Max Verdone : Bonjour Jean-Baptiste Blethon.
Tu es jeune, jeune adhérent à l’Union Rationaliste – nous en reparlerons -, diplômé de troisième cycle en Histoire.
C’est sur ce dernier point que j’aimerais t’interroger, avoir ta vision de l’Histoire en tant que « Science »
Ma première question sera donc : explique-moi le métier d’historien, son domaine, sa méthode, son évolution.
Jean-Baptiste Blethon : Le métier d’historien est un métier à part entière. On ne s’improvise pas historien, il est nécessaire d’acquérir une méthode, de connaître les moyens dont on dispose pour écrire l’Histoire et il est indispensable, aussi, de s'interroger sur sa propre pratique. En cela, l’historien diffère de l’érudit.
Sa méthode est celle d’un scientifique dans le sens où l’imaginaire populaire se le représente: il avance par tâtonnements, en suivant une problématique, cherche, trouve ou pas, bref il expérimente en quelque sorte, avec un souci d’objectivité. Je me souviens de cette anecdote qui m’était arrivée il y a quelques années alors que je représentais mon laboratoire de recherches lors de la fête de la science. Seul représentant des Sciences de l’Homme, j’ai dû, deux jours durant, justifier ma présence auprès des scientifiques, les “vrais”. Ce qui fut alors malheureux, ce ne fut pas le faire auprès d’un public peu averti, mais auprès de mes confrères appartenant au monde des sciences dites “dures”.
Revenons au propos. L’historien va à la pêche aux informations en utilisant les sources qui sont à sa disposition (sources écrites, archéologiques, sources figurées, sources orales, géographiques etc...) qui sont autant d’indices pour mener son enquête. Il retire de ces documents ce qui va lui permettre d’échafauder ensuite un raisonnement, de poser des questions et enfin, si les sources le lui permettent, de répondre à ces questions. En cela la méthode est scientifique car elle repose sur le concret, ce qui est vérifiable, mesurable, critiquable. L’historien ne se contente pas de trouver et d’exploiter une source, il en confronte plusieurs et il use de la critique. Trouver, décrypter et exploiter ces sources demande un apprentissage.
Si le matériau de base de l’historien est multiple, le champ de ses investigations l’est aussi. Il n’y a pas à ma connaissance de limites exceptées celles imposées par l’absence de documentation qui rendrait hasardeuse toute interprétation d’un phénomène. Parmi les champs de l’Histoire les plus explorés, citons l’histoire politique, l’histoire militaire, économique, l’histoire religieuse. Mais les champs d’investigations se tournent aussi vers des domaines plus abstraits comme l’histoire des croyances, des mentalités, du quotidien.
Il est de coutume d’accorder à Hérodote (ca 485 - ca 420 av JC) le privilège de la paternité de la discipline. Se détournant des Dieux pour les Hommes il contribue, avec son contemporain Thucydide, à donner au genre historique ses premières lettres de noblesse, caractérisé notamment par un goût particulier pour l’histoire militaire.
Si nous faisons un grand bond dans le Moyen Âge, l’empreinte ecclésiastique et théologique est fortement présente. La Renaissance, et plus particulièrement l’année 1440, marquent la véritable naissance de l’Histoire en tant que science puisque c’est cette année là que Lorenzo Valla détermine que la fameuse Donation de Constantin (document qui assoit la puissance de la papauté) est un faux.
Détailler toutes les écoles historiques serait non dénué d’intérêt mais long. Toujours est-il que le métier ne cesse d’évoluer depuis l’Antiquité, le rapport au document, à l’humain, au temporel comme au spirituel conditionnant pour une grande part la manière dont ces hommes ont écrit l’Histoire. Notons à ce sujet que les grandes écoles philosophiques ont donné des orientations quant à la manière d’aborder l’Histoire. A ce sujet, l’Histoire de la Révolution Française est particulièrement significative.