Union rationaliste

L’éthique aujourd’hui et la liberté d’offenser

Invité :Ruwen Ogien, sur l’éthique aujourd’hui et la liberté d’offenser.

Radio Libertaire Le 11 janvier 2008


Notre invité de ce soir est Ruwen Ogien.

Ruwen Ogien, bonsoir. Vous êtes philosophe, directeur de recherches au CNRS, spécialisé en philosophie morale.

Le simple énoncé des titres d’une partie des nombreux articles et ouvrages que vous avez publiés montre bien vos centres d’intérêt depuis “ La Faiblesse de la volonté ”, qui a été votre thèse de doctorat en 1993 sous la direction de Jacques Bouveresse qui était ici à votre place au mois de juin dernier, suivi par “ Un portrait logique et moral de la haine ”,  “ Le Réalisme moral ” “ La Honte est-elle immorale ? ” “ Penser la pornographie ” “ La Philosophie morale ” (dans un  Que sais-je ?), “ Pourquoi tant de honte ? ”, “ La morale a-t-elle un avenir ? ”  “ Comprendre la sexualité ”, “ La panique morale ” et, tout récemment, “ L'éthique aujourd'hui (sous-titrée : Maximalistes et minimalistes) ” et “ La liberté d’offenser ” sous-titrée “ Le sexe, l’art et la morale ”.

Il est rare de voir un philosophe se pencher d’aussi près sur les préoccupations quotidiennes des gens qui touchent moins à la métaphysique qu’à la morale ou à l’éthique, c’est à dire à des considérations sur le bien et le mal, sur ce qui se fait et ce qui ne se fait pas.

Ruwen Ogien, dans votre avant-dernier livre,  “ L'éthique aujourd'hui - Maximalistes et minimalistes ” vous partez de l’affirmation admise par tous comme basique  “ que chacun devrait être libre de faire ce qu'il veut de sa propre vie à condition de ne pas nuire aux autres ”, tout en montrant que les choses sont plus complexes qu’il n’y paraît – comment être sûr de ce qui nuit et de ce qui ne nuit pas à autrui ? – et que la société attend plus de ses membres que cette seule absence de nuisance.

D’un autre côté, en effet, il y a consensus sur le fait que la vie sociale réclame un ordre, une organisation, qui suppose le renoncement des individus à l’exercice de certaines de leurs libertés pour accepter des devoirs : s’arrêter aux feux rouges, déposer ses ordures dans des poubelles, ne pas attenter à la pudeur...

Cette réduction du champs de liberté est acceptée d’autant plus facilement qu’elle est le fait de mesures de police ordinaire dont 1. les bénéfices sont clairs et 2. il y a une certaine proportionnalité entre la gêne consentie par l’individu et le bénéfice retiré par la société (s’arrêter aux feux rouges, déposer ses ordures dans des poubelles).

Ce n’est pas toujours le cas comme dans la non assistance au suicide où paraît bien ténue la contrepartie sociale au calvaire imposé au malade qui supplie en vain qu’on l’aide à mourir.

Mais si l’on y prête plus d’attention, on voit que les contraintes de la société débordent largement le cadre des seules mesures de police prises dans l’intérêt de la vie sociale. Il y a d’abord le droit de regard que se donne la société sur l’intimité de la vie des gens. Il y a ensuite les raisons que la société invoque pour interdire, raisons qui se réfèrent à de grands principes, des valeurs, posés là comme une transcendance qui ne dit pas son nom - ainsi le respect de la ‘dignité humaine’ ou de la ‘nature humaine’. Ces principes n’ont pas de base rationnelle et peuvent entrer en contradiction les uns avec les autres : c’est ainsi que les sociétés qui invoquent le plus énergiquement le droit à la vie pour interdire l’euthanasie ou l’IVG sont aussi celles où l’on condamne à mort et où les guerres posent le moins de problèmes.

Il faut donc compter au rang des contraintes arbitraires qu’exerce la société sur les individus, non seulement les intrusions dans le domaine privé, mais aussi le carcan moral qui s’applique sur les consciences (ou plutôt les inconscients) avec la rigueur de principes religieux jusque dans nos sociétés démocratiques, laïques et pluralistes.

Vous appelez ‘pénalisation’ les interventions répressives de l'État et ‘stigmatisation’ les contraintes de l’opinion publique au nom des mêmes principes, et vous reprenez pour les désigner la formule du philosophe anglais John Stuart Mill qui parlait de “ police morale ” que vous appelez aussi le “ paternalisme moral ”.

Le sujet est vaste et nous n’aurons pas trop de deux heures pour en faire le tour, surtout si l’on y ajoute les réflexions que vous ont inspirées les règles de la morale laïque dans votre livre “ La panique morale ”, ou bien la défense d’une révolte contre les excès coercitifs de la société dans votre tout dernier ouvrage, “ La liberté d’offenser ” sous-titré “ Le sexe, l’art et la morale ”.

Il reste à souligner la parfaite adéquation de cette émission avec l’esprit de la radio qui nous accueille, Radio Libertaire de la Fédération anarchiste. Le sujet que nous traitons ce soir se situe exactement à la rencontre du rationalisme et de l’anarchisme.

 

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