| Tchernobyl, un « nuage » passe... Les faits et les controverses |
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| Écrit par Claude Stéphan | |
| 01-04-2009 | |
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Bernard Lerouge,
Questions contemporaines, Edition l'Harmattan, janvier 2009, 278 p., 27€.
Vingt trois ans après la catastrophe de Tchernobyl, il était bien utile de faire le point. Que s'est-il passé lors de l'explosion du réacteur et dans les jours qui ont suivi, comment ont réagi les autorités de sûreté, les gouvernements des différents pays, quels ont été les effets de cet accident sur la santé des populations et comment les médias ont-ils « couvert l'évènement » . Ce travail de mémoire a été entrepris par Bernard Lerouge dans un livre de près de 300 pages particulièrement bien documenté, facile à lire malgré la difficulté du sujet. L'ouvrage est écrit avec une pointe d'humour et un sens aigu de la formulation. On peut féliciter l'auteur d'avoir réussi à garder une attitude particulièrement rationnelle dans un texte qui va à l'encontre de bien des idées reçues. La première phrase de l'introduction nous rappelle que « pour le Français d'aujourd'hui comme pour celui d'il y a vingt ans, qu'il s'agisse de l'homme de la rue, du journaliste ou du haut fonctionnaire, il est entendu qu'un personnage officiel a déclaré un jour, le plus sérieusement du monde, que le nuage de Tchernobyl s'était arrêté aux frontières ». Comment cette phrase qui n 'a jamais été prononcée par une autorité quelconque est-elle devenue le symbole de la politique du secret, donc du mensonge ? une caractéristique qu'on a attachée à tout ce qui était lié au nucléaire en France. La première partie de ce livre nous relate, jour par jour et presque heure après heure, la succession des évènements depuis une constatation d'augmentation de la radioactivité de l'air dans les différents pays européens, France y compris, et comment l'information sur cette catastrophe survenue à la veille d'un week-end de premier mai était répercutée en France, en particulier par les journaux télévisés. Chacun s'accorde après coup pour dire qu'en France l'information s'était révélée insuffisante ou manquant de précision et surtout que la communication a été trop tardive. Le public, ignorant complètement ce que signifiaient les doses de rayonnement observées, était incapable d'en déduire s'il existait un danger quelconque. Le remplacement récent de l'unité de dose, le Curie, par le Becquerel ( des millions de fois plus petite) ne simplifiait pas les choses. Le livre fait bien sûr état des conclusions d'experts de l'OMS sur l'absence de risque sanitaire dans les pays de l'OCDE. Et pourtant une tempête médiatique va se déchaîner. L'auteur nous décrit comment les doutes de l'opinion vont se transformer en certitude jusqu'à nos jours : on nous a menti.
La deuxième partie de l'ouvrage décrit en détail comment la polémique s'est instaurée. Il existait déjà en 1986 des normes de contamination radioactive à respecter pour la consommation des denrées alimentaires. Bernard Lerouge décrit la difficulté qu'il y a à déterminer la dose admissible car elle dépend du régime alimentaire. Il en est résulté une controverse sur les normes qui n'ont alors pas cessé de varier presque toujours à la baisse, le but recherché, d'après l'auteur, étant d'empêcher par ce biais l'entrée et la commercialisation de produits alimentaires venant de pays hors CEE, de l'Europe de l'Est en particulier. La seule certitude que le public retira de cette polémique fut que la situation n'avait pas été maîtrisée et qu'on lui avait certainement caché beaucoup de choses. De nombreuses pages sont ensuite consacrées à la contamination de la France, au bras de fer entre la CRIIRADCRIIRAD : Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité et l'IRSNIRSN : Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire concernant les résultats des mesures et leur interprétation. On apprend avec surprise qu'il faudra attendre 2006 pour qu'une commission composée d'une dizaine de personnalités dont quatre étrangères et aucun expert français appartenant à la sphère nucléaire, rende un avis circonstancié dont personne ne fera jamais mention. Et pourtant ce rapport rassurant, saluant au passage l'important travail de modélisation réalisé par l'IRSN, va à l'encontre de la rumeur accusatrice. Suit une description des doses subies en France, et une évaluation des conséquences sur la santé en fonction de l'importance de la contamination. L'auteur fait état de la controverse concernant les faibles doses, la question étant de savoir si la règle de proportionnalité observée pour les fortes irradiations subies s'applique pour les très faibles doses. Il évoque l'existence d'un seuil qui a de plus en plus d'adeptes dans le milieu des spécialistes suite à des études sur le mécanisme d'apparition d'un cancer. En particulier concernant l'apparition de cancers de la thyroïde, il est évident que les doses reçues étaient si faibles qu'on ne saurait attribuer ces cancers à l'accident de Tchernobyl. Et pourtant selon une enquête d'opinion, 93% des personnes interrogées considèrent que l'augmentation des maladies de la thyroïde en France est attribuable à la catastrophe, et des malades ont d'ailleurs porté plainte. Un des chapitres suivants s'intitule le jugement du Pr Pellerin était correct... L'auteur, après avoir décrit le Pr Pellerin comme un homme d'action à qui on reconnaît le mérite d'avoir développé le service de radioprotection, le SCPRI, dans un esprit de rigueur et de qualité extrême, considère qu'on en a fait un bouc émissaire. Le Pr Pellerin, de son côté, est conscient d'avoir fait son devoir et d'avoir rassuré les Français comme il convenait de le faire. Un autre chapitre s'ouvre sur les conséquences sanitaires dans les trois républiques les plus touchées, Ukraine, Belarus et Russie. Des divergences très importantes sont apparues très tôt sur le nombre de victimes: maladies, cancers, anomalies découvertes lors des naissances. L'auteur s'appuie sur le rapport du Forum Tchernobyl paru en 2005 regroupant les travaux de centaines de scientifiques, d'économistes et de spécialistes de la santé. Il aboutit à des conclusions qui étonnent et déconcertent, provoquant d'ailleurs des protestations. Le rapport estime que les rayonnements pourraient provoquer à terme 4000 décès dans les populations les plus exposées. Ce nombre inclut les décès avérés ainsi que les statistiques prévisionnelles jusqu'en 2046, basées sur les estimations de doses de rayonnement reçues. Bernard Lerouge, sensiblement d'accord avec ces résultats, discute en détail les conclusions de ce forum en se basant sur des données scientifiques dûment validées. Quant aux malformations trouvées, leur taux rejoint celui de la plupart des pays du monde. La troisième partie de cet ouvrage traite des enseignements que la communauté internationale a tirés de cet accident et de sa gestion pour servir de leçon pour le futur. L'auteur montre comment a été mise en place une échelle de gravité des évènements significatifs pour la sûreté classés de 0 à 7. L'information du public a été améliorée, traduisant une volonté de transparence et de vigilance. Il fait ensuite la constatation quelque peu amère que les médias continuent à propager de fausses informations trompeuses sur le nombre de victimes et la contamination, à partir de données non vérifiables ou biaisées, faisant appel aux antinucléaires patentés plutôt qu'aux scientifiques spécialistes du domaine. Il conclut « Reconnaissons donc humblement que la musique jouée sur la petite flûte des radiobiologistes est écrasée par le grand orchestre avec trompes et grosse caisse des opposants au nucléaire qui, jusqu'ici, ont remporté haut la main la bataille de la communication ». Autre citation « Radiophobie, enseignement déficient ou mal orienté, vulgarisation rare voire absente des grands médias, peur du cancer et méconnaissance de ses causes, voilà quelques éléments qui favorisent le rejet par le public de tout ce qui porte le label nucléaire ou rayonnement ». Bernard Lerouge a voulu terminer son livre par quelques considérations plus générales sur l'utilisation de l'énergie nucléaire, comparée aux autres formes d'énergie: charbon, éolien ...mais aussi par des réflexions sur la peur de l'inconnu, de la science en particulier et la méfiance devant les avancées techniques. L'évaluation d'un risque qui s'est concrétisée par le principe de précaution. Il termine par cette phrase: il est grand temps que les passions s'apaisent et que la raison l'emporte enfin sur l'excès de nos émotions. Six annexes permettent à ceux qui le souhaitent d'acquérir des informations plus précises |





