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ROGER FOURME
Pour une embellie durable de la recherche Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Roger Fourme   
01-09-2007
Index de l'article
Pour une embellie durable de la recherche
La nécessité de la recherche
Bref état des lieux
Les acteurs de la recherche
Financement
Gouvernance, responsabilité, efficacité
Le système dual
Déclin et renouveau
Abréviations

Bref état des lieux

L
a science française a publié en 2005 4,7 % des articles mondiaux pour 5,4 % en 1999. Le nombre de publications est en fait stable ; la baisse en pourcentage est due à l’émergence de nouveaux joueurs comme la Chine qui lui a soufflé la 5è place en 2004. Cette science a des points forts, comme les mathématiques et les sciences de l’univers, de bons points comme la physique et des points plus faibles, dont la biologie (avec toutefois des variations importantes selon les sous-disciplines) ; les articles dans les revues à gros facteur d’impact sont moins nombreux que naguère, donc sa « visibilité » a diminué.
La première jauge du soutien global à la recherche est son financement.
Après avoir frôlé 2,4 %, la part de nos dépenses de recherches dans le PIB est en déclin depuis plus d’une décennie, avec des périodes de reprise modeste sous la Gauche, pour atteindre 2,1 % en 2005, le même niveau qu’en 1985. C’est médiocre, loin des 3 %, d’autant que ces chiffres incluent la recherche militaire. La recherche du secteur privé est faible, au niveau anglais et dans la moyenne européenne, mais bien au-dessous de celle de l’Allemagne, du Japon et des États Unis. La situation n’est pas non plus brillante pour la prise de brevets.
La seconde jauge concerne l’emploi. A ce propos, je voudrais en préambule souligner à quel point les objectifs, les financements et les pratiques de la recherche ont évolué en quelques années. C’est un domaine où règne une compétition impitoyable. La quantification de la compétitivité est poussée très loin, et se développe à toute vitesse : poids croissant accordé aux articles dans les seules revues à très fort facteur d’impact qui donnent le ton en matière de mode scientifique ; classification des universités, des équipes, des chercheurs par des indicateurs calculés à partir de bases de données (facteur d’impact, facteur H…) ; compilation de données sur les performances des laboratoires en termes du financement industriel ou contractuel, de la rentabilité des brevets etc. Pour émerger dans ce système, le post-doctorant ou le jeune chercheur a tout juste le temps d’égratigner la surface d’un domaine intéressant. Il doit publier vite, si possible beaucoup, dans des revues bien déterminées ; il doit savoir parler anglais avec brio dans des congrès internationaux ; il doit réfléchir à deux fois avant de se lancer dans des projets risqués, la théorie, l’instrumentation et autres domaines difficiles et à faible impact immédiat. Il lui faut se tenir au courant des appels d’offre européens et de l’ANR, et savoir rédiger vite des projets bien cadrés dans ces appels d’offre, qui décrivent les étapes, les réalisations tangibles et les produits (« deliverables ») résultant de la recherche avant qu’elle ne soit faite.
Dans ce contexte, l’emploi permanent, le respect des qualifications et des salaires associés sont des enjeux essentiels.

La pensée unique associe la créativité au travail précaire, l’emploi stable à la routine. Ce point de vue est très contestable, et ceux qui le défendent en France sont parfois des mandarins inamovibles et surprotégés à qui l’on a envie de dire chiche ! Pour faire de la recherche créative, il faut du temps pour réfléchir. Il faut de la sécurité pour ne pas être obsédé par une prochaine fin de contrat, pour envisager tout simplement de fonder une famille et se risquer à avoir des descendants.

Le post-doctorat assure un complément de formation, mais dans des conditions orthogonales aux règles classiques du travail. De plus, la fluidité du passage de la recherche à l’industrie et la valeur reconnue à la thèse dans les pays anglo-saxons ne se retrouvent pas au même degré en France. Autre observation : j’entends parfois dire, y compris par certains de mes collègues du CNRS, que faire de la recherche et appartenir à l’élite intellectuelle est un tel privilège que demander en plus de meilleurs salaires serait indécent. Mais se placer sur ce terrain affaiblit toute la profession. En fait, ce qui plombe l’attractivité des métiers de la recherche pour les jeunes, ce n’est pas tant la désaffection pour la science que la vocation contrariée par l’entrée tardive et aléatoire dans le métier couplée aux salaires médiocres (surtout en début de carrière), sur fond de dégradation des conditions de vie et de hausse vertigineuse du logement. Donner un statut aux post-doctorants serait un acte essentiel, tout comme de revaloriser la grille des carrières des chercheurs des EPST pour les aligner sur celle des EPIC (type CEA ; c’est aussi le cas de mon laboratoire, le centre de rayonnement synchrotron SOLEIL).
Concernant les enseignants-chercheurs, la même revalorisation serait légitime. Je me rallie à l’idée de réduire les heures devant les étudiants de 25 %, ce qui — avec la traque aux heures détournées pour des tâches déqualifiées et la réduction de la bureaucratie — devrait permettre aux maîtres de conférence et professeurs de faire de la recherche dans de meilleures conditions. Je ne suis pas favorable aux mesures en faveur seulement des « plus brillants » jeunes recrutés : faire de la recherche est une nécessité pour bien enseigner, et des charges d’enseignement à la carte contribueraientà éloigner les meilleurs chercheurs des étudiants. Enfin, il faut un dispositif d’évaluation régulier et approfondi de toutes les facettes de l’activité. A l’heure actuelle, un enseignant-chercheur n’est évalué sérieusement que lorsqu’il concourt pour une promotion. Mais cela devrait valoir aussi pour toutes les catégories de personnel, sous des formes diverses telles qu’un entretien annuel d’évaluation avec rapport.
Une question posée est de savoir qui doit faire la sélection avant embauche ? Le concours national n’est plus la panacée universelle. Je crois qu’il faut diversifier les formes de choix en donnant plus de responsabilité à la structure d’accueil. Le conseil scientifique d’une université, ou la direction d’un organisme, pourraient flécher des postes au profil répondant aux besoins d’un laboratoire en vue d’un objectif précis : à charge pour ce laboratoire de rédiger une fiche de poste, avec une commission de sélection associant des membres du laboratoire, d’autres experts français et étrangers et des membres de la commission de spécialistes compétente pour un poste universitaire ou des représentants du Comité national pour un poste CNRS. Si les exigences de qualité sont strictement respectées, il y a peu de risques d’embaucher ainsi du personnel au profil trop étroit pour pouvoir changer ultérieurement de thématique.



 

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