Que répondre aux climato-sceptiques ?

Section parisienne, réunion du 6 avril 2010 : Que répondre aux climato-sceptiques ? 

avec Michel Petit.

Michel Petit, est membre correspondant à l’Académie des sciences section Sciences de l’univers. C’est un polytechnicien, devenu docteur ès sciences physiques, avec une carrière de chercheur comportant notamment la direction scientifique du département "Terre océan atmosphère espace" du CNRS. Ancien membre du Bureau du GIEC où il était responsable du groupe « Incertitudes scientifiques et risques climatiques ». Il est accessoirement, ancien vice-président de l’UR.

Je le remercie très vivement en notre nom à tous d’être venu jusqu’ici mais, avant de lui laisser la parole, je voudrais attirer brièvement votre attention sur 4 points, histoire de planter le décor.

1. Le débat que nous allons avoir ce soir est sous les feux de l’actualité. Les sites Internet et les blogs, les dossiers de presse et les émissions radio ou TV se multiplient. Ex. ‘Le Monde 2’ du 27 mars, l’émission de FR 2 « L’objet du scandale » de Guillaume Durand du 10 mars avec Cl Allègre comme invité.

2. Ce dernier titre montre bien que ce débat est présenté presqu’uniquement sous forme de controverses. Cela devient une habitude des médias : ‘No conflict, no paper’ donne comme consigne le rédacteur en chef du Times de Londres à ses journalistes scientifiques. Mais les scientifiques n’aiment pas les controverses. Ils s’agacent de voir des ignorants opposer des certitudes fraîchement acquises à des connaissances qu’ils ont mis des années ou des décennies à rassembler et à roder dans les congrès en face de pairs autrement compétents. Il ne faut cependant pas craindre la controverse, avatar actuel des vieilles dialectiques et autre ‘disputatio’ scholastique ; elle est porteuse d’une énergie qui mobilise le public, éveille sa curiosité, et le rend beaucoup plus réceptif à un enseignement scientifique pour peu que celui-ci soit donné de façon suffisamment claire et convaincante. Toutefois, il n’est peut-être pas bon que les disputes entres scientifiques aient lieu sur la place publique en l’absence de médiateurs suffisamment compétents parce que l’effet de stimulation de la curiosité s’inverse : le public se sent dépassé et se détourne de sujets sur lesquels les scientifiques ne parviennent pas à s’accorder.

3. On peut observer que, dans ce débat climatique, les scientifiques du Giec jouent à front renversé.  Ils se trouvent dans le camp des écologistes ‘prêcheurs d’apocalypse’ et c’est Claude Allègre et ses épigones qui font figure de scientifiques sérieux et qui s’attirent les foudres d’un public acquis aux thèses écologistes d’imminence des dangers et d’urgence des mesures à prendre pour les conjurer.

4. Enfin, on peut considérer que c’est dans cette interface entre monde scientifique et grand public que l’UR trouve sa place naturelle par l’application de ses règles d’argumentation rationnelle comportant notamment « la reconnaissance des incertitudes et l’explication de la façon dont elles ont été prises en compte dans les décisions » comme l’a préconisé le groupe d’études sur les réactions du public mis en place par la commission européenne en 98-2000 à propos des OGM.

 

Le reproche fait au Giec tient en une formule : faire un usage abusif du principe de précaution. Reconnaître les incertitudes  et expliquer les raisons des choix faits par le Giec, c’est précisément  ce qu’on attend de notre invité ce soir.

Bernard Graber