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Editorial
Plus qu’un crime, une faute
L’Union rationaliste proteste solennellement contre le discours et le comportement du Président de la République lors de son déplacement au Vatican. Les propos tenus sur le rôle et la place des religions, particulièrement la religion catholique, violent manifestement l’esprit et la lettre de la Constitution. Celle-ci établit la France, non comme une terre chrétienne, mais comme une République laïque. « Un homme qui croît est un homme qui espère, et l’intérêt de la République, selon Nicolas Sarkozy, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes qui espèrent ». Ce prosélytisme est en phase avec la récente encyclique du pape (voir l’éditorial).
L’intérêt de la République n’est pas d’opposer croyants et incroyants mais de rassembler dans le respect de toutes les croyances des citoyens unis dans la même préoccupation du bien commun.
L’intérêt de la République n’est pas dans une proportion accrue de personnes espérant en une vie meilleure mais de citoyens éclairés présents au monde moderne et confiants dans les valeurs de l’humanité.
Signé: Le bureau de l’Union rationaliste.
Sujets de préoccupations, sujets d’interrogationsLes sujets de préoccupations ou d’interrogations ne manquent pas en cet automne 2007. Après le Grenelle de l’environnement, sur lequel nous reviendrons, la reforme des régimes spéciaux de retraite (en attendant celle du régime général ?), celle de la carte judiciaire ou la loi dite d’autonomie des universités qui bouleverse l’enseignement mais aussi la recherche (voir les documents sur le site) concernent, bien au-delà de catégories particulières, l’ensemble de la société.
Les discussions enclenchées par le mouvement de grève dans les transports, les démonstrations des magistrats ou celles des étudiants dans la rue le montrent bien. Le pouvoir d’achat s’impose comme une préoccupation majeure des français. Il est reconnu insuffisant pour que les couches de la population les plus modestes puissent faire face à la hausse des prix de l’alimentation, du logement ou des transports. On peut douter que la nature des réponses apportées fasse reculer les inquiétudes.
L’Union rationaliste n’apporte bien évidemment pas de réponses toutes faites à cet ensemble de problèmes. Mais nous affirmons que le libre examen du réel par les citoyens, l’échange et les confrontations des arguments qui en résultent sont nécessaires à l’élaboration de solutions répondant aux défis de notre époque. Loin de sacraliser une pseudo- rationalité économique, nous mettons dans l’exercice de la raison en démocratie nos espoirs d’amélioration de la qualité de vie de tous en France et dans le monde.
L’espérance, justement, est l’objet de la récente encyclique du Pape Benoit XVI. C’est peu dire que les idées qui y sont défendues contredisent nos convictions rationalistes et laïques. Le pape s’adresse à tous, bien au-delà des cercles croyants pour dénoncer « des espérances fallacieuses » suscitées par les idéologies séculières: le progrès, le marxisme, le positivisme, l’individualisme, pour faire en vrac bonne mesure. Le texte utilise l’identification du progrès scientifique et du progrès, telle que véhiculée par le scientisme, pour faire le procès de l’élaboration par les hommes eux-mêmes au fil des siècles des conditions de leur émancipation, non seulement matérielle mais aussi spirituelle. Il dénonce avec le matérialisme et l’athéisme « la prétention, présomptueuse et fondamentalement fausse, de l’homme ». pour conclure qu’un monde sans Dieu est un monde sans espérance.
Libre à chacun de penser l’espérance à sa manière. Mais la prétention du Pape a revendiquer l’exclusivité de l’espérance ou à dénoncer « un monde qui doit se créer lui-même sa propre justice » est inacceptable, ne serait ce qu’au regard des responsabilités de la papauté dans les fanatismes des siècles passés. Elle ne peut que renforcer notre opposition et celles de tous les laïques et des humanistes à la reconnaissance d’un droit spécial des Eglises à être entendues par les institutions européennes. Nous avions demandé la suppression de l’article 52 de la défunte Constitution qui reconnaissait ce droit. Nous demandons l’abrogation du même texte repris dans l’article 15 du « Traité simplifié ». Il faut bien constater que la laïcité en France même, fût elle consacrée par la Constitution et célébrée dans les mots est « grignotée » dans les faits. Le récent rejet par l’Assemblée nationale d’un amendement visant à supprimer l’obligation de financement par les communes (article 89 de la loi de décentralisation) des élèves scolarisés dans les écoles privées hors de leur périmètre en est un témoignage récent et inquiétant.Le bureau de l’Union rationaliste, 7 décembre 2007
Vous pouvez relire les éditoriaux des précédents mois.
Octobre 2007 : "Deux prix Nobel"
Septembre 2007 : "La rentrée 2007... Sujets d’inquiétudes, sujets de réflexion"
Juin 2007 : "La laïcité et l’Europe"
Mai 2007 : "Les objectifs de l’Union rationaliste et les élections"
Avril 2007 : "Les voies de l’Eternel sont celles de la nature"
Février 2007 : "Introduction Colloque 2007"
Janvier 2007 : "Choisir sa raison"
Décembre 2006 : "La laïcité c'est la paix"
Novembre 2006 : "Information et démocratie"
Octobre 2006 : "La liberté d'expression ne se divise pas"
Septembre 2006 : "Le cerveau et l'école"
Juillet-août 2006 : "Ramener le monde à la raison"
Juin 2006 : "Les nôtres"
Mai 2006 : "De la raison et du Da Vinci Code"
Avril 2006 : "Tchernobyl vingt ans après"
Avril 2006 : "Jean Bernard vient de disparaître le 17 avril 2006"
Mars 2006 : "Le hideux visage des guerres de religion"
Mars 2006 : "La caricature et la liberté d'expression"
Février 2006 : "L'assemblée générale de l'UR 2006"
Janvier 2006 : "Des banlieues et du communautarisme"