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de Jean-Pierre Camilleri et Jean Coursaget.
Marie Curie et Claudius Regaud, chercheurs exceptionnels, favoriseront l'émergence d'un modèle institutionnel associant la physico-chimie et le biomédical, qui suscitera plus tard un intérêt national.
Habile expérimentateur, Regaud identifia clairement la radiosensibilité des cellules souches, mères de toutes les autres, et la latence des lésions cellulaires transmissibles aux descendants. Visionnaire, il eut la remarquable intuition du rôle du noyau cellulaire comme cible élective des radiations et a souligné l'importance du facteur temps dans les effets de l'irradiation.
Son travail d'observation et son implication amenèrent le chercheur à devenir thérapeute ; il devint par là même le héraut d'une radiothérapie anti-cancéreuse scientifique.
Co-directeur avec Marie Curie, de l'Institut du radium (qui deviendra l'Institut Curie), Claudius Regaud a manifesté toute sa vie un intérêt militant pour les aspects sociaux, tant pour la transmission des savoirs que pour l'organisation sanitaire de la France de l'entre-deux-guerres.
Jean-Pierre Camilleri, qui fut le directeur médical de l'Institut Curie, est anatomopathologiste, professeur des Universités et directeur honoraire de la Section Médicale de l'Institut Curie.
Jean Coursaget fut le président de l'Institut Curie ; il est médecin et physicien, professeur émérite des Universités et président honoraire de l'Institut Curie.
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Notes de lecture (CR N° 580)
Les rayons X ont été découverts par Roentgen en décembre 1895, la radioactivité par Henri Becquerel en 1896 et le radium par Pierre et Marie Curie en 1898. Cela est bien connu, ce qui l'est moins est la longue et difficile histoire de la radiothérapie à laquelle Jean-Pierre Camilleri et Jean Coursaget viennent de consacrer un beau livre, documenté et instructif.
Dès 1896, Victor Despeignes traite pour la première fois un malade cancéreux par radiothérapie avec les rayons X, le succès n'est pas durable. Il faut, pour comprendre cette tentative, se rappeler qu'à cette époque le seul traitement du cancer était la chirurgie et que beaucoup de tumeurs étaient inopérables. Le livre évoque les tentatives qui se succèdent, en France et à l'étranger. En 1903, on utilise le radium pour traiter des lésions cutanées et en 1905 Joseph Belot, un médecin parisien, publie le premier traité de radiothérapie. Dès 1903, on commence à prendre conscience des risques, suite à un premier cas de cancer humain induit par les rayons X. Mais on croyait en la science et au progrès et cet état d'esprit explique la hardiesse et la persévérance des pionniers. Environ 400 médecins et physiciens sont morts entre 1903 et 1939 de maladies provoquées par les rayonnements. A cette époque, le risque professionnel apparaissait normal. Les pionniers ne se laissèrent ni dissuader par les risques et les échecs, ni ligoter par des règlements contraignants. Ils améliorèrent les générateurs, introduisirent des méthodes de mesure du rayonnement ce qui permit de confronter leurs expériences et peu à peu les traitements commencèrent à avoir une certaine efficacité.
Parallèlement à ces tentatives chez l'homme, des expériences animales avaient commencé à montrer que toutes les lignées cellulaires ne réagissent pas de la même façon à une irradiation, que les rayons font la différence entre tissus sains et cancéreux. Passionné par ces premiers résultats qui donnaient une base scientifique à la radiothérapie un histologiste lyonnais, Claudius Regaud, entreprit une analyse expérimentale du phénomène, en prenant comme modèle de tumeur le testicule, chez le rat et le bélier. Il montra qu'on pouvait tuer les cellules de la lignée germinale (qui se reproduisent vite) sans léser la peau du scrotum, si le traitement est subdivisé en de nombreuses séances.
La seconde partie du livre s'ouvre sur la rencontre de Marie Curie et de Clauduis Regaud et la création de l'Institut du Radium dont ils furent co-directeurs. Marie Curie avait ardemment souhaité un Institut où seraient réunis des chercheurs de diverses disciplines (physiciens, biologistes, médecins), car elle croyait profondément en la possibilité d'accroître les résultats de la radiothérapie en élargissant ses bases scientifiques. Regaud partageait la même foi en la science et le progrès ou plutôt en le progrès grâce à la science. Ils travaillèrent ensemble de façon féconde. En quelques années, avec ses collaborateurs, Regaud montra qu'en modulant le nombre de séances et l'intervalle entre les séances, on pouvait accroître l'effet différentiel entre tumeur et tissus sains. La radiothérapie moderne était née, fondée sur la synthèse de données
expérimentales et cliniques, les mêmes chercheurs travaillant au laboratoire et traitant les malades. En deux décennies, on était passé des balbutiements initiaux à une discipline scientifique. L'Institut Curie devint la Mecque de la radiothérapie internationale et conserva cette position jusqu'à la fin des années 1930. Ensuite ses progrès furent liés aux progrès technologiques (le cobalt radioactif, les accélérateurs) et biologiques. La radiothérapie reste multidisciplinaire. Aujourd'hui cette méthode est utilisée avec de grands succès dans le traitement d'environ la moitié des malades cancéreux. Cette épopée est ignorée en France depuis qu'une radiophobie a envahi les médias.
Il faut remercier les auteurs de ce livre, ils montrent tout ce que les malades cancéreux d'aujourd'hui doivent à ces générations de pionniers, à leur foi, à leur courage. C'est une belle leçon dont on a, de nos jours, bien besoin.
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