Signez le manifeste !
L'aventure
humaine ne saurait être dissociée du rôle
fondamental de la raison. Cet exercice d'une fonction critique
fondée sur le libre examen du réel, s'il est
indispensable à la science, l'est tout autant pour faire
progresser la démocratie.
Le
rôle de la science et la notion même de progrès
sont aujourd'hui contestés. Beaucoup reconnaissent que le
progrès scientifique a contribué à rendre
possible l'allongement considérable de l'espérance
de vie et l'amélioration du niveau de vie moyen dans les
pays développés, et dans une moindre mesure dans le
reste du monde. Mais ils constatent aussi que le développement
de l'économie que ces progrès ont permis n'a pas
fait disparaître l'inacceptable misère qui est encore
le sort de tant d'êtres humains, qu'un gaspillage des
ressources et des atteintes de plus en plus graves à
l'environnement l'ont accompagné. Nous savons désormais
que l'avenir de la planète est en question et que l'on ne
peut plus poursuivre aveuglément le modèle de
développement qui a jusqu'ici servi de référence.
La situation exige des changements profonds dans les priorités
économiques comme dans les comportements. Elle exige aussi,
avec la prise en compte du principe de précaution, celle du
principe de progrès ouvrant la voie aux découvertes
futures.
Le
progrès scientifique n'entraîne pas automatiquement
celui de la société, mais il en est plus que jamais une
condition nécessaire. On ne saurait agir efficacement face aux
problèmes d'environnement mondiaux, aux endémies, aux
menaces de pandémie ou au sous-développement sans des
efforts pour mieux comprendre notre monde, alors que certains
voudraient que les chercheurs aient pour seul rôle de répondre
aux préoccupations immédiates des institutions, des
entreprises ou de la société. Nous appelons les
communautés scientifiques à s'impliquer plus
fortement dans les réflexions collectives et les actions à
engager pour l'avenir de la planète. Elles sont les mieux
placées, dans un effort international, pour établir et
actualiser régulièrement les bilans de connaissances
acquises et pointer celles à approfondir. Nous appelons à
mobiliser sans frilosité les technologies disponibles, à
en développer de nouvelles, à développer les
débats démocratiques sur les choix à effectuer
pour permettre la transition nécessaire vers un développement
durable assurant une meilleure qualité de vie.
Il
n'y aura pas de contribution significative de la France à de
tels objectifs sans un nouvel élan à la recherche
scientifique. Une politique de recherche ambitieuse ne peut réussir
qu'en s'appuyant sur l'initiative des chercheurs dans les
universités comme dans les centres de recherches publics ou
privés, en leur donnant la parole et en les libérant du
fardeau d'une bureaucratie envahissante, en soutenant
vigoureusement la recherche fondamentale dans sa diversité.
L'histoire montre que c'est de celle-ci que surgissent les
applications de la science les plus novatrices. Des avancées
réelles face aux défis posés par la préservation
de l'environnement appellent de même une vision à long
terme du développement de nos connaissances, sur la nature et
sur les sociétés humaines, combinant projets finalisés
et exploration de domaines sans rapports directs avec les
préoccupations immédiates.
Les
sociétés modernes ont des besoins croissants de
chercheurs, d'ingénieurs et de techniciens, mais elles ont
aussi impérativement besoin de citoyens formés à
l'esprit et aux méthodes de la science. Nous appelons à
agir pour changer une situation où la science et la recherche
n'ont aucune place ou une place très réduite dans la
culture générale, y compris celle des élites
intellectuelles et politiques. L'enjeu est aussi important pour la
démocratie que l'alphabétisation en d'autres temps.
Un objectif majeur de l'enseignement, scientifique en particulier,
devrait être de promouvoir l'esprit critique, la curiosité
et la rigueur de raisonnement illustrés par les processus de
recherche. C'est le moyen de préparer les esprits à
reconnaître et rejeter les fausses sciences, de faire reculer
les tentations obscurantistes et le développement d'un
relativisme pernicieux. Si la science se remet perpétuellement
en question, cela ne saurait signifier qu'elle efface l'œuvre du
passé, elle la transforme et l'enrichit.
Nous
défendons l'apport des Lumières et récusons
les offensives spiritualistes en science. On ne saurait réduire
celle-ci à ses aspects utilitaires en oubliant sa valeur
culturelle, en sous estimant ou même en niant le rôle
émancipateur du progrès des connaissances. Il n'y a
pas de culture humaniste moderne sans intégration des apports
de ces progrès au mouvement historique des idées, de la
morale et de l'éthique. Il n'y a pas de culture humaniste
moderne sans intégration des valeurs de la laïcité :
la laïcité est un puissant facteur d'unité entre
des citoyennes et des citoyens, croyants ou incroyants, confrontés
aux mêmes difficultés, appelés à se
construire un même avenir. C'est un garant du refus
d'endoctrinement des esprits, de l'indépendance de la
recherche scientifique par rapport aux tabous religieux ou autres,
une référence pour celle des moyens de communication et
des média, une garantie essentielle pour la liberté
d'expression.
Nous
appelons à réhabiliter le rôle de la raison dans
son exercice critique. Nous appelons à une refondation des
rapports de la science et de la société, au
développement de la culture scientifique dans la culture
générale et à la défense de la laïcité
comme garantie du respect des droits de l'homme et de la liberté
de penser.
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