’a préoccupé tout au long de sa vie. Nous disposons maintenant de son Journal, de sa correspondance générale, de sa correspondance avec Copeau, Gide, Dabit… Surtout son roman inachevé Maumort a été publié (la version intégrale en Pléiade), il est donc possible actuellement de cerner au mieux la pensée de Roger Martin du Gard.
Ce fut un matérialiste, lecteur de Renan, Taine, Le Dantec et aussi de Montaigne, mais il se déclara toujours comme un piètre penseur, ce qui peut surprendre de la part d’un écrivain qui, dans ses romans, a semblé défendre des thèses. De formation, il est chartiste, passionné par la documentation, aimant la précision : son style, fluide et charpenté s’adapte à ce goût pour l’objectivité et, dans son Journal, a priori écrit intime, on retrouve ce besoin de clarté, comme s’il écrivait pour un lecteur qui n’est autre que lui-même.
Roger Martin du Gard prétend ne pas comprendre les philosophes et d’ailleurs il avoue, dans son Journal, éviter les relations intellectuelles, prétendant se sentir inférieur aux grands penseurs qu’il a l’occasion de croiser. Son athéisme ne serait pas la conséquence d’une réflexion mais plutôt comme un atavisme ne dépendant pas de lui.
Qu’en est-il vraiment ? Faut-il croire l’auteur ou supposer qu’il serait plus philosophe qu’il voudrait bien l’avouer, mais cachant ses spéculations par pudeur ? Martin du Gard a le goût du secret, toutefois il consent à se livrer dans son Journal intime mais il est difficile de conclure…
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