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Alain Teissonnière
Militant de la coopération avec le Vietnam,
Militant de l'Union Rationaliste
Le vendredi 4 novembre 2005, le prix de l'Union Rationaliste
2005 a été remis à Alain Teissonnière, militant
de longue date de l'Union Rationaliste, un des grands acteurs français
de la coopération scientifique et technique avec le Vietnam.
On trouvera ci-dessous le texte de l'allocution prononcée à
cette occasion par Nicole Cortès.
Le bureau et le Conseil d'Administration de l'Union Rationaliste sont
heureux d'exprimer leurs remerciements et leur amitié à
ce militant dont la discrétion et la modestie n'arrivent pas
à cacher ses autres qualités : efficacité, dévouement,
désintéressement et courage. |
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Remise du prix par Hélène Langevin-Joliot
présidente de l'Union Rationaliste.
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Je suis très émue d'avoir l'honneur de présenter
ce soir Alain, à l'occasion de la remise qui lui est faite
du prix de l'Union rationaliste 2005. Nous nous connaissons depuis
les débuts en 1973 du " Comité pour la coopération
scientifique et technique avec le Vietnam ". Le CCSTVN émergeait
alors, sous l'impulsion de Henri Van Regemorter, des activités
militantes du " Collectif intersyndical.universitaire d'action
Vietnam-Laos-Cambodge ". Et, la boucle est bouclée, Hélène
Langevin qui nous accueille aujourd'hui était de la réunion
fondatrice du Collectif le 6 octobre 1965, il y a 40 ans, avec 19
autres scientifiques et syndicalistes, dont Madeleine Rebérioux,
Henri Van Regemorter, Charles Fourniau, Jean Chesneaux, Pierre Halbwachs
; je les rejoignai un an plus tard, comme représentante du
Syndicat national des bibliothèques FEN.
Alain est né en 1936 avec le Front populaire. Du côté
maternel, sa famille est parisienne ; le côté paternel
est ancré de longue date dans un petit village protestant des
Cévennes où l'on garde profondément le souvenir
des persécutions subies sous l'Ancien Régime ; j'ai
vu dans sa maison familiale, à Colognac, le placard derrière
lequel se cache une sortie vers la campagne qui permettait d'échapper
aux poursuites des dragons du Roi. Caches qui ont servi à nouveau
pendant la seconde guerre mondiale pour aider et sauver des résistants
à l'occupation allemande. Rien d'étonnant alors que
la famille d'Alain et lui-même se soient engagés dans
les combats anticolonialistes de la guerre d'Algérie et du
Vietnam.
Il fut l'un des appelés de la guerre d'Algérie,
pendant deux ans. De cette expérience traumatisante, il a été
un acteur lucide. Les événements d'Algérie comme on
les appelait alors ont été longtemps enterrés, tus,
ignorés. Ce n'est que récemment qu'ils sortent d'un volontaire
oubli et que livres et films paraissent sur ce que l'on nomme maintenant
à juste titre la guerre d'Algérie. Le témoignage d'Alain
a été retenu par le réalisateur Patrick Rotman dans
la remarquable série télévisée intitulée
" L'ennemi intime " que l'on a pu voir en 2002 et 2005 sur la
chaîne France 3. Alain continue à s'intéresser à
l'historiographie de cette guerre en en repérant toutes les lacunes.
Beaucoup reste encore à faire.
Son parcours professionnel a commencé chez Citroën,
comme dessinateur industriel. Il est licencié à son retour
d'Algérie, alors que ses patrons étaient tenus de le reprendre
après son service militaire. Il est alors embauché en 1959
à la Compagnie des Machines Bull qui faisait les premiers ordinateurs
français qu'on appelait " cerveaux électroniques ".
Pour Alain, c'est la découverte d'un monde, l'électronique
et l'informatique, qui sera désormais le sien. Chargé de la
maintenance et du dépannage des machines pendant plusieurs années,
il est passionné par la complexité de ces nouveaux systèmes.
Ce métier lui a permis de voir la naissance et l'évolution
de l'informatique, comme par exemple quand il était chargé
chez Bull de la mise au point de nouvelles séries d'ordinateurs à
mémoire à tores et à transistors.
Il passe ensuite dans une petite entreprise, le Centre Lebel d'études
scientifiques, qui fabriquait des appareils électroniques et scientifiques.
Cette entreprise ferma mais comme elle avait des contrats de maintenance,
elle ne garda que cette activité où Alain était le
seul employé. Il y resta plusieurs années, travaillant à
temps partiel car cela lui convenait mieux pour ses activités militantes.
C'est en effet alors, en pleine guerre américaine au Vietnam, qu'il
entend parler de l'appel lancé par le Collectif, " Des livres
pour le Vietnam ". Il apporte la documentation technique de la petite
entreprise où il travaillait. Cette époque (1972-1973) voit
naître les premiers microprocesseurs. Alain s'inscrit à la
première conférence sur les microprocesseurs qui a lieu à
Versailles. Il travaille ensuite, toujours à temps partiel, dans
une autre petite entreprise qui fabriquait des systèmes de transmission
de données à base de microordinateurs. Il n'y avait aucune
école pour apprendre cela. Il fallait étudier la documentation
fournie par les constructeurs. A partir de cette expérience Alain
a rédigé un cours sur cette technologie qui lui a servi lorsqu'il
a donné ses premiers enseignements au Vietnam à partir de
1977, dans le cadre du CCSTVN.
Quelques mots sur les débuts du CCSTVN. Le " Collectif intersyndical
universitaire " né en 1965 pour participer aux luttes politiques
contre la guerre américaine au Viet Nam, aux côtés d'autres
organisations françaises, avait peu à peu orienté son
action aussi vers une aide aux scientifiques vietnamiens. Cette aide consistait
principalement en l'envoi de livres scientifiques et techniques à
la Bibliothèque scientifique centrale de Hanoi, sous l'impulsion
notamment de Henri van Regemorter. En 1973, la guerre n'était pas
finie, mais les pourparlers de paix commençaient. Le CCSTVN est alors
créé suite à un appel intitulé " Pour la
coopération scientifique et technique avec le Vietnam, signé
par 150 professeurs et chercheurs parmi lesquels Hélène Langevin,
Jean-Pierre Kahane, Laurent Schwartz, René Nozeran, Didier Dacunha-Castelle,
Georges Charpak, et bien sûr Henri Van Regemorter et Yvonne Capdeville.
D'abord créé au sein du Collectif, le CCSTVN s'en émancipe
peu à peu et devient une association selon la loi de 1901 en 1976,
avec comme président Henri Van Regemorter, qui le restera jusqu'à
sa mort en 2002, et comme secrétaire d'abord Yvonne Capdeville, puis,
à partir de 1980, Alain Teissonnière,.
Pendant plus de 20 ans Henri et Alain ont travaillé côte à
côte pour leur passion commune, la coopération avec le Viet
Nam, chacun avec son caractère, ce qui n'allait pas toujours de soi
tant étaient différents le mandarin Henri et le technicien
Alain. Mais le résultat est là. Cet attelage improbable a
fonctionné, et bien.
Les objectifs du CCSTVN étaient d'aider le Viet Nam dans sa révolution
scientifique et technique pour sortir le pays le plus rapidement possible
du sous-développement, en faisant des propositions en fonction des
priorités et besoins exprimés par les Vietnamiens grâce
à un réseau d'adhérents spécialistes de toutes
les disciplines (sauf la médecine). Trois modes d'action : la documentation
scientifique et technique, la formation des cadres, l'équipement
des laboratoires.
Alain était responsable de l'électronique et de l'informatique.
Je ne ferai qu'évoquer rapidement ce qu'il a fait en ce domaine :
récupération et envoi de documentation et de composants et
matériel électronique ; missions au Viet Nam au cours desquelles
il a professé des cours assortis de travaux pratiques dans les centres
suivants : Institut d'informatique et de cybernétique, puis ISC(Centre
de services informatiques) et CFTI(Centre de formation aux techniques informatiques).
Je mentionnerai particulièrement l'accueil de stagiaires placés
dans les instituts ou entreprises français les mieux adaptés.
Tout ceci a non seulement contribué à la naissance d'un solide
pôle en informatique au Vietnam, mais aussi a abouti à ce que
se nouent de durables amitiés, bien présentes encore aujourd'hui.
En témoigne par exemple la présence ici, à cette remise
de prix, de Nguyen Tran Thuat, actuellement élève à
l'Ecole polytechnique, fils d'un des stagiaires en informatique que Alain
a reçu et aidé à la fin des années 70.
Alain, qui est modeste et réservé, va dire que j'en fais trop.
Non, je ne le pense pas. Après l'hommage que nous avons rendu collectivement
à Henri Van Regemorter dans le livre Vietnam, une coopération
exemplaire : Henri Van Regemorter(1925-2002),
parcours d'un militant (L'Harmattan, 2004, 252 p.), la remise du prix
de l'Union rationaliste à Alain permet de reconnaître la qualité
et l'efficacité de son action dans le CCSTVN depuis plus de 30 ans.
Nicole Cortés
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