| Réagissez au discours de Nicolas Sarkozy au Latran ! |
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| Écrit par Le bureau de l'Union rationaliste | |
| 21-01-2008 | |
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Page 3 sur 6 Monsieur le Président, Votre allocution à la basilique du Latran a beaucoup inquiété une partie de l'opinion par la méconnaissance de la laïcité française qu'elle exprime. Contrairement à ce que vous affirmez, la loi de 1905 a bien été une démarche « de liberté, de tolérance, de neutralité » qui a mis fin à une longue querelle. La commission qui l'a préparée a travaillé deux ans. Le rapporteur en a été Aristide Briand, pacifiste s'il en est, qui s'est félicité de ce que « le projet finalement adopté [fût] l'œuvre de la commission tout entière [composée de 17 députés de gauche et de 16 députés de droite]... les membres de la minorité collaborant loyalement, avec un zèle persistant et une entière sincérité, avec leurs collègues de la majorité, à la recherche des solutions proposées ». Les « sacrifices dans les tranchées de la Grande guerre », et le « partage des souffrances » qui auraient permis aux prêtres et religieux de « désarmer l'anticléricalisme » est une vision romantique empruntée à la littérature de la guerre de 14, un épiphénomène en réalité. Il ne s'agissait d'ailleurs pas de « désarmer », pas plus l'anticléricalisme que l'intolérance religieuse qui l'avait engendré, mais de réconcilier. La laïcité est un art de vivre ensemble largement plébiscité par l'opinion qu'il n'est pas sain de déprécier. Vous cherchez à vous présenter en conciliateur de la nation mais la pièce est jouée depuis plus d'un siècle. Pour faire œuvre de quasi-repentance à l'égard du Vatican, vous sacrifiez ce joyau de notre culture française qu'est l'égalité des citoyens, l'égale importance de chacun, en attribuant aux croyants des qualités que les incroyants n'ont pas. Vous en venez à accorder plus de valeur à l'espérance chrétienne, qui passe aux yeux de beaucoup pour une illusion enfantine, qu'à cette dignité de la condition humaine, exaltée par nos meilleurs écrivains, qui est de regarder en face l'énigme insoluble de son destin et de faire avec. Et d'où vous vient cette surprenante affirmation : « Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent. » ? Certes, il n'est pas bon pour une société que trop de ses membres « désespèrent » de la vie en commun mais sur quoi vous basez-vous pour déclarer que la soi-disant espérance chrétienne - qui n'est qu'un renvoi aux Mystères et un saut dans la foi - soit une solution efficace dans une société moderne ? Et n'est-ce pas aller un peu loin que de déclarer : « Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance. » ? Je ne sais pas à quoi l'on reconnaît la radicalité du sacrifice de sa vie mais il y a eu et il y a encore beaucoup d'instituteurs qui ont la vocation de leur métier. Et l'on ne voit pas en quoi un religieux « sacrifié » à son Église aurait plus de prestige aux yeux des jeunes qu'un homme ou une femme de notre époque. L'un aura plus que l'autre le « charisme » d'un personnage de fiction descendu d'un livre d'histoire mais son aptitude à transmettre la connaissance du bien et du mal dépendra, comme pour l'autre, davantage de ses capacités que de sa condition. Vous dites que vous souhaitez mettre en œuvre une « politique de civilisation ». La partie de l'opinion que votre allocution du Latran a inquiété serait rassurée si elle vous voyait faire plus de cas des valeurs actuelles de notre République et moins de ses « racines chrétiennes ». Veuillez croire, Monsieur le Président, à l'assurance de ma très haute considération. Bernard Graber, secrétaire général de l'Union rationaliste |






