Notes sur la réunion avec l'Association française d’échanges et d’initiatives

Association française d’échanges et d’initiatives

Réunion du 29 septembre 2008 à 15 heures

« Réactions à l’actualité et à ce que disent les autres »

Mairie du XVIe - salle des mariages

L’Union rationaliste a été créée en 1930 pour « défendre et répandre dans le grand public l’esprit et les méthodes de la science » c'est-à-dire l’objectivité nécessaire aux scientifiques pour découvrir les lois de la nature et tout aussi nécessaire aux hommes dans la conduite de leurs affaires pour éviter les errements irrationnels.

Cela suppose l’absence de préjugés ou d’idées préconçues (« est-ce un bien ? est-ce un mal ? c’est un fait ») ou, comme il est difficile de s’empêcher d’avoir des préférences ne serait-ce que pour des raisons morales ou esthétiques, d’avoir conscience de leur influence au moment de juger et de décider.

Il serait vain de prétendre que l’Union rationaliste n’a pas ses préférences et qu’elle est à l’abri de toute influence dans ses jugements : elle croît dans le progrès en général et le progrès scientifique en particulier dans lequel elle voit le principal moteur de l’amélioration des conditions de la vie des hommes sur leur planète (lutte contre les fléaux, la famine, les maladies, les souffrances, le travail des enfants et le travail abrutissant ou dégradant…) et elle est opposée a priori à tout ce qui fait obstacle à la recherche scientifique ; elle est attachée aux principes républicains de liberté et d’égalité et elle répugne à voir la liberté contrainte par d’autres règles que celles du vivre ensemble acceptées par tous ; et elle est attachée à la justice.

Mais la recherche de l’objectivité est sa préoccupation principale. Concernant les problèmes de société, cette recherche suppose une démarche en quatre temps (Monique Canto-Sperber) : décrire, dissocier, pondérer et conclure.

La phrase « défendre et répandre dans le grand public l’esprit et les méthodes de la science » contient aussi un impératif pédagogique. Le grand public est parfaitement apte à saisir les données des problèmes qu’il rencontre lorsqu’elles lui sont exposées clairement et la sagesse est assez répandue pour permettre alors la prise des bonnes décisions. On peut dire, aussi, que l’éclairement de l’opinion est la meilleure façon d’assurer l’exercice de la démocratie.

L’actualité offre constamment des domaines où l’esprit rationaliste trouve à s’exercer.

Aujourd’hui, parmi les très nombreux qui s’offrent, on peut en choisir trois : la crise financière et économique mondiale, l’Afghanistan et les réactions des défenseurs de la laïcité à la visite du pape.

La crise financière et économique mondiale

La réaction rationaliste est de déplorer que le grand public ait si peu à dire alors qu’il est autant concerné. Il est sans voix devant les bouleversements du monde économique dont il ne perçoit que les échos ou les conséquences douloureuses, les délocalisations, la précarité de l’emploi, les tensions et le stress au travail. La moindre des choses serait de l’informer correctement. Ce serait le rôle des politiques et des médias malheureusement plus préoccupés d’organiser des spectacles ou des joutes électorales.

Plus grave, les règles morales d’honnêteté et de labeur que ce grand public s’applique et sur lesquelles reposent le fonctionnement de la société lui apparaissent bafouées sans sanctions. Si beaucoup triment sans relâche pour des salaires souvent insuffisants d’autres amassent des fortunes en quelques jours ou heures de spéculation. La finance, au lieu d’être au service de l’économie, joue pour son propre compte au risque d’appauvrir les entreprises et de ruiner les épargnants.

La moralisation réclame une transparence parfaite et la participation d’instances qui rappellent les règles du vivre ensemble (les églises trouveraient beaucoup mieux à s’employer dans ce rôle qu’en interdisant les préservatifs et en stigmatisant les avortements).

L’Afghanistan

Devant cette guerre des puissances occidentales dans un pays en développement où tombent les combattants par dizaines et les civils par milliers, la réaction rationaliste est, là encore, de réclamer une information correcte. Or, l’information est brouillée ici par des préjugés, des idées préconçues, qui sont le principal ennemi de l’objectivité. A propos de l’Afghanistan, à l’Assemblée nationale, on a entendu le même discours venant de la droite et de la gauche : partir serait livrer les populations au fanatisme des talibans.

Dans un ‘point de vue’ paru récemment dans le Monde, notre ancien secrétaire général, Gérard Fussman, professeur d’Histoire du monde indien au Collège de France, a apporté de sérieuses nuances à ce schéma simpliste : pour les Afghans, les forces de l'OTAN sont une armée d'occupation et les talibans sont vus d’abord comme des combattants de la liberté que la prolongation du conflit ne peut que conforter. L’intégrisme de leur religion gêne beaucoup moins les Afghans que les troupes étrangères dont ils « ne voient que les armes, les gilets pare-balles, les blindés et les bombardements ». Si l’on ajoute que ces montagnards ont un long passé de résistance et de victoires (Britanniques, Soviétiques) on conclut qu’il faut mettre fin à la guerre et quitter le pays avant qu’il ne se « libère ». Cela repose sur une négociation avec les combattants et la poursuite d’une aide pacifique à la population.

Certes, tout fanatisme religieux est insupportable et le musulman, aujourd’hui, tout particulièrement car il implique de graves atteintes aux droits de l’homme et l’autosacrifice de jeunes gens endoctrinés qui se font exploser sur les marchés mais l’animosité ne doit pas obscurcir le jugement.

Les réactions des défenseurs de la laïcité à la visite du pape

L’Union rationaliste a manifesté avec d’autres associations françaises et internationales le dimanche 14 septembre à l’occasion de la visite du pape « contre le financement des activités cultuelles, pour la séparation des Etats et des religions, et pour la laïcité en Europe. »

La défense de la laïcité est de tradition à l’Union rationaliste au nom du libre exercice de la raison individuelle et du principe de non intervention des Eglises dans les affaires de l’Etat. On n’exige pas de nos adhérents qu’ils soient anticléricaux ou athées ; le respect de la liberté de conscience est total. La seule exigence porte sur la séparation des domaines : le religieux d’un côté, la vie profane de l’autre. L’univers est peut-être une création divine obéissant à un plan mais ce plan ne peut pas avoir d’autre expression que celle des lois de la nature. Les religions ont évidemment droit de cité dans les limites de la légalité. Leur participation au développement de la civilisation, c'est-à-dire des droits de l’homme et du progrès matériel, est bienvenue mais pas leur résistance au progrès au nom de traditions désuètes ou d’une Révélation souvent interprétée par des clercs. Aucun préjugé, notamment, ne doit barrer la route à la recherche scientifique. L’esprit d’objectivité qui règne dans la science est une des valeurs essentielles de l’Homme et doit être enseigné dans la culture générale au même titre que les disciplines littéraires qui développent d’autres modes de connaissance également respectables mais partiels.

Les réactions de défense de la laïcité ont été stimulées par les discours du Latran et de Ryad du président de la République française. Proclamer que le prêtre fait mieux que l’instituteur pour la préparation morale des enfants est inacceptable au regard de la réalité. Il y a des bons et de moins bons enseignants quel que soit l’habillage qu’ils donnent à leur enseignement. Imaginer que la perspective d’une récompense ou d’une punition dans l’au-delà est nécessaire à un bon comportement social est contraire aux observations les plus courantes et fait preuve d’un singulier manque de confiance en l’Homme et à son aptitude à régler son attitude sur le niveau de la civilisation atteint. C’est ce niveau que chacun doit s’employer à parfaire et la participation de la raison est essentielle pour y parvenir.