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Science et technologie : les journalistes doivent se remettre en cause Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Michel Deprost   
29-05-2009

Réflexions de Michel Deprost, ancien journaliste du Progrès et rédacteur en chef d'une revue sur le Net ( www.enviscope.com), quant à sa profession, vis-à-vis des problèmes scientifiques en particulier.

 

Trop de médias et de journalistes ont perdu de leur crédibilité en manquant de rigueur dans le traitement de dossiers scientifiques et techniques. Editeurs et professionnels doivent se remettre en cause pour organiser vraiment le débat.

Le journalisme français traverse une crise sans précédent. Une crise économique, sociale, mais aussi professionnelle et morale. Et ces lignes sont écrites pour aider à évoluer un métier indispensable à la démocratie dans des sociétés complexes.

Une crise économique car les entreprises d’information vont mal. Bouleversée par la révolution internet qu’elle n’a pas vu venir, qu’elle a parfois méprisée, la presse a perdu sa suprématie de fait dans la circulation de l’information.

La presse va mal. Les journalistes aussi. Pour la première fois en 2008, le nombre de cartes de presse a plafonné à 37 000. La précarité s’accroît , avec un quart de pigistes ayant des employeurs multiples. Si quelques stars brillent, des milliers de pigistes se paupérisent vraiment, avec un prix du feuillet qui baisse. Des journalistes quittent la profession, au bénéfice de mesures d’âge ou de dispositifs conventionnels, qui pour le monde de la communication, qui pour le monde de la politique.

Certains observateurs estiment que le journalisme paie aussi en partie ainsi son manque de crédibilité, de rigueur, sa propension à s’ériger en quatrième pouvoir sans responsabilité, ne cherchant parfois que la petite phrase, l’anecdote. Cette perte de crédibilité a accompagné une position à priori critique non pas dans le sens de la compréhension, de l’explication, de la mise en perspective, mais dans le sens négatif.

Cela a été vrai dans le domaine de la science et de la technologie avec lesquelles une partie des journalistes est pour ainsi dire, fâchée. Les journalistes bénéficient encore d’une formation initiale hétérogène, où les écoles se sont multipliées quand les employeurs n’ont eu de cesse d’accroitre le nombre de candidats pour faire baisser les prix.

Les journalistes sont essentiellement issus du moule des lettres, des sciences humaines et sociales, et le fossé avec les sciences dites dures est important.

Dans une société de plus en plus exigeante, leur formation continue est, on peut le dire, inexistante. La presse est au 48 ème rang des secteurs, sur 53 pour l’effort de formation permanente. La faute à la taille des entreprises, à une gestion des ressources humaines dépassée, à l’idée ancrée dans la profession, qu’être au plus près de l’information c’est se former.

Soupçonneux plus que vigilants vis-à-vis de la science, de la technique, de l’entreprise, des institutions, des journalistes enfourchent parfois avec obstination dans les controverses les positions de structures plus promptes à communiquer qu’à expertiser.

Sous prétexte d’urgence, sont mis en œuvre des schémas simplistes qui contribuent à former une opinion française en décalage avec les opinions d’autres pays industrialisés non moins conscientes des enjeux environnementaux. Il y a eu l’amiante, la vache folle, donc il y aura tel autre problème. On passe vite de la vigilance légitime à l’annonce de catastrophe certaine. Si elle ne se passe pas on oublie. Si elle survient, on l’aura prévue. Certains commettent d’autres fautes : pas de recoupement et de confrontation des sources, sélection des informations les plus spectaculaires, instrumentalisation de la science, dramatisation, relais du spectaculaire, suivisme, recherche de l’information anxiogène, scénario du complot où des milliers de scientifiques, des élus, des fonctionnaires, seraient muselés, manipulés par des multinationales si possible américaines.

Jean Claude Jaillette , a expliqué récemment dans son livre Sauvons les OGM, à quel point le dossier des OGM était biaisé par une bonne partie des médias et des journalistes. Il a justement souligné les faiblesses de professionnels qui ne s’alimentent qu’à certaines sources associatives puissamment communicantes et ignorent les sources scientifiques pourtant nombreuses et accessibles.

Le débat est évidemment légitime. La controverse est nécessaire à la démocratie. Mais cela suppose la prise en compte de tous les arguments, l’examen rationnel, la confrontation, la recherche des éléments contradictoires, la traçabilité, l’authentification des sources.

Il convient seulement de mener le débat avec clarté, de démêler rigoureusement les niveaux scientifique, technologique, juridique, économique, social, culturel, voire philosophique ou religieux qui s’entremêlent légitimement dans toute controverse. Le journaliste doit se défaire de ses à priori mais pas de ses valeurs.

Ces valeurs d’indépendance, de rigueur, ce sens de l’intérêt général, les journalistes doivent même les partager avec les scientifiques. Plutôt que de s’ignorer, voire de se mépriser, les deux professions doivent serrer les rangs.

Ce surcroît de rigueur et d’indépendance responsable, vis-à-vis des acteurs sociaux, est nécessaire pour bien envisager les réels enjeux scientifiques, technologiques, sociaux.

 

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