Union rationaliste

Le nuage de Tchernobyl

Invité :  Bernard Lerouge

Radio Libertaire Le 8 mai 2009

Bonsoir à tous. Vous êtes sur Radio Libertaire - 89.4 - à l'émission Raison Présente de l'Union rationaliste, le 2e vendredi de chaque mois, de 19h à 21h. L’émission peut être écoutée partout sur le site de Radio-Libertaire en direct et en différé, ou seulement en différé sur le site de l’Union rationaliste, Union-rationaliste.org, et vous pouvez intervenir à tout moment en téléphonant au 01 43 71 89 40.

Au micro Bernard Graber, Silvia Goodenough, Claude Stéphan et Marcel Bohy.

Notre invité est un physicien nucléaire, Bernard Lerouge, qui vient de publier un livre sous le titre, « Tchernobyl, un ‘nuage’ passe... Les faits et les controverses » paru en janvier chez l’Harmattan. Comme il n’était pas libre ce soir, l’émission a été préenregistrée le 23 avril en public au siège de l’Union rationaliste.

Une fois de plus sur un sujet écologiquement sensible, le nucléaire, nous n’avons pas choisi le débat contradictoire parce que ce type de débat est difficile à conduire pour ne pas tomber dans l’affrontement d’affirmations contraires où tout le monde parle en même temps surtout lorsque les discours sont de nature différente comme ceux qui opposent les politiques aux scientifiques. Dans une joute oratoire entre politiques et scientifiques, les politiques ont pour eux l’éloquence et les certitudes alors que les scientifiques, qui vivent dans le monde de la recherche qui est celui de la rigueur et de la remise en cause permanente, se trouvent désarmés. L’information scientifique du public est une chose trop sérieuse pour donner lieu à des spectacles comme ceux dont les médias raffolent. Pour évoquer le nuage de Tchernobyl, il fallait un interlocuteur qui connaisse bien les radiations tout en respectant l’objectivité de l’historien. Nous croyons l’avoir trouvé en Bernard Lerouge.

Bernard Lerouge est un spécialiste du nucléaire. Polytechnicien, il a fait sa carrière au CEA (commissariat) où il s’est spécialisé dans les petits réacteurs et la sureté des réacteurs au sein de l'institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN dépendant du CEA). Il est intervenu plusieurs fois dans les pays de l’Est. Très attentif aux problèmes écologiques, il participe à un groupe de réflexion sur l'énergie et l'environnement au XXIème siècle (GR21), créé en 1999, et il suit de près les travaux des biologistes et des cancérologues.

Son livre : « Tchernobyl, un ‘nuage’ passe... Les faits et les controverses » est un excellent livre, clair et facile à lire - ce qui n’est pas un mince compliment s’agissant de radioactivité - et surtout construit comme un reportage dans un souci constant de transparence et d’objectivité, sans rien cacher et sans esquiver aucune des controverses et en reconnaissant toutes les erreurs commises. Six annexes courtes et très claires complètent l’ouvrage. Cela donne un livre serein et parfaitement informé.

Claude Stéphan qui interviendra dans la discussion est directeur de recherche émérite au CNRS en physique nucléaire. Il a étudié les réacteurs de nouvelle génération. Il est co-auteur d’un livre L’énergie dans le monde, bilan et perspectives dans le contexte de pénurie de pétrole et de réchauffement climatique.

L’émission comprend trois parties. La première sur Tchenobyl, la seconde sur le nuage et la troisième sur la dangerosité des petites doses de radioactivité.

La première partie traite de l’accident de Tchernobyl, de loin le plus grave du nucléaire civil, survenu le 26 avril 1986 et d’abord caché par les Soviétiques. Que s’est-il passé ? Il apparaît que le réacteur s’est emballé à la suite d’une fausse manœuvre et qu’il a pris feu. C’était donc un incendie et non une explosion. Celle-ci aurait-elle pu se produire ? Un réacteur nucléaire peut-il exploser comme une bombe atomique ? Non, parce que la réaction nucléaire est toujours freinée au moins partiellement et qu’elle est confinée dans un réacteur alors que la bombe explose soudainement et en altitude. En revanche, le réacteur produit beaucoup plus de déchets radioactifs que la bombe dont la vie est trop courte pour en former beaucoup.

Combien y a-t-il eu de morts et de malades à Tchernobyl ? Une grande enquête de l’OMS (organisation mondiale de la santé) qui a donné lieu en septembre 2005 à un rapport de 600 pages en trois volumes, regroupant les travaux de centaines de scientifiques, d'économistes et de spécialistes de la santé, permet de répondre à la question : on peut s’attendre à quelques 4000 décès imputables à Tchernobyl parmi les membres des équipes d’intervention et les habitants des zones les plus contaminées, décès soit déjà survenus, soit qui devraient se produire à l’avenir en fonction des cancers déjà constatés. Ce chiffre comprend la cinquantaine de membres des équipes d’intervention décédés dans les premières semaines des suites du syndrome d’irradiation aiguë et neuf enfants morts d’un cancer de la thyroïde sur 4000 cancers de la thyroïde, tous chez des personnes qui avaient moins de 15 ans au moment de la catastrophe et presque tous guéris : soit 3 940 décès en tout dus à un cancer radio-induit ou à une leucémie parmi les 600 000 personnes les plus exposées autour de la centrale. Quatre mille : on est loin des dizaines de milliers de victimes annoncées à l’époque.

Nous allons donc entendre Bernard Lerouge répondre à la première question sur ce qui s’est passé à Tchernobyl.

La deuxième partie traite du nuage. En fait, il vaut mieux dire panache pour désigner ce volume d’air contenant les cendres radioactives de l’incendie de Tchernobyl. Comme un panache de fumée, ce volume s’est déplacé au gré des vents en s’effilochant. Parti d’Ukraine, il est d’abord monté vers la Scandinavie avant de redescendre sur les Balkans puis de remonter vers le nord, pour redescendre encore s’appauvrissant peu à peu tout au long de son périple notamment chaque fois qu’il était lavé par une précipitation pluviale qui créait au sol des zones de radioactivité en ‘taches de léopard’. Il a fini par atteindre l’est de la France, l’Alsace et surtout la région de Nice et du Mercantour et la Corse. Les cendres du panache finissaient par toucher le sol où elles ajoutaient une couche à la radioactivité naturelle du sol et aux couches déjà déposées par les explosions atomiques atmosphériques américaines ou soviétiques des années 50-60 beaucoup plus contaminantes (10 fois plus pour le Césium 137 qui est le principal radio élément à vie longue, l’iode 131 disparaissant en quelques semaines).

Cette deuxième partie de l’émission s’attache aux défauts de communication des instances gouvernementales qui ont fait preuve d’une carence manifeste. Le professeur Pellerin qui dirigeait le service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI) qu’il avait fondé au ministère de la santé, s’est retrouvé en première ligne sans l’avoir cherché et surtout sans y être préparé le moins du monde. Il a pensé bien faire en minimisant les doses mesurées pour ne pas affoler la population – les réactions de panique peuvent être graves : on a vu grimper en flèche, par exemple, le nombre d’IVG en Suisse et en Autriche de peur de donner naissance à un enfant malformé – mais il a abouti au résultat inverse : il a davantage inquiété la population. A cette veille du 1er mai les ministères étaient en veilleuse et le gouvernement, qui débutait la cohabitation, n’avait pas encore pris toutes ses marques. Le livre rapporte presqu’heure par heure les évènements de cette première décade de mai et la montée de la méfiance dans le public amplifiée par la presse comme il se doit. L’une des raisons de cette méfiance venait de la disparité dans les mesures de protection prises dans les différents pays d’Europe, parfois d’un land à l’autre en Allemagne, pour des raisons qui tenaient surtout au poids électoral des verts, encore faible en France mais pas pour longtemps. Dans cette affaire du nuage de Tchernobyl, le professeur Pellerin a servi un peu de tête de turc. Il a été seul pour gérer la communication dans les premiers jours et il se retrouve seul mis en examen pour « défaut de protection des populations contre les retombées radioactives de l'accident ». La communication gouvernementale s’est mieux organisée depuis.

Ecoute de la 2e partie.

La troisième partie de l’émission aborde le vrai problème de fond posé par toute l’affaire du nuage. Les dépôts radioactifs étaient-ils dangereux et auraient-ils mérité les mesures de protection qui n’ont pas été prises : à savoir, ne consommer ni lait ni légumes frais, interdire les bacs à sable aux enfants et leur faire prendre des pastilles d’iode pour saturer leur glande thyroïde et l’empêcher de fixer l’iode 131 radioactif ? L’association Sortir du nucléaire relève une déclaration d’Alain Carignon, ministre de l’environnement, du 18 mai 86, reconnaissant que le gouvernement a commis l’erreur de croire que « parce qu’il n’y avait pas de danger, il n’était pas nécessaire d’informer fortement les Françaises et les Français ». N’y avait-il vraiment pas de danger ? Et d’abord, existait-il des normes internationales qui n’ont pas été respectées en France alors qu’elles l’étaient ailleurs ?

La réponse est clairement non. Il n’y avait pas de norme mondiale ou européenne pour les petites doses et les normes qui existent aujourd’hui ne reposent sur aucune base scientifique. Elles sont inférieures aux normes sanitaires appliquées au personnel des centrales nucléaires et aux patients et au personnel des services de radiologie, radiothérapie et médecine nucléaire qui ont pourtant fait la preuve de leur innocuité.

Pour les doses moyennes et fortes, on observe un effet déterministe c'est-à-dire un effet-dose : quand la dose d’exposition augmente, les maladies ou les morts augmentent. Pour les petites doses, on n’observe rien de pareil : il n’y a pas d’effet-dose mais une répartition des cas observés au hasard et il est très difficile de les relier à une cause déterminée comme la radioactivité. Il y a même des observations en faveur d’une protection contre les cancers des petites doses d’exposition (professions exposées médicales ou industrielles, régions géographiques ou la radioactivité naturelle des sols est élevée comme Ramsar en Iran où les habitants sont exposés à 260 millisieverts par an alors que la dose tolérée pour les travailleurs du nucléaire est de 20 millisieverts et où l’on observerait plutôt moins de cancers qu’ailleurs). Mais il est vrai qu’il est tout aussi impossible d’affirmer l’absence de tout danger ; il faut s’en remettre au principe de précaution et la décision est éminemment politique en fonction de l’attente de la population et des inconvénients que pourraient avoir des mesures trop strictes. Par exemple, en toxicologie médicale, on dit que tout est une question de dose. Tout médicament actif devient toxique quand on en prend trop. C’est vrai aussi pour l’environnement où l’on côtoie de nombreux toxiques qui sont bien tolérés quand leur concentration est faible mais qui deviennent dangereux quand la concentration s’élève sans qu’on puisse fixer de seuils de dangerosité autrement que de façon arbitraire parce que ces seuils qui doivent être très inférieurs aux doses dangereuses sont donc construits « au pif », à l’aveugle, mais cela ne veut pas dire qu’il faut aller nécessairement jusqu’au taux zéro ou alors il faudrait retirer le tabac et l’alcool de la consommation…

Ecoute de la 3e partie.

C’était l'émission Raison Présente de l'Union rationaliste et notre invité était Bernard Lerouge, pour son livre « Tchernobyl, un ‘nuage’ passe... Les faits et les controverses »,

Prochain rendez-vous le 12 juin sur les méfaits d’un certain libéralisme économique. Merci de votre attention et bonne fin de soirée.

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