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Pourquoi le rationalisme ? |
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Raison, rationalisme sont des mots qui n'ont
pas aujourd'hui bonne presse, sans doute parce qu'on ne voit plus ce
qu'ils signifient.
Le véritable rationalisme n'a rien de commun avec certains excès de la
rationalisation industrielle ou administrative. Il n'a rien de commun,
non plus, avec une sécheresse logique qui rejetterait tout ce que les
individus et les groupes portent en eux de richesses humaines. Enfin,
il ne se confond nullement avec le scientisme d'il y a un siècle qui
croyait naïvement que tous les problèmes humains, théoriques, pratiques
et sociaux, seraient résolus par le seul progrès de la science.
Le véritable rationalisme repose sur une constatation que l'humanité
n'est à même de faire que depuis une époque relativement récente.
Pendant des centaines de siècles, elle a vécu sans connaître vraiment
son propre passé, ses origines, la cause de ses succès: elle attribuait
ceux-ci, soit à la bienveillance des dieux, soit au hasard, soit au
pouvoir sacralisé. Et elle enfantait sans cesse des mythes pour
s'expliquer à elle-même sa naissance et son destin. De ces mythes
découlaient des morales et des politiques le plus souvent rigides,
favorisant ainsi à la fois le conservatisme des structures sociales et
l'impérialisme des pouvoirs.
L'humanité comprend qu'elle s'est lentement dégagée de l'animalité par
un effort technique, scientifique, politique et culturel qui révèle une
capacité mentale d'adaptation, d'organisation, d'expérimentation et de
critique, qu'on appelle la raison. La raison n'est pas tout l'homme;
mais c'est en perfectionnant sa raison que l'homme devient homme.
Le rationalisme est d'abord la reconnaissance du rôle fondamental de la raison dans l'aventure humaine.
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