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Invité : Michel Morange, scientifique, biologiste moléculaire, historien
des sciences et philosophe, professeur à l'université
Paris-VI et à l'ENS.
Radio
Libertaire Le 9 novembre
Notre
invité de ce soir est Michel Morange, à
la fois scientifique comme biologiste moléculaire, historien
des sciences et philosophe, professeur à l'université
Paris-VI et à l'ENS. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages
dont : La Part des gènes - La Vie expliquée ? 50 ans
après la double hélice, - Histoire de la biologie moléculaire.
Il vient d’écrire « Débats sur l'évolution
» dans le Cahier rationaliste de mai-juin 2007.
L’émission de ce soir est intitulée : De l’Intelligent
design et autres interrogations touchant à la génétique.
Dans votre récent article, Débats sur l’évolution,
vous montrez ce qu’il peut y avoir d’erroné et
de réducteur à présenter ces débats sur
l’évolution comme une opposition entre la pensée
de Darwin du XIXe siècle et les pensées d’inspiration
religieuse qui ne comprennent pas l’évolution autrement
que comme l’expression d’un plan divin, le Dessein intelligent
ou Intelligent design puisque c’est surtout aux USA que la controverse
a fleuri.
Darwin n’est pas l’inventeur de l’évolution
des espèces mais seulement d’un mécanisme explicatif
reposant sur des mutations graduelles, survenues au hasard,
entre lesquelles choisit la sélection naturelle qui
oriente ces modifications aléatoires dans le sens d’une
complexité croissante qui, partie de la bactérie, aboutit
à l’homme.
Quand on regarde l’histoire de ces cent-cinquante dernières
années on voit, en effet, que le débat sur l’évolution
des espèces a été beaucoup plus riche que voudrait
le faire croire l’opposition Darwin/religions et qu’il
serait vraiment dommage de passer à côté des précieux
enseignements des mouvements qui ont agité l’opinion,
d’abord les milieux scientifiques sur des arguments scientifiques,
mais aussi la société pour des raisons culturelles qui
n’étaient pas toutes religieuses, ou chez les philosophes
s’interrogeant sur la scientificité des théories
et sur les rapports entre hasard et déterminisme. C’est
un véritable ballet qu’ont joué toutes ces composantes
interagissant les unes sur les autres et dont le moteur était
moins le combat des religions - qui n’est après tout
que d’arrière garde et finit toujours par perdre - que
le choc des découvertes scientifiques sur les mentalités
du public quand elles l’obligent à changer ses habitudes
de pensée et ses modèles d’explication du monde.
Le concept d’intelligent design est récent puisqu’il
date de 1989. Son succès est venu de la publicité que
lui ont donnée les Eglises en usant de moyens financiers conséquents.
En fait, il n’est pas religieux par essence puisqu’il
signifie seulement que la nature fait preuve d’une tendance
spontanée à la complexification qui, si elle existe
bien, obéira à des lois forcément naturelles.
En tout cas, aucune recherche ne serait plus possible s’il fallait
se réfugier dans le surnaturel chaque fois que l’on rencontre
une difficulté.
L’Intelligent Design a succédé au créationnisme
pur qui s’accroche à la bible avec plus ou moins d’accommodements
selon les groupes et les époques et qui semble en perte de
vitesse.
• Mais d’abord, Michel Morange, il conviendrait peut-être
de nous dire ce qu’est devenu le darwinisme aujourd’hui,
le néodarwinisme, enrichi de toutes les découvertes
faites depuis le livre de Darwin de 1859, qui l’ont consolidé
mais sans répondre encore complètement à toutes
les interrogations posées.
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