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Le 8 août 1919, après quelques mois de guerre, la Grande-Bretagne reconnaissait à l'Afghanistan le droit d'avoir des relations diplomatiques indépendantes et d'accueillir des étrangers. Pour les Afghans d'Afghanistan, ce jour marque le début de leur pleine indépendance. Le roi d'Afghanistan demanda à plusieurs pays européens de l'aider à moderniser son pays. A la France, il demanda d'accueillir des étudiants et de fonder une mission archéologique. Le 9 mars 1922 fut signé l'accord établissant la Délégation archéologique française en Afghanistan. Le futur lycée français fut créé en juillet 1922 seulement et n'ouvrit qu'en février 1923. Sa création avait été négociée par le directeur de la Délégation archéologique. Ces deux institutions furent jusqu'en 1982 les fondements de la présence française en Afghanistan.
Cette histoire témoigne de l'ambiguïté de l'archéologie. A. Foucher qui fonda la Délégation était un savant qui ne s'intéressait guère à la politique et encore moins au renseignement. Ce fut le cas de presque tous les membres de la Délégation. Or la création de cet organisme avait des objectifs presqu'uniquement politiques : pour les Afghans, montrer leur indépendance et leur désir de modernité, pour le Ministère français des Affaires étrangères, implanter une présence française à la frontière de l'Inde britannique et de l'Asie centrale en cours de soviétisation. La science intervenait si peu dans ces tractations diplomatiques que les membres de la Délégation purent en général choisir leurs objectifs et leur politique de recherche sans pression notable ni afghane ni française .
Ce cas n'est pas exceptionnel. Même en France métropolitaine, le financement de la politique de recherche archéologique dépend d'organismes dont les priorités ne sont pas scientifiques. La situation s'est aggravée depuis la fin de la seconde guerre mondiale tant les liens entre l'archéologie et l'aménagement du territoire sont désormais étroits. L'archéologie est tantôt considérée comme une aide au développement du tourisme, tantôt comme un obstacle à la construction d'autoroutes ou de villes nouvelles. Dans les pays à l'indépendance récente ou aux frontières contestées, l'archéologue se voit parfois intimer l'ordre de trouver les racines antiques de constructions politiques ou idéologiques contemporaines. Il doit ainsi répondre à des demandes qui ne sont pas les siennes ni celles d'une discipline qui, depuis Foucher, a beaucoup évolué. Celui-ci, comme la plupart de ses contemporains, était un littéraire, spécialiste de logique indienne et de bouddhisme. Pour lui la fouille n'était qu'une variante noble du terrassement. L'archéologue contemporain est un spécialiste reconnu qui appartient à une profession dont les effectifs se sont considérablement accrus. Les purs littéraires, capables d'enseigner le thème grec dans une Université, dirigeant des fouilles pendant les vacances universitaires seulement, sont devenus très rares. L'archéologue contemporain travaille avec des ordinateurs, fait de la télédétection, s'intéresse à la biologie et aux statistiques. La fouille n'est plus pour lui un moyen de dégager des murs et de trouver de beaux objets, mais de récupérer par des techniques très fines un maximum d'éléments permettant de reconstituer un paysage, un mode de vie ou de répondre à une question historique. Il s'entoure de spécialistes capables d'analyser des pollens, de médecins travaillant sur les maladies des hommes du passé, de botanistes identifiant les macro-restes végétaux, de pédologues reconstituant des sols anciens etc. Il est souvent lui-même spécialiste de l'un de ces domaines.
Il y a ainsi un hiatus de plus en plus grand entre les attentes du public et des organismes finançant l'archéologie et la façon dont les archéologues la conçoivent et la pratiquent. Il est très rare que ce hiatus et les contradictions qu'il est susceptible d'entraîner soient publiquement étudiés. L'Union rationaliste et la revue Raison présente ont donc décidé de consacrer leur prochain colloque à La société civile et l'archéologie.
Pour la clarté des débats, le colloque sera divisé en trois séances qui se tiendront les 13, 20 et 27 mars 2002 à 17 heures 30 dans l'auditorium de l'annexe du Collège de France, 52 rue du Cardinal Lemoine, Paris 5e.
Le 13 mars 2002, le débat portera sur les différences entre visions contemporaines de l'archéologie à partir d'interventions de Vincent Charpentier, journaliste à France Culture, et Alain Schnapp, Professeur à Paris I.
Le 20 mars 2002, Christian Ruby, Chargé de cours à l'Université Paris X-Nanterre et à l'antenne parisienne de l'Université de Chicago et Gérard Fussman, Professeur au Collège de France, parleront des rapports parfois contradictoires entre l'archéologie et l'aménagement du territoire, au sens le plus large de ce terme.
Le 27 mars 2002, Christian Goudineau, Professeur au Collège de France, et Jean-Paul Demoule, Professeur à Paris I, parleront de la part prise par l'archéologie dans l'élaboration continue des concepts de nation et d'Europe.
Pour tout renseignement supplémentaire, s'adresser à Guy Bruit, secrétaire général de l'Union rationaliste :
UNION RATIONALISTE
14 rue de l'Ecole
Polytechnique, 75005 PARIS
Tél. : 01 46 33 03 50
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