Union rationaliste

Les OGM

Gabriel Gohau. Nous recevons ce matin Jean Genermont, professeur émérite à l’Unité Paris VI où il travaille dans l’UR Ecologie, systématique et évolution.

Jean Genermont, bonjour. Bien que nous nous tutoyons depuis nos études lointaines nous sacrifierons à l’usage de cette antenne en usant du vouvoiement.

Nous vous interrogerons à propos d’un article paru dans un récent numéro de la revue Raison présente qui porte sur l’Agriculture et la mondialisation, l’article s’intitulant « L’amélioration des espèces domestiques. Dix millénaires de modifications génétiques. » Si nous l’avons choisi comme thème de cette émission, c’est qu’il a rencontré un grand succès auprès des lecteurs. Tous ceux que j’ai pu interroger ont noté la modération du ton et l’équilibre de l’argumentation, ce qui n’est pas un mince compliment si l’on sait que l’essentiel de vos propos porte sur les OGM, c’est à dire les organismes génétiquement modifiés, objets de tant de controverses.

Nos auditeurs les plus fidèles, d’ailleurs, se rappelleront sans doute que nous avions déjà abordé la question en 2000 avec Hubert Vallerot de l’INRA. Le sujet est assez évolutif pour qu’il soit nécessaire d’y revenir de temps à autre.

Puisque vous avez titré votre contribution sur dix millénaires de modifications, peut-être n’est-il pas inutile, avant d’aborder la question elle-même des OGM, de vous demander de dire un mot de la sélection naturelle. Il me semble que l’exemple du pied inverse, ce champignon qui attaque le blé et fait se coucher la tige avant maturité, est intéressant car montre l’introduction de gènes d’une autre espèce dans un organisme par des méthodes de la génétique classique.

Jean Genermont. Oui, il est intéressant de noter que l’amélioration des espèces, animales ou végétales, est une très longue histoire et que dès les premiers siècles de cette amélioration les organismes qui ont été élevés par l’homme étaient modifiés par rapport à ce qu’ils étaient initialement, modifiés par une sélection tantôt intentionnelle, tantôt non intentionnelle et, s’il y a eu une rupture dans cette évolution, il me semble important de souligner celle qui s’est produite au début du XXe siècle lorsqu’on a commencé à connaître la génétique et que l’amélioration a cessé d’être empirique pour devenir fondée sur des méthodes génétiques très précises.

Cette rupture a conduit à des méthodes extrêmement efficaces de sélection, en particulier à partir du milieu du XXe siècle.

L’exemple que vous m’avez demandé d’évoquer, la résistance du blé au piétin-verse est un exemple parmi d’autres d’introduction d’un gène étranger prélevé dans une espèce sauvage et introduit dans une espèce cultivée par des croisements qui ne se produiraient pas spontanément et qui peuvent se produire grâce à l’intervention d’un expérimentateur et qui demandent une technicité élaborée pour pouvoir être menée à bien. Il faut réaliser le croisement, il faut obtenir des graines viables, il faut ensuite recroiser les plantes avec d’autres géniteurs et c’est quelque chose d’assez compliqué qui demande une technologie permettant de franchir ce qu'on appelle habituellement la barrière d'espèce et, dans le fond, ce qu'on fait dans le cadre des OGM, c’est aussi un franchissement de la barrière d’espèce.

GG. Alors, venons en précisément aux OGM. Dites-nous d’abord brièvement en quoi consiste cette technique d’insertion de gènes étrangers dans un organisme qui est ce qu’on nomme, je crois, la transgénèse.

JG. La transgénèse est une chose relativement complexe. Elle commence par l’identification d’un caractère, car c’est un caractère qu’on veut transférer dans une espèce domestique ou cultivée, d’un caractère intéressant que l’on connaît chez une autre espèce. Il faut ensuite s’assurer que ce caractère est déterminé par un gène ou un petit nombre de gènes. Ensuite, il faut découper dans le matériel génétique de l’organisme qu’on peut qualifier de donneur, le segment qui porte le gène, l’associer éventuellement avec d’autres segments et puis, par des méthodes relativement compliquées, arriver à l’introduire dans l’appareil génétique de l’espèce receveuse. Ceci peut se faire soit en introduisant, dans le cas d’un végétal, dans une cellule particulière et, ensuite, en essayant d’obtenir la régénération d’un plant complet à partir de cette cellule unique, soit dans le cas d’un animal en injectant une suspension de matériel génétique (ADN) dans l’œuf. Et tout ceci n’est pas facile ; c’est très long, et ça se réalise en un grand nombre d’étapes que bien sûr, je ne peux pas détailler ici.

GG. Bien sûr. La suite des questions va de soi. Nous vous demanderons de nous indiquer les avantages et les inconvénients des organismes transgéniques. Alors, commençons par les avantages. Vous dites dans votre article : avantages avérés ou espérés. Et ensuite, nous verrons les inconvénients.

JG. Les avantages avérés, il y en a de toute évidence pour les cultivateurs. Les principaux types d’OGM qui ont été utilisés jusqu’à présent sont des organismes résistants à des ravageurs, à des parasites, ou encore des organismes résistant à des herbicides, ceci pour les plantes cultivées. Je ne parlerai pas des animaux parce qu’ils sont très peu utilisés. Des végétaux résistant à des insectes, c’est le cas des végétaux qu’on qualifie de Bt, comme le maïs, qui produisent eux-mêmes une toxine issue d’une bactérie, le Bacillus Thuringiensis, qui se révèle un insecticide relativement puissant sur les insectes du groupe des papillons et à peu près exclusivement sur eux. Et dans le cas d’un maïs Bt, il est spontanément résistant, en tout cas partiellement, aux attaques d’un parasite redoutable, la pyrale du maïs. Ceci permet de réduire considérablement, non pas à zéro, les épandages d’insecticides dans les cultures de maïs Bt. De la même façon, on produit des plantes qui sont résistantes à des herbicides. Ces herbicides peuvent alors être utilisés pour désherber un champs sans risque d’atteindre la plante cultivée elle-même ; on voit donc l’avantage que peut en tirer le cultivateur.

GG. Ceux-là sont avérés. Y en a-t-il d’espérés qui ne seraient pas encore finalisés ?

JG. Il y a beaucoup d’espoirs. En particulier, il ne s’agit pas de ne s’intéresser qu’à la commodité ou au profit du cultivateur mais aussi à l’intérêt du consommateur. Par exemple, on a beaucoup parlé du « RIZ DORÉ » ; il existe mais n’est pas encore cultivé à grande échelle. Il produit de la vitamine A et du fer, ce qui représente un grand avantage pour les populations des pays où les carences en vitamine A et en fer sont endémiques. Si un jour ce riz est consommé à grande échelle, on peut penser que ce sera très avantageux pour le consommateur.

GG. Tout cela est merveilleux, mais il y a des choses qui font peur dans les OGM. Il ne faut pas les dissimuler. Lesquelles ?

JG. Il faut s’en préoccuper. D’abord, dans les techniques complexes qui sont utilisées pour produire un OGM, il se trouve qu’on a été amené à introduire en même temps que le caractère intéressant des caractères auxiliaires, en particulier des caractères de résistance à des antibiotiques. Donc, les OGM actuellement cultivés, comme ce maïs Bt, possèdent aussi un gène de résistance à un antibiotique. Cela signifie que l’on peut redouter que ce gène de résistance soit transmis à certaines bactéries, éventuellement à des bactéries pathogènes, et que ceci devienne un inconvénient dans la mesure où on ne pourra plus traiter les malades avec les antibiotiques correspondants. Il y a relativement peu de risques que cette diffusion se produise de façon significative, en tout cas pas avec une fréquence plus élevée que l’apparition de résistances naturelles chez les bactéries. Néanmoins c’est quelque chose qu’il faut prendre en compte et qu’il faut expérimenter.

GG. On a déjà vu des antibiotiques qui avaient suscité des résistances, des antibiotiques classiques anciens.

JG. Bien sûr, les résistances à ces antibiotiques existent déjà et on sait que cela peut être très ennuyeux en thérapeutique. Il s’agit là d’une première peur qui, à mon avis, n’est guère justifiée mais on ne sait jamais.

Un autre aspect est la possibilité d’introduction d’allergènes dans un OGM. Cela s’est déjà produit au moins une fois, quand on a fabriqué une fève possédant une substance normalement produite par la noix du Brésil ; cette substance, dotée d’une très bonne valeur nutritive a malheureusement un grand pouvoir allergénique. La fève était destinée à l’alimentation du bétail. Néanmoins, si je suis bien au courant de ce qui s’est passé, elle a été complètement éliminée et n’est plus utilisée. De façon générale, il est difficile d’être absolument certain qu’une substance produite par un OGM n’a pas de pouvoir allergénique et cela demande donc, là aussi, à être expérimenté.

Autre problème. Prenons le cas du colza résistant à un herbicide. Ce colza est susceptible de se croiser à des plantes sauvages. Cela se produit spontanément. Il existe en France, en particulier, une plante qui s’appelle la ravenelle qui est une mauvaise herbe et qui est susceptible d’être fécondée par du colza. Si le colza est transgénique, il peut rendre la ravenelle résistante.

GG. Je crois qu’on a vu quelques uns de ces aspects. Je voudrais pour terminer – parce que vous évoquez dans votre article les risques socio-économiques – qu’on en dise un mot. Doutant que les OGM soient la panacée dans la lutte contre la faim vous écrivez que c’est peut-être paradoxalement dans les pays les plus développés que leur utilisation aura les retombées les plus positives. Or, dans un entretien à l’Humanité, le président fondateur du mouvement des Sans terre brésiliens déclarait « Jusque là, les multinationales se contentaient de contrôler la terre ou le commerce. Désormais toute la ligne technologique est fondée sur le pouvoir de celui qui contrôle les semences, d’où l’offensive pour imposer les semences transgéniques. » Il ajoutait que « l’OMC a donné le droit de propriété intellectuelle sur les semences aux transnationales comme Monsanto. » Alors, peut-on retrouver le même problème que dans la révolution verte des années 80 qui a été catastrophique pour un certain nombre des pays du tiers monde ?

JG. Effectivement, des problèmes similaires risquent de se retrouver. Cultiver des OGM, ça coûte cher. Il faut se les procurer. Les semences coûtent plus cher que les semences conventionnelles et, très vraisemblablement, un certain nombre de paysans pauvres et tout particulièrement dans les pays les plus pauvres ne pourront pas se procurer ces semences. Donc les avantages qu’on pouvait en attendre disparaissent en grande partie et ceci d’autant plus que les plus riches pourront produire peut-être avec de meilleurs rendements des produits alimentaires dont les prix vont finalement baisser de telle sorte que les pauvres ne pourront plus vendre leurs produits à des tarifs intéressants et deviendront eux-mêmes de plus en plus pauvres. Et c’est un véritable cercle vicieux dont il faut tenir compte.

GG. C’est tout de même un aspect de la question qui est préoccupant.

JG. Très préoccupant.

GG. Jean Genermont, je vous remercie.

Et je repasse la parole à Guy Bruit pour qu’il nous dise un mot du volume de Raison présente dont est extrait l’article de Jean Génermont et pour quelques informations sur les activités et les publications de l’Union rationaliste.

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