Union rationaliste

L’Alsace-Moselle a pris rendez-vous avec son histoire

Intervention de Françoise Olivier-Utard à Strasbourg, au nom de l’Union rationaliste, au rassemblement public organisée par la Libre Pensée, le 4 mai 2013, avec différentes associations de libre pensée.

L’association que je représente ici est l’Union rationaliste, qui a pour but de promouvoir le rôle de la raison dans le débat intellectuel comme dans le débat public, face à toutes les dérives irrationnelles.

L’UR se félicite de ce que la LP ait programmé ce rassemblement à Strasbourg et l’ait invitée à y participer. Le mérite de cette action aujourd’hui est de rendre publique et nationale une question toujours confinée à 3 départements et rendue taboue depuis presque cent ans. Beaucoup de confusion règne dans les définitions. La laïcité, qu’est-ce que c’est ? C’est d’avoir donné aux citoyens la liberté de conscience, qui est le droit individuel d’avoir ou non une religion, d’en changer sans avoir de compte à rendre à la société. Ce n’est ni l’anti-religion, ni la tolérance. Les lois laïques ont permis d’inventer deux sphères : la sphère publique dans laquelle tous les citoyens sont traités de façon égale en droits et la sphère privée, dans laquelle s’exercent la liberté de penser, d’avoir des opinions religieuses, de s’exprimer sans craindre le délit de blasphème. Dans ces conditions, le devoir de l’État est de garantir ce droit, de ne demander de compte à personne, de ne reconnaître officiellement ni financer aucun culte. C’est une avancée dans les droits de l’homme.

A l’inverse, le régime concordataire napoléonien, c’était le droit de regard de l’État sur le fonctionnement des Églises, dans la nomination des évêques par exemple. C’étaient des religions sélectionnées, officielles et subventionnées. En quoi était-ce une liberté ?

Les dispositions locales actuelles ont été des concessions au parti catholique, né du Zentrum allemand en 1919. Il n’est pas juste que les Alsaciens relèvent du droit du sang ethnique ni que des Français de l’intérieur, une fois arrivés en Alsace, subissent une loi autre que celle qu’ils subissaient auparavant. Il n’est pas acceptable non plus que l’ensemble des citoyens français paient par leurs impôts des ministres des cultes et des enseignants de religion. Ce sont des privilèges. Plusieurs milliers d’agents de l’État à ce titre, ce n’est pas rien !

Le deuxième volet des lois laïques concerne l’école publique. En Alsace et en Moselle, la situation est anormale et manque de transparence. La liberté de conscience est niée parce que l’appartenance religieuse des élèves fait l’objet d’une déclaration obligatoire assortie d’une obligation de suivre un enseignement spécifique intégré aux heures de cours. Les non-croyants des 4 religions mentionnées doivent demander des dispense de religion. Le prosélytisme est encouragé partout. On a même inventé, face à la déprise religieuse, des heures d’Éveil à la culture religieuse et des heures d’Accueil et animation. Or, pour nous, tout ce qui sépare les élèves à l’intérieur de l’école est néfaste à l’apprentissage du vivre ensemble, qui est le but de l’école laïque. Nous ne souhaitons pas mener les élèves au communautarisme.

Dans l’enseignement supérieur, l’UR ne peut accepter que soient pérennisées des décisions qui portent atteinte à l’institution universitaire fondée sur l’esprit critique, la méthode scientifique et la libre recherche. Il ne saurait y avoir d’université ni de faculté religieuse financée par l’État, comme c’est toujours le cas à Strasbourg, qui a deux facultés de théologie, catholique et protestante, et envisage régulièrement de créer un institut, sinon une faculté de théologie islamique. Il ne faut pas confondre la théologie, qui inclut par définition le prosélytisme et le dogmatisme, et les sciences religieuses, ouvertes à tous, fondées sur l’esprit critique et la méthode scientifique. D’autre part, il y a danger lorsqu’une Église a la main mise sur les organismes d’enseignement et de recherche publics. C’est pourtant ce qu’a choisi l’Université de Strasbourg en confiant le poste de premier VP chargé de la formation initiale et continue à un professeur de théologie catholique en même temps que prêtre diocésain, dont la nomination à l’université a été conditionnée par une profession de foi et l’aval de l’évêque, représentant du pape. C’est là une répartition des rôles inquiétante.

Les grandes manœuvres européennes ont aussi de quoi nous rendre vigilants pour l’enseignement supérieur. Le processus de Bologne, qui met sur le même plan tous les diplômes, va dans le sens d’une équivalence public/privé et doit nous inquiéter. Pour nous, l’université doit avoir seule la maîtrise de la collation des grades des diplômes publics. Si par ailleurs la recherche européenne n’est financée que sur des appels d’offre lancés en fonction de modes ou d’espoir de profit à court terme, il est à craindre que la liberté de recherche ne soit reléguée aux oubliettes en raison de son caractère aventureux, non conformiste et iconoclaste.

La défense de la laïcité reste donc un enjeu majeur de l’actualité. Les adversaires de la laïcité ont facilement recours à l’insulte et nous traitent de « laïcards » (qualificatif repris complaisamment par la presse locale), nous n’acceptons pas ce terrain alors que nous pourrions rappeler l’appel de l’évêque de Strasbourg en 1925 à lutter contre l’introduction des lois laïques « jusqu’au sang » ou utiliser le surnom du général fondateur de la Ligue des catholiques et les traiter de Capucins bottés. La décision d’introduire les lois laïques est d’abord politique, son application est technique et pourrait même être plus élégante que le sort réservé à certains enseignants de lycées techniques publics dont on a supprimé la matière et qu’on a forcés à se reconvertir dans une autre discipline en leur disant, c’est cela ou le chômage.

L’idée de laïcité, telle que la défendent l’UR et la Libre pensée ne cesse de faire du chemin. Nous avons tous besoin d’un cadre législatif commun pour assurer le vivre ensemble. Il est indispensable de le faire savoir à tous les citoyens et de rappeler aux citoyens vivant en Alsace que le statut des cultes et le statut scolaire local, qui renvoient aux droits de l’homme, n’ont pas partie liée avec le droit social local, qui est essentiellement une façon de gérer les cotisations sociales. Dire le contraire, c’est agiter un chiffon rouge pour effrayer les salariés, qui par ailleurs ont manifesté le 7 avril dernier leur attachement à la République.

 


À Strasbourg, succès du rassemblement public avec la Libre Pensée et l’Union Rationaliste Pour l’abrogation du concordat d’Alsace-Moselle et pour la Séparation des Églises et de l’État, communiqué de la Libre Pensée.

 

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