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« Ce
qui distingue l’homme de science, ce n’est pas ce qu’il
croit, mais comment et pourquoi il le croit. Ses croyances sont sujettes
à révision, et non dogmatiques ; elles sont basées
sur la preuve et non sur l’autorité ou l’intuition.
» Bertrand Russell.
Un débat public est à présent ouvert entre partisans
et adversaires de la psychanalyse, débat qui, il est vrai, a eu lieu
il y a belle lurette dans d’autres pays occidentaux. Après
la publication, l’an passé, du Livre Noir de la Psychanalyse
1, voilà que paraît l’Anti Livre Noir de la Psychanalyse
2. On ne peut donc que s’en féliciter, puisque la lecture de
ces deux volumes, thèse et antithèse, devrait nous permettre
de départager les opposants, de donner raison — partiellement
ou totalement — soit aux uns, soit aux autres, ou encore de les renvoyer
dos à dos. La publication du Livre Noir résulte du
retrait, voilà un an, du site du ministère de la santé,
par le ministre Douste-Blazy, de l’expertise collective sur les psychothérapies,
rédigée par l’Inserm à la demande expresse de
la Direction générale de la santé. Ce document avait
l’avantage d’informer le public et les médecins, du bilan
des connaissances sur ce sujet, dans un des rares domaines où la
médecine française manifeste encore un certain retard. C’est
peut-être une première dans l’histoire de la médecine
occidentale, qu’un ministre de la santé rejette une expertise
demandée par ses services, reconnue par eux comme du bon travail,
et menée pendant près de deux ans par un organisme public
de recherche. Et tant pis pour les patients ! « Ils n’en
entendront plus parler », déclarait le ministre au Forum
des psychanalystes réunis à la Mutualité le 5 février
2005.
Devant cet acte
qualifié par certains de censure, la réponse ne s’est
pas fait attendre. Un collectif d’une trentaine de psychiatres, psychologues,
philosophes, chercheurs et historiens a alors rédigé un ouvrage
qui dénonce les mythes et légendes de la psychanalyse, décrit
les raisons de son succès, ses impasses théoriques, et, au
niveau clinique, certaines de ses victimes. L’ouvrage se termine en
esquissant certaines techniques plus récentes de psychothérapie,
postérieures à la naissance de la psychanalyse, et souvent
issues de ses observations ou de ses intuitions, et qui ne se limitent pas,
au contraire de ce qu’on en a dit, aux approches comportementales
ou cognitives.
Si le Livre
Noir rassemble des articles et des arguments probants, il serait imprudent
de conclure avant d’avoir entendu les deux parties : la vérité,
nous le savons, s’établit de manière contradictoire.
En face de cette critique détaillée et approfondie, à
la fois historique, clinique, épidémiologique et philosophique,
les tenants de la psychanalyse publient donc une réplique, qui devrait
prendre une place importante dans un débat ainsi ouvert. Un lecteur
sans préjugé se doit d’accorder une attention toute
particulière à cette dernière, vu la gravité
et le sérieux de l’attaque à laquelle elle répond.
L’Anti-Livre
noir : le chaos de la riposte
Ce second ouvrage,
plus bref que le premier, ne prétend être ni une compilation
de la littérature, ni une défense de la psychanalyse. De quoi
s’agit-il donc ? Quels sont les arguments que nous propose ce contre-livre,
et quelle tactique ou quelle stratégie choisit-il ? Quels sont la
nature et le contenu de la riposte ?
La réponse,
hélas !, ne répond pas à notre souhait. Le lecteur,
qui s’attend à un débat académique, ne peut qu’être
déçu. Il est certes évident, même si les auteurs
ne l’avouent guère, que, face à la critique, lucide,
rationnelle, cohérente et souvent difficilement réfutable
du Livre Noir, la psychanalyse est forcée de battre en retraite.
Mais elle ne doit pas pour autant quitter le terrain ! Le livre, écrivent
les éditeurs, « ne défend pas, il attaque » ;
il déclare, nous disent-ils, « la guerre », mais donne
l’impression de craindre d’affronter ses adversaires en face,
car cette guerre a le profil d’une guérilla.
La première
partie se livre à des escarmouches sans vision ni stratégie,
c’est-à-dire, à « des coups d’épingle
portés par les psychanalystes de l’École de la cause
freudienne ». Il s’agit d’une suite de textes désordonnés,
chaotiques, extravagants, souvent incohérents ou obscurs. On y trouve
des raisonnements tronqués, des exercices de rhétorique, de
sommaires psychodrames, des slogans comme la critique de bon ton de la littérature
« anglo-saxonne », et une confusion probablement inévitable
à l’intérieur de la théorie psychanalytique entre
déviance et maladie mentale, et entre neurobiologie et approches
cognitives ou comportementales. A défaut d’arguments, les auteurs
traitent leurs adversaires de Professeurs Tournesol de la psychiatrie ou
d’éducateurs déconnectés mais bien assis sur
leur jouissance, et les accusent de bannissement ontologique, de méthode
abjecte, d’escroquerie intellectuelle, de posture surréaliste,
de néo-hygiénisme racialiste, de bureaucratisme managérial,
de clinique du laissez en plan, d’idéalisme, de logique obsessionnelle,
d’utopie totalitaire, de culture de l’espéranto, de pratiques
abominables, de capitalisme néo-libéral, d’un exercice
de la démocratie contre elle-même, de fascination par la sacralisation
des chiffres, et paradoxalement d’intérêt politique,
(ce qui est surprenant, vu le rejet, politique, du rapport de l’Inserm,
contre l’opinion de la Direction générale de la santé).
On nous présente la psychanalyse comme victime d’une grande
conspiration nationale et internationale, ce qui pourrait faire croire qu’il
s’agit d’un discours de persécution paranoïaque.
N’est-il pas, enfin, quelque peu arrogant, de la part de l’École
freudienne, de s’arroger avec insistance le privilège du sens
de la souffrance 3, une préoccupation qui, en réalité,
est au cœur de la médecine (humaine et vétérinaire),
et donc de la psychiatrie et de ses diverses méthodes thérapeutiques,
sans parler de toutes les pratiques paramédicales et des services
d’assistance sociale.
Deux
objections illégitimes
Cependant, l’Anti
Livre Noir soulève contre son adversaire, deux objections majeures
: l’une qui est la soumission au paradigme de la mesure (« ne
se soigne que ce qui se chiffre »), et l’autre qui est la soumission
aux neurosciences (« dont l’objet est la matière »).
Examinons le
premier point. La prise en charge, en médecine clinique, comprend
l’interrogatoire, l’examen physique, l’utilisation de
l’imagerie médicale, et enfin les examens de laboratoire et
les tests biologiques ou psychologiques. Ces derniers ne diffèrent
guère de ceux de la médecine physique, en ceci que toutes
les méthodes de mesure sont sujettes à erreurs, et susceptibles
de produire des faux-négatifs ou des faux positifs. C’est pourquoi
la recherche médicale se penche sur la validité des mesures,
c’est-à-dire leur capacité à classer correctement
les individus par rapport à la réalité. C’est
le cas des biopsies, des examens radiologiques ou des échelles, celles
qui permettent de mesurer les difficultés d’uriner d’un
prostatique, ou la gravité d’une dépression. Le besoin
de classer, même temporairement, est souvent arbitraire, mais il est
à la source du langage, de la possibilité de communication
et de la compréhension du monde extérieur, même s’il
ne permet probablement jamais, comme le suggérait Platon, de diviser
la nature au niveau de ses articulations.
On est surpris
de constater que le mot de mesure - ou l’idée de quantification
- en psychologie ou en psychiatrie, soit un tel sujet tabou, qui évoque
chez les auteurs de l’Anti-Livre Noir, une réaction
proprement phobique, obsessionnelle, d’irritation ou d’exaspération.
Ce livre élude, en ceci, un siècle de psychologie expérimentale
: à titre d’exemple, l’école de Jean Piaget n’a-t-elle
pas développé des instruments de mesure dont elle se sert
pour analyser et comprendre le développement psychologique de l’enfant
? Et les tests quantitatifs ne sont-ils pas utilisés depuis belle
lurette en psychologie clinique et en psychiatrie ? Comment expliquer cette
explosion d’hostilité devant la réalité de l’expérience
clinique ? On se perd en conjectures. On ne peut qu’être étonné
d’un tel exil, non pas seulement de la psychanalyse — que les
auteurs croient défendre — à l’intérieur
de la psychologie, mais de leur conception de la psychanalyse au sein même
de la médecine 4. De plus, ce que Freud appelle dans son Entwurf
einer Psychologie « le premier théorème principal »
de son projet, c’est « la conception quantitative qui est
dérivée d’observations de pathologie clinique, particulièrement
celles qui concernent des idées excessivement intenses dans l’hystérie
et les obsessions, dans lesquelles les caractéristiques quantitatives
émergent plus clairement que dans le normal. Les processus comme
ceux de stimulus, de substitution, de conversion et de décharge […]
suggèrent directement la notion d’excitation neuronale comme
une quantité dans un état de flux » 5.
En ce qui concerne
la seconde objection, rappelons que Freud ne rejetait pas les bases neurologiques
des maladies mentales, pas plus que la nécessité de la quantification.
Freud écrit : « On ne peut pas rejeter la notion que l’excitation
sexuelle dérive de l’opération de certaines substances
chimiques […]. Mais il serait naïf de s’attendre que la
biochimie nous apporte une explication simple […]. Même dans
la chimie de la sexualité, les choses doivent être passablement
plus compliquées. » 6. Et encore : « L’intention
est de fournir une psychologie qui sera une science naturelle : c’est-à-dire
qui représente les processus psychologiques comme les états
successifs de certaines particules matérielles, déterminés
quantitativement, ce qui rendra ces processus transparents et exempts de
contradiction. Il y a donc ici deux idées principales : (1) Ce qui
distingue l’activité du repos, doit être considéré
comme Q (c’est-à-dire la quantité d’énergie
neurale qui, soumise aux lois du mouvement, traverse les neurones ou s’y
accumule) (2) Les neurones doivent être considérés comme
des particules matérielles » 7 Il ajoute : « La structure
théorique de la psychanalyse que nous avons créée,
n’est en fait qu’une superstructure dont il faudra, un jour,
asseoir les fondations sur des bases organiques. Mais nous sommes encore
dans l’ignorance de tout ceci » 8. Il conclut : «
Nous devons nous rappeler que toutes nos idées en psychologie sont
provisoires, et seront probablement, un jour, basées sur un substrat
organique » 9. Il est vrai qu’aujourd’hui, nous en
savons beaucoup plus, et Freud, probablement, s’en réjouirait.
Pourquoi l’École freudienne qui cependant prône le retour
à Freud, se départit-elle de lui, en rejetant les deux postulats
fondamentaux de sa psychologie ?
Erreurs,
quiproquos et confusions
Ce texte présente
encore d’autres surprises. Attaquer son adversaire, dans un débat
contradictoire est une bonne méthode à condition de disposer
de bons arguments, et d’éviter l’effet boomerang.
A titre d’exemple,
l’ouvrage accuse la classification des maladies mentales de l’Association
américaine de psychiatrie (DSM IV) d’être un prototype
de construction sociale 10, alors que les auteurs du DSM reconnaissent eux-mêmes
le caractère transitoire, expérimental et sujet à révision
de cette classification. Mais la psychanalyse n’est-elle pas le paradigme
même d’une construction sociale, née dans une culture
viennoise vieille d’un siècle, ce qui explique sans doute cette
aliénation croissante avec le monde qui est le nôtre, que l’Anti
Livre Noir constate avec regret ?
Mieux encore,
l’Anti Livre Noir reproche aux approches cognitivo-comportementales
« leur prétention métaphysique à dicter à
l’homme ce qu’il doit être », mais la psychanalyse
ne persiste-t-elle pas à classer l’homosexualité parmi
les dysfonctions sexuelles ? 11 Et Thomas Szasz, professeur de psychanalyse,
d’ajouter : « Le prêtre met le pénitent à
genoux ; le psychanalyste le couche sur le dos. Dans les deux cas, l’aménagement
de l’entrevue symbolise son thème dominant : le prêtre
cherche à humilier le pénitent : le psychanalyste veut que
son patient se sente faible et désarmé. Après avoir
imposé le « péché originel » au pénitent,
et avoir incité son patient à « la névrose du
transfert », le prêtre et le psychanalyste s’attachent
à délivrer le premier du péché et le second
de sa maladie, et réclament leur éternelle gratitude pour
les avoir « sauvés ».12
De plus, l’Anti
Livre Noir fourmille d’erreurs. Citons en deux.
1. «
Les thérapies cognitivo-comportementales n’ont pas de théorie
de la causalité psychique » 13. En réalité,
les 186 premières pages de l’ouvrage de Aaron Beck portent
sur une théorie de la causalité psychique. 14
2. « L’efficacité
des antidépresseurs […] a conduit à créer une
entité : le trouble obsessionnel compulsif » 15. Or, au
Moyen Âge, on utilise d’ores et déjà les termes
de obsessio, compulsio pour des comportements obsessionnels. En France,
dès le début du xixe siècle, on qualifie ce syndrome
de manie sans délire, ou monomanie intellectuelle. C’est en
1876 que Falret utilise, pour la première fois, le terme d’obsessions
dans son sens médical.
Psychanalyse
ou religion
« La
psychanalyse, écrit Thomas Szasz, fonctionne à présent
comme une religion déguisée en science et méthode de
traitement De même qu’Abraham a reçu les Lois de la main
de Jéhovah, auquel il prétendait avoir un accès privilégié,
de même Freud a reçu les Lois de la Psychologie de la main
de l’Inconscient, auquel il prétend avoir un accès privilégié.
» Il ajoute non sans humour : « La confession est à
l’association libre, comme l’absolution est à l’interprétation,
l’eau bénite à la fumée de cigare, le péché
originel au complexe d’Œdipe, l’âme à l’appareil
mental, le prêtre au psychanalyste, et Jésus-Christ à
Sigmund Freud. » 16
Il est vrai
que l’historiographie de la psychanalyse imite celle d’une religion
plutôt que celle d’une science, avec ses diverses confessions,
ses sectes, ses dogmes, et ses exclusions. Freud excommunie successivement
Carl Jung, Karen Horney, Harry Stack Sullivan et Wilhem Stekel. L’histoire
de la psychanalyse en France n’est-elle pas une suite de scissions,
de dissolutions, de dissidences, d’épurations et d’excommunications
? Elle a ses textes révélés (les écrits de Freud),
ses prêtres (les membres de l’École freudienne), ses
prophètes (Lacan), et enfin la terre promise de la congrégation
des fidèles (l’inconscient). On n’imagine pas une société
de gastro-entérologie ou de chirurgie faisant l’objet de mêmes
processus de quête du pouvoir personnel, et c’est donc par l’effet
de ce contraste que l’histoire de la psychanalyse prend un aspect
cocasse et burlesque, mais aussi éminemment politique. C’est
ce qui permet à Élisabeth Roudinesco d’écrire
que Lacan « est le premier maître de la seconde génération
à doter le mouvement français d’une politique de la
psychanalyse articulée à une théorie de la formation
». 17
Deux
questions philosophiques
L’Anti
Livre Noir se termine par deux essais, écrits par une philosophe,
Clotilde Leguil-Badal, et qui retiennent l’attention. Premièrement,
cette dernière identifie les thérapies cognitives avec la
neurobiologie, alors qu’il s’agit de deux disciplines distinctes
; elle attaque ensuite la neurobiologie, non pas sur le plan médical,
ni sur le plan scientifique, mais sur certaines conclusions philosophiques,
il est vrai quelque peu arrogantes et difficilement soutenables, d’un
grand scientifique, Jean-Pierre Changeux. Mais s’il s’agit d’une
question philosophique, pourquoi ne pas chercher la réponse chez
les philosophes ? Pourquoi ne pas lire ce qu’écrivent les philosophes
des sciences sur ce sujet, je pense à John R. Searle, Daniel Dennett,
Hilary Putnam ou Colin McGinn (des anglo-saxons, une fois de plus !) qui
ont bien montré qu’il n’y a aucune incompatibilité,
ni antinomie, entre la neurobiologie et les concepts philosophiques de conscience,
d’inconscient, d’émotions ou d’intentionnalité
? 18 Norbert Elias n’écrivait-il pas que les dichotomies introduites
par le mouvement romantique, entre corps et esprit, nature et culture, conscient
et inconscient, ou cognitif et émotionnel, ne sont rien moins que
l’expression d’une profonde inhumanité, qui prend sa
source dans un vieux conflit qui oppose la civilité de l’être
humain à son animalité.19
En second lieu,
Clotilde Leguil-Badal soulève un problème intéressant,
celui de l’opposition entre l’individu, défini à
partir de son appartenance à la communauté, et l’individu
comme sujet qui peut dire « je ». Il s’agit du rapport
entre un discours à la troisième personne et un discours à
la première personne, soit un problème proprement philosophique,
et qui ne relève pas plus de la science que du discours psychanalytique.
Wittgenstein a beaucoup écrit sur ce sujet, c’est-à-dire
sur la question du langage privé : il s’agit d’une découverte
majeure, le mot n’est pas exagéré, de la philosophie
du xxe siècle, et il serait intéressant d’analyser quelles
en sont les implications, notamment sur la métapsychologie psychanalytique.
La question est fort complexe, et je ne peux qu’à peine l’esquisser
ici, au risque certain de me faire mal comprendre. Wittgenstein critique
ce qu’il considère comme des représentations erronées
de notre vie mentale. La plus commune de ces erreurs, c’est la tendance
à croire que tous les mots, tous les noms ont nécessairement
une désignation ou un référent Des mots tels que signification
ou compréhension, parce qu’ils ne désignent pas un processus
physique extérieur, sont donc censés représenter un
processus qui se passe dans l’esprit. Ceci suppose qu’il existe
toujours un processus secret et intérieur de pensée qui court,
parallèlement à l’exercice du langage. Wittgenstein
nous demande donc, dans ses Investigations Philosophiques, d’envisager
sérieusement la possibilité selon laquelle des mots comme
signifier ou comprendre, ne désignent parfois rien
du tout. Ceci ne veut pas dire que ces mots soient sans signification, ou
qu’il faille les éliminer de notre vocabulaire. Un mot n’a
pas de signification tant qu’il n’est guère possible
de dire si, oui ou non, l’usage que l’on en fait est correct,
et ceci n’est possible que si, et seulement si, il existe un usage
public de ce mot, qui permette de juger s’il est utilisé correctement
ou non. Ceci veut dire que nous n’avons pas de connaissance directe
ou privée, de nos dispositions mentales, de nos sensations ou de
nos émotions ; et qu’il n’est pas possible de nommer,
d’identifier et de réidentifier des sensations ou des émotions
sur la seule base d’une expérience intérieure. Plutôt
que de regarder à l’intérieur de soi, il faut prendre
en considération toutes les circonstances qui entourent notre usage
des mots, afin de savoir si cela dit quelque chose, et si cela veut dire
quelque chose, et si cela est entendu et compris. Ce n’est pas une
sorte de contre-chant intérieur, mais plutôt le contexte qui
l’entoure, qui donne son sens à une déclaration. 20
Le sens d’un mot ne se trouve donc souvent que dans l’usage
qu’on en fait.
C’est
donc à juste titre — mais pas pour les raisons que Clotilde
Leguil-Badal invoque, et notamment pas par quelque scientifisation de l’humain,
mais pour des raisons proprement philosophiques — que le modèle
de l’humain, conçu à partir de cette donnée qu’est
le sujet qui peut dire « je », est remis en question.
Je regrette
donc de devoir conclure que l’Anti-Livre Noir est, globalement,
un simple pamphlet, un brûlot, superficiel, bâclé, mal
informé et qui dessert la cause qu’il croit défendre.
La psychanalyse se présente dans ce livre, peut être à
tort, comme une sorte de prêt à penser, exilé de la
recherche médicale et de la psychologie expérimentale, ignorant
des outils d’investigation qui ont transformé les sciences
humaines, et notamment de la statistique. Ce qui renvoie à Wittgenstein,
qui écrivait à propos des interprétations psychanalytiques
: « A présent le premier imbécile venu peut faire
usage de ces images pour expliquer les symptômes d’une maladie
»
On est en droit
de se demander si c’est là tout ce que la psychanalyse a à
nous offrir pour sa défense. Les ennemis de la psychanalyse, s’il
y en a, penseront que oui, et ne pourront que se féliciter de la
publication de l’Anti-Livre Noir. On ne pouvait pas mieux
faire pour discréditer la psychanalyse ! Mais cette discipline ne
mérite-t-elle pas mieux ?
S’il ne fait guère de doute que la psychanalyse est obligée,
en France, comme elle l’a d’ores et déjà fait
ailleurs, de battre en retraite, il n’est pas nécessaire qu’elle
quitte le terrain ; il lui faut trouver une position de repli qui se défende
par des arguments légitimes.
L’efficacité
thérapeutique au cœur du débat
Essayons donc
d’élever le débat et de dédramatiser le conflit.
Car si le verre est partiellement, à moitié, ou même
largement vide, c’est donc aussi qu’il est partiellement plein.
Le problème
est le suivant : une psychanalyse classique dure trois ans, quatre ans ou
plus. Par ailleurs, vivre est psychologiquement très thérapeutique.
La question est donc de savoir si les effets bénéfiques que
les psychanalystes pensent observer au cours d’une cure, si bénéfice
il y a, sont ou non le résultat de leur intervention : c’est
la question du post hoc, propter hoc ; et si leur intervention n’a
jamais d’effets secondaires indésirables, c’est-à-dire
si beaucoup de patients ne se porteraient pas mieux sans leur intervention
; et enfin si la psychanalyse fait moins bien, mieux ou la même chose
qu’un placebo, vu qu’un placebo a souvent un effet bénéfique
et est, en soi, une forme de psychothérapie ? Les thérapies
cognitives, comportementales et l’approche familiale ont répondu
à ces questions dans la littérature médicale, la psychanalyse,
non.
Les auteurs
de l’Anti Livre Noir ont raison quand ils accusent leurs adversaires
de préférer l’idéal stratégique de l’efficacité,
mais cet idéal, ces derniers le partagent avec la médecine
et la santé publique. Et avec Lacan, qui écrit : « J’essaie
de donner les conditions pour que l’analyse soit sérieuse et
efficace » 21. S’il s’était efforcé d’atteindre
ce but, l’histoire de la psychanalyse française aurait suivi
un tout autre cours.
L’efficacité d’un traitement, qui
doit toujours être rapportée à une catégorie
de diagnostic donnée, consiste à vérifier si le but
que se donne ce traitement, est atteint, et si oui, dans quelle mesure.
Ce n’est que dans la deuxième moitié du xxe siècle,
que la médecine a commencé à s’émanciper
de la description anecdotique de cas de malades individuels. La littérature
médicale a, généralement, et tout comme la littérature
psychanalytique, une tendance naturelle à ne publier que les résultats
positifs d’une intervention, plutôt que ses résultats
négatifs. C’est pourquoi la médecine a tourné
une page de son histoire en 1971, quand Archie Cochrane — ancien combattant
des Brigades internationales de la guerre d’Espagne et épidémiologiste
de renom — a lancé l’idée de la médecine
basée sur la preuve : tout traitement et toute intervention médicale
doivent établir leur efficacité, c’est-à-dire
faire la preuve de ce qu’ils atteignent le but qui leur est assigné
et qu’ils se sont donnés. L’évaluation peut porter
sur le processus d’intervention, mais il faut aussi qu’il analyse
ses effets, son aboutissement et ses conséquences, positives et négatives.
Ceci ne signifie pas que la psychiatrie soit universellement basée
sur la preuve, loin de là. Mais que depuis quelques années,
elle s’est donnée ceci pour but.
Un exemple qui
concerne la dépression, la maladie mentale la plus commune dont la
fréquence augmente d’une génération à
l’autre. L’approche socratique de la découverte de soi
qui caractérise les psychothérapies cognitivo-comportementales,
constitue non seulement un traitement efficace, mais un traitement dont
les effets bénéfiques durent et durent plus que ceux des autres
thérapeutiques. Un des problèmes qui touche les patients souffrant
de dépression est celui des récidives ou des rechutes. Par
exemple deux ans après un traitement par antidépresseur, 26
% des patients maintiennent leur amélioration clinique, 36 % après
une psychothérapie non directive, mais 64 % après une psychothérapie
cogntivo-comportementale.
Or, comme c’était
précédemment le cas pour la littérature médicale
jusqu’à la réforme introduite par Cochrane, la littérature
psychanalytique depuis Freud et jusqu’à nos jours, est encore
toujours faite de descriptions anecdotiques de cas cliniques, qui correspondent
à des observations qui se conforment à l’attente qu’on
en a, et sont en accord avec la théorie : elles servent à
illustrer et à persuader, plutôt qu’à chercher
à connaître. La psychanalyse, qui n’a pas fait sa réforme,
et qui selon l’Anti Livre refuse de la faire, a donc pris un retard
important sur la médecine, ce qui fait qu’on a souvent l’impression
qu’elle représente la tribu perdue de la psychiatrie. Au nom
de quoi, la psychanalyse serait-elle à l’abri de la critique,
et immunisée contre les problèmes qui vont croissant, notamment
celui de la vérification mais aussi celui de la responsabilité
du corps soignant devant la société qui finance les soins
médicaux, et donc psychiatriques ? Le personnel traitant, tout comme
les patients, ne sont-ils pas à la charge des contribuables et de
la sécurité sociale ?
La psychanalyse
est-elle une discipline médicale ?
Pour Freud,
la psychanalyse était une discipline médicale. Freud a ajouté
aux facteurs étiologiques (les germes, les gènes, les anomalies
fonctionnelles et anatomiques du cerveau) une cinquième cause, un
conflit intrapsychique, et aux traitements qui étaient en vogue à
son époque, la cure par la parole, basée sur le transfert
et la catharsis. Il a eu le mérite de nous avoir montré que
les processus psychologiques qui constituent les comportements « anormaux
» ne diffèrent pas de ceux qui constituent les comportements
« normaux ».
Freud pensait
que la psychanalyse était plus efficace que les autres approches
thérapeutiques. Mais c’était — inévitablement
à son époque, puisque les méthodes d’épidémiologie
clinique et les instruments statistiques étaient inexistants —
un simple acte de foi, selon lequel les autres approches thérapeutiques
ne traitaient que des symptômes, alors que seule la psychanalyse était
susceptible de guérir et de modifier profondément la personnalité
du sujet, et d’une manière durable. Ceci tenait, selon lui,
à ce que seule la psychanalyse rendrait possible de découvrir
et d’éliminer les causes sous-jacentes aux symptômes
par le moyen d’une connaissance intime de soi, en permettant à
ce qui est inconscient de devenir conscient. Cependant, et malgré
la persistance de ces grandes visées tout au long du xxe, il n’y
a toujours pas, un siècle plus tard, une parcelle d’évidence
pour appuyer ces affirmations. Les psychanalystes n’ont toujours pas
réussi à nous apporter autre chose que des anecdotes cliniques,
ce qui représente un demi-siècle de retard sur la médecine.
Les auteurs de l’Anti Livre Noir ne semblent pas reconnaître
qu’affirmer que la psychanalyse a un pouvoir de cure, est sans rapport
avec la question de savoir si c’est le cas : cela s’appelle
avoir recours à l’argument d’autorité.
Thomas Szasz
caractérise le problème comme suit : « Freud nous
a donné une bonne description de la psychanalyse, mais il la range
dans la mauvaise catégorie : il la décrit comme une forme
de contrat et de conversation, mais la catalogue comme un traitement. Ceci
est l’une des raisons de la confusion et de la controverse qui portent
sur la question de savoir si, oui ou non, la psychanalyse est une forme
de pratique médicale : si on la saisit dans le langage médical
— comme le traitement d’une maladie — elle appartient,
par définition, à la médecine ; mais si on la saisit
dans le langage de la communication et du contrat — en tant que conversation
qui porte sur les expériences passées et présentes
d’une personne, et ses moyens d’y faire face — il est
clair qu’elle n’appartient pas à la médecine.
» 22
Szasz nous propose donc un choix. Dans la première hypothèse,
celle de la préférence médicale, il faut mettre en
place des programmes d’évaluation des techniques psychanalytiques.
Dans la seconde alternative, la psychanalyse doit se résoudre à
quitter le champ de la médecine et se borner à un dialogue
de nature plutôt morale.
La première solution soulève une vieille question : la théorie
ou la pratique psychanalytiques ne sont pas vérifiées, mais
sont-elles vérifiables ou sont-elles réfutables ? Ce n’est
pas, ici, le lieu d’approfondir cette question. Contentons-nous de
rappeler que Karl Popper répondait négativement à cette
question, mais qu’Alfred Grünbaum, qui s’est longuement
penché sur elle, répond affirmativement. La question est importante,
car une théorie qui n’est ni vérifiable, ni réfutable
est dépourvue de tout rapport sémantique avec la réalité
du monde extérieur. En d’autres termes, une telle théorie
est vidée de son sens, car elle a perdu le pouvoir de dire le vrai
ou le faux (qui est une relation entre le langage et le monde), et donc
le pouvoir de connaître ou de faire connaître, tout aussi bien
le monde physique que celui de son prochain et de sa souffrance. Un tel
discours peut être poétique ou musical ou rhétorique,
mais, sémantiquement, c’est-à-dire du point de vue du
rapport entre le langage et la réalité, il n’est plus
que bruit.
Imaginons, à présent, que quelqu’un prétende
que le complexe d’Œdipe est loin d’être universel.
Un psychanalyste lui répondra qu’il est prêt à
rejeter l’universalité du complexe d’Œdipe, à
condition que son interlocuteur lui trouve un individu (adulte, ou enfant
d’un âge approprié) qui, tout à la fois, n’ait
aucun sentiment d’hostilité ou aucune attraction sexuelle vis-à-vis
de l’un de ses parents de même sexe, et qui n’ait pas,
en même temps, le désir de prendre la place de ce parent dans
l’affection et l’estime de l’autre de ses parents. Mais
son interlocuteur pourra lui demander quels sont les critères observables
qui permettent de définir le complexe d’Œdipe et sur lesquels
tous les psychanalystes soient susceptibles de tomber d’accord, d’autant
plus que les diverses écoles de psychanalyse viendraient nombreuses
à l’appel. Les règles sémantiques d’application
d’un tel concept sont si flexibles et arbitraires, qu’il semble
bien que ce terme puisse être appliqué, quoi qu’il arrive,
ce qui veut dire qu’il n’a pas grand sens.
Coda
Pour ce qui
est de la thérapie cognitive, il s’agit d’une technique
de traitement, au même titre que la psychanalyse. En peu de mots,
pour un cognitiviste, un stimulus ou un événement (ou des
constellations d’attitudes et d’expériences) évoquent
une pensée ou un signifié conscient, qui conduit à
une émotion. Beck cite Epictète : « L’être
humain n’est pas mû par les choses, mais par la vision qu’il
entretient des choses ». C’est donc l’inverse du
psychanalyste pour qui le stimulus donne naissance à une impulsion
inconsciente qui, elle, conduit à une émotion. La primauté
du cognitif correspond à une longue tradition qui remonte à
Platon, tandis que la tradition analytique, qui cherche plutôt à
substituer ou à modérer des émotions négatives
par des émotions positives, prend sa source dans la Poétique
d’Aristote, et l’idée de l’effet cathartique de
la tragédie.
Mais au contraire
de la psychanalyse qui, si l’on en juge par l’Anti Livre
noir, se cultive dans une atmosphère intellectuellement confinée,
l’approche cognitico-comportementale est pluraliste et n’a pas
la prétention réductrice de couvrir, à elle seule,
tout le champ de la psychiatrie. Elle laisse la place à d’autres
formes de psychothérapies, à la neuropsychiatrie, à
la psychopharmacologie, à la pharmacogénomique, à l’investigation
fonctionnelle du cerveau, à la recherche épidémiologique,
à la sociologie des maladies mentales, à la prévention
des troubles mentaux, à la recherche nosographique, à la géographie
et à l’historiographie des maladies mentales, aux facteurs
culturels et à la phénoménologie des maladies mentales
dans le Village Global, ainsi qu’aux problèmes éthiques
liés à la psychiatrie, sans négliger la recherche sur
les grands problèmes médico-sociaux, comme l’épidémie
de suicides et de parasuicides, la démence sénile et la maladie
d’Alzheimer. L’Anti Livre Noir condamne la majorité
de ces approches, car elles menacent son imperium.
Du reste, un
cognitiviste ne cherche pas à être un sphinx, et ne pense pas
comme nous le propose l’Anti Livre, que la psychothérapie soit
une « clinique de l’énigme », mais tout au contraire
: « La science, écrivait Peter Medawar, prix Nobel
de médecine, est l’art du soluble ». Aaron Beck
cite Marc Aurèle : « Si quelque chose d'extérieur
à vous, vous fait souffrir, ce n'est pas cette chose qui vous trouble,
mais le jugement que vous portez sur elle. Et il est maintenant en votre
pouvoir d'effacer ce jugement ». La méthode du cognitiviste,
à J'instar de Marc Aurèle, engage et motive le patient à
montrer que lui aussi peut contribuer de manière significative à
sa cure.
Ajoutons, au contraire de ce qu'en dit l'Anti Livre Noir, que la
médecine ou la psychiatrie basées sur la preuve n'annulent
en rien la singularité individuelle. Car, l'un des principes fondamentaux
de cette approche, c'est que l'intervention thérapeutique doit être
ajustée au patient en tant qu'individu, ainsi qu'aux circonstances
qui l'entourent. 23 De plus, une psychothérapie cognitive a !'avantage
d'être limitée dans le temps : un traitement dure en général
15 à 20 sessions d'une heure, ce qui est financièrement beaucoup
moins rémunérateur pour le thérapeute que des psychothérapies
qui se prolongent durant des années.
En bref, la psychothérapie, psychanalytique ou non, tout comme la
médecine, n'a jamais prétendu être, n'a jamais été,
et ne sera jamais une science. La science cherche à connaître
le monde qui nous entoure, mais c'est la technologie (qu'on appelle souvent
sciences appliquées) qui cherche à le transformer. Mais pour
changer le monde, il faut d'abord le connaître et le comprendre. Et
pour soulager la souffrance humaine, ce qui est le rôle de la médecine,
il faut inévitablement s'appuyer sur la recherche, sur la science
biomédicale et épidémiologique, sur leur appareil conceptuel
et leurs méthodes d'évaluation.
Quel est, dans ce contexte, l'avenir de la psychanalyse, à l'époque
de la fin des idéologies ? Sans aucun doute, il s'agit d'une espèce
en voie de disparition. Il serait cependant hasardeux de vouloir jouer au
devin ou au prophète. Il est permis de penser que, dans l'avenir,
les approches psychothérapiques non psychanalytiques, se diversifieront
davantage encore, afin de mieux prendre en compte les différents
degrés de profondeur qui se manifestent dans la panoplie
des désordres mentaux, et s'allieront à des notions de psychologie
dynamique, mais certainement plus du Freud recyclé.
Notes
1. Meyer, C. (éd.), Le Livre Noir de la Psychanalyse, Les
Arènes, 2005.
2. Miller, J.-A. (éd.) L’Anti Livre Noir de la Psychanalyse,
Seuil, 2006. Ce second volume ne contient pas, hélas, comme le premier,
de table alphabétique des noms propres, ni d'index thématique
du contenu.
3. L’Anti Livre Noir de la Psychanalyse, p. 42,178,184.
4. Le rejet du chiffrage a cependant des limites en psychanalyse : Élisabeth
Roudinesco nous rappelle que pour Lacan, “ l'amour de l'argent et
l'ambition sociale jouent un rôle considérable dans la réduction
du temps des séances ”. Roudinesco, E., Histoire de la
Psychanalyse en France. tome 2, Fayard, 1994, p. 244.
5. Freud, S., The Standard Edition of the Complete Psychological Works
of Sigmund Freud., traduction anglaise de James Strachey et Anna Freud,The
Hogarth Press and the Institute of Psycho Analysis, volume l, pp. 295-296.
6. Freud, S. E., volume XXI, p.240.
7. Freud, S. E., volume l, p. 295.
8. Freud, S. E., volume XVI, p. 389.
9. Freud, S.E., volume XIV, p. 78.
10. Miller, J.-A., op. cit., p.212.
11. Miller, J-A., op. cit , p. 213.
12. Szasz, T., The Untamed Tongue, la Salle, III, 1990, pp.191-192
13. Miller, J.-A ., op. cit , p. 68.
14. Beck, A . Cognitive Therapy and the Emotional Disorders, Penguin
Books, 1976.
15. Meyer, C. (éd.), op. cit , p. 51.
16. Szasz, T., op. cit , p. 191.
17. Roudinesco, E., op. cit , p.239.
18. Voir par exemple : Searle, J.R., Mind. A Brief Introduction,
Oxford University Press, 2004.
19. Elias, N., Mozart. Portrait of a genius, Polity Press, 1993.
20. Par ailleurs, Clotilde Leguil-Badal ne cite pas l'ouvrage d'Alfred Grünbaum
: Les Fondements de la psychanalyse. Une Critique philosophique,
PUF, 1996, un livre majeur et inégalé de philosophie des sciences,
où elle aurait, peut être, trouvé des arguments plus
fondés pour défendre sa thèse.
21. Miller, J.-A., op. cit., p. 122.
22. Szasz, T., op. cit., p.188.
23. Drake, R. E., Rosenberg, S. D. et al, “ Fundamental principles
of evidence-based medicine applied to mental health ”, Psychiatric
Clinics of North America, 26, 2003, pp. 812-820.
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