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UNION RATIONALISTE

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Editorial

Octobre 2007 : "Deux prix Nobel"
Septembre 2007 : "La rentrée 2007... Sujets d’inquiétudes, sujets de réflexion"
Juin 2007 : "La laïcité et l’Europe"
Mai 2007 : "Les objectifs de l’Union rationaliste et les élections"
Avril 2007 : "Les voies de l’Eternel sont celles de la nature"
Février 2007 : "Introduction Colloque 2007"
Janvier 2007 : "Choisir sa raison"
Décembre 2006 : "La laïcité c'est la paix"
Novembre 2006 : "Information et démocratie"
Octobre 2006 : "La liberté d'expression ne se divise pas"
Septembre 2006 : "Le cerveau et l'école"
Juillet-août 2006 : "Ramener le monde à la raison"
Juin 2006 : "Les nôtres"
Mai 2006 : "De la raison et du Da Vinci Code"
Avril 2006 : "Tchernobyl vingt ans après"
Avril 2006 : "Jean Bernard vient de disparaître le 17 avril 2006"
Mars 2006 : "Le hideux visage des guerres de religion"
Mars 2006 : "La caricature et la liberté d'expression"
Février 2006 : "L'assemblée générale de l'UR 2006"
Janvier 2006 : "Des banlieues et du communautarisme"


Deux Prix Nobel

           Le Prix Nobel de physique 2007 vient d'être décerné conjointement à Albert Fert, professeur à l'Université Paris-Sud, directeur scientifique au sein de l'Unité mixte CNRS/Thalès et au physicien allemand Peter Grünberg. Le prix récompense leur découverte en 1988 de la magnétorésistance géante, un nouveau phénomène a l'origine de nombreuses applications notamment l'augmentation considérable des performances des têtes de lecture utilisées aujourd'hui avec tous les disques durs. La découverte n'aurait pas été possible sans le développement des techniques de préparation de matériaux en couches extrêmement minces dans les années 1970. Elle a fait émerger un nouveau type d'électronique. Cette spintronique est une nanoscience en pleine expansion.

           L'Union rationaliste salue le Prix Nobel d'Albert Fert, médaille d'or CNRS 2003. Nous nous réjouissons d'autant plus qu'il vient opportunément témoigner de la vitalité du système de recherche français dans une période où celui-ci est violemment attaqué [1]. Le gouvernement veut réduire le rôle du principal organisme de recherche publique, le CNRS en faisant table rase de ses spécificités, pour privilégier avec l'ANR une recherche sur projet étroitement pilotée. Il affiche une vision purement utilitariste et concurrentielle de la recherche scientifique, que le refus de s'appuyer sur l'analyse du réel plutôt que sur des a priori idéologiques risque de surcroît de rendre inopérante, même à court terme. L'Union rationaliste souligne au contraire la nécessité de développer la recherche fondamentale en tenant compte de ses spécificités dans le cadre d'une politique de recherche ambitieuse permettant de répondre sur le long terme aux besoins de la société.

           Le Prix Nobel de la Paix vient d'être attribué au Groupe intergouvernemental d'étude sur le climat (GIEC) et conjointement à l'ancien vice-président des Etats-Unis Al Gore. Le travail du GIEC s'appuie sur les recherches de milliers de scientifiques à travers le monde entier. Rapport après rapport, ce travail a permis de dégager un socle de connaissances de plus en plus précises sur l'impact des activités humaines sur l'évolution du climat. Al Gore a popularisé la menace écologique avec son documentaire « Une vérité qui dérange ». En distinguant le GIEC et Al Gore, le Comité Nobel norvégien a souligné la menace que les changements climatiques font peser sur les conditions de vie d'une grande partie de l'humanité, avec en conséquence une concurrence accrue pour les ressources et les risques induits de conflits violents allant jusqu'à la guerre. Il a lancé un appel solennel à une prise de conscience mondiale : « L'action est nécessaire maintenant, avant que le changement climatique n'échappe au contrôle de l'homme ». La décision du Comité Nobel est un puissant encouragement pour tous ceux qui s'efforcent de promouvoir cette idée dans l'opinion française.

           L'Union rationaliste s'en réjouit d'autant plus vivement que son vice-président 2004-2006, Michel Petit, compte parmi les artisans majeurs du GIEC (Il a été notamment premier représentant de la France au GIEC de 1992 à 2002). Le passage de la prise de conscience à l'action rend encore plus actuel le développement de nos interventions « Pour une attitude rationnelle face au changement climatique » selon le thème de notre colloque 2005 [2].

           Le bureau de l’Union Rationaliste, 20 octobre 2007

           [1]   Voir la déclaration votée à l'unanimité par le Conseil scientifique du CNRS. Albert Fert et plusieurs scientifiques étrangers sont, entre autres, membres de ce conseil.
           [2]   Menace sur le Climat Raison présente 154-155, Nouvelles éditions rationalistes, 14 rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris.


La rentrée 2007... Sujets d’inquiétudes, sujets de réflexion

           Les annonces qui ponctuent particulièrement cette rentrée 2007 s’inscrivent dans la volonté de « réformer » au plus vite l’état et la société française. Nous retiendrons ici deux d’entre elles qui touchent aux préoccupations majeures de l’Union rationaliste.

           La loi d’autonomie des universités, quelque peu amendée suite aux critiques unanimes des principaux intéressés, a été adoptée au pas de charge cet été. Le glissement d’une gestion peu ou prou collégiale sur critères scientifiques à une gestion managériale et la concurrence entre universités peuvent se révéler redoutable. La confrontation des ambitions et des moyens accordés au final reste aussi à faire, nous en reparlerons.

           Le Haut conseil de l’éducation a rendu son rapport sur l’école primaire : il confirme les inquiétudes exprimées depuis des années sur les difficultés rencontrées par l’institution pour donner à tous les moyens d’aborder dans de bonnes conditions le collège et le lycée. Les différentes causes de l’échec scolaire pointées par le Haut Conseil portent sur les décalages entre les programmes affichés et la réalité des expériences vécues, les besoins spécifiques des écoles maternelles ou la formation des maîtres. L’enjeu est considérable et la marge de progression importante : Certains pays parviennent à faire baisser la proportion d’élèves en très grande difficulté à 5% contre environ 15% en France, selon le rapport. Avec quels moyens ? On remarquera l’absence d’allusion au bénéfice apporté par les programmes « La main à la pâte » dans les écoles où ils sont mis en œuvre.

           Le rapport du Haut conseil est un bilan. « La lettre du président de la République aux éducateurs » en date du 4 septembre enrobe les réformes de l’ensemble du système scolaire à mettre en œuvre dans un. texte qui fait la part belle aux « valeurs » et à la morale par rapport à l’instruction proprement dite. On ne peut que souscrire à de nombreuses remarques de bon sens, mais on soulignera combien sont larges les marges d’interprétation sur ce qu’implique, par exemple, la récompense du mérite ou la sanction de la faute, l’estime de soi-même ou la hiérarchie des valeurs, ou encore l’expression « donner à chacun le maximum d’instruction qu’il peut recevoir », suggérant que ce maximum est génétiquement et/ou socialement fixé d’avance. L’Union rationaliste apprécie que la nécessité de conserver notre modèle d’école républicaine et la laïcité de l’école soit affirmées. S’agît il de garantir la neutralité de l’école face aux convictions religieuses, philosophiques ou politiques de chacun ou principalement d’ouvrir à l’école un espace de dialogue et de paix entre les religions ? L’insistance mise sur l’importance de l’enseignement du fait religieux, que nous contestons, l’amalgame avec le spirituel ou le sacré font pencher vers une interprétation réductrice de la laïcité.

           Les annonces de rénovation traversent le texte en filigrane : abolition de la carte scolaire, réforme du collège unique, remise à plat des programmes en cohérence avec les objectifs du « Socle commun de connaissances et de compétences », internats d’excellence, réforme des modes de sélection des élèves et des carrières des enseignants,..etc. La suppression effective de 11 500 postes d’enseignants vient singulièrement contredire les ambitions affichées.

           Le chantier de l’éducation, essentiel pour l’avenir, mérite sans nul doute que les rationalistes s’y investissent beaucoup plus. Pour faire des propositions, pour démystifier la promotion d’une culture humaniste faisant l’impasse sur le rôle émancipateur du progrès des connaissances.

           Le « Grenelle de l’environnement » doit se tenir le mois prochain, nous en reparlerons. Force est de dire que son mode de préparation et même la formulation de certains objectifs (Qu’est-ce qu’une démocratie écologique ?) sont préoccupants. Les participants de la « négociation » de Grenelle se répartissent en cinq collèges : L’état, les collectivités locales, les entreprises, les syndicats et les ONG. Les scientifiques présents ne constituent pas un collège, ce qui interroge (a-t-on voulu éviter de donner la parole aux académies ou aux sociétés savantes ?).

           L’Union rationaliste a consacré son colloque 2007 en février dernier au Collège de France à une réflexion d’ensemble sur les conditions à réunir pour des débats constructifs, donc rationnels sur les grandes questions impliquant la science, la technologie et la société. L’une d’entre elle nous semblent la nécessité d’articuler deux registres : la reconnaissance par tous des faits établis par les scientifiques de manière collective (avec leurs marges d’erreurs) d’une part, les rationalités économiques et sociales d’autre part. Encore faut-il que des présupposés idéologiques ne se substituent pas à l’une et aux autres. C’est ce que l’on peut craindre lors de la négociation de Grenelle, à considérer, la fondation Nicolas Hulot mise à part, l’exclusivité accordée aux associations qui développent une contestation systématique des technologies modernes.

           Les Actes du colloque « débats scientifiques et choix de la société » viennent de sortir dans le numéro 161 de la revue Raison Présente. Chacun peut y trouver matière à réflexion sur des sujets au cœur du processus de Grenelle.


           Le bureau de l’Union Rationaliste, 25 septembre 2007

Un colloque pré-Grenelle,« Energies et effet de serre » se tiendra au sénat le 10 octobre, à l’initiative de plusieurs associations en particulier « Sauvons le climat » et la Société française de physique. Ce colloque initié par des scientifiques vise à dégager des propositions en amont de la conclusion de Grenelle. Il bénéficie du soutien des académies des sciences, des technologies, et des beaux-arts.


La laïcité et l’Europe

           Un nouveau traité destiné à remplacer la constitution rejetée par les peuples français et néerlandais est à l’ordre du jour. Mini - traité, traité simplifié, ou simples amendements aux traités existants, les marchandages entre partenaires de l’Union européenne vont certainement aller bon train pour, selon la formule qui fait florès, « sortir l’Europe de l’impasse ».

           Il ne faudrait pas que les principes laïques de la République Française soient mis en danger à cette occasion. Les informations qui circulent sur les demandes du Vatican et de différents Etats, la Pologne en particulier, sont de nature à inquiéter les milieux non chrétiens, les laïques et les humanistes. Le risque existe en effet de voir réintroduire dans le texte éventuellement adopté, la reconnaissance de l’héritage chrétien de l’Europe et le rôle particulier reconnu aux Eglises par l’article I 52 de la défunte Constitution.

           L’Union rationaliste n’avait pas pris de position sur l’opportunité d’une Constitution pour l’Europe, ni sur l’ensemble du texte soumis à référendum en 2005. Nous étions par contre intervenu auprès des autorités françaises de l’époque pour demander que la France s’oppose fermement à des dispositions contraires aux principes de séparation des Eglises et de l’Etat. . Nous maintenons qu’un nouveau texte, pas plus que le précédent n’aurait vocation à faire l’histoire de l’Europe, moins encore en adoptant une vision réductrice ignorant l’héritage de la Laïcité et du progrès des connaissances.

           L’octroi aux Eglises, et plus généralement aux organisations religieuses constituées, d’une représentation particulière auprès des instances européennes, s’ajoutant à celle dont elles peuvent bénéficier au titre d’associations de la société civile, serait dangereux pour le statut laïque de notre République et pour le respect de l’égalité entre citoyens européens. Les organisations philosophiques ou non confessionnelles n’ont jamais demandé pour leur part un droit spécial à reconnaissance.

           L’Union rationaliste est profondément attachée aux principes de la Laïcité. Nous pensons qu’ils représentent pour l’Europe comme pour la France, la meilleure garantie contre les dérives communautaristes, la meilleure garantie de la liberté d’expression et du respect des droits des femmes et des hommes dans une société moderne. Nous nous adressons aujourd’hui au nouveau Président de la République pour lui demander de faire preuve de la plus grande fermeté pour écarter d’un éventuel nouveau texte des dispositions dangereuses pour la laïcité en France, de nature aussi à freiner des évolutions évidemment souhaitables dans d’autres pays. Il suffit de penser aux limitations intolérables, criminelles même dans les cas extrêmes, imposées en Pologne au droit à l’avortement sous l’emprise de l’Eglise, pour prendre un seul exemple. La Fédération humaniste européenne, dont l’Union rationaliste est membre, s’était adressée pour sa part dans une lettre récente à Madame Angela Merckel, Présidente actuelle de l’Union, pour lui demander des assurances sur l’exclusion de toute réintroduction de l’article I-52 dans un nouveau traité.

           L’activisme du Vatican pour contrer toute évolution vers une véritable sécularisation de la vie politique dans les pays européens, membres de l’Union européenne ou seulement adhérents au Conseil de l’Europe, inquiète les milieux non chrétiens et bien au-delà tous les laïques et les humanistes. Il trouve dans de nombreux pays un terreau favorable : les religions, qui relèvent du « transcendantal » y sont traditionnellement souvent reconnues comme de nature supérieure aux autres formes d’organisations humaines. Les hommes politiques ne sont pas dans d’autres dispositions d’esprit : nous avons ainsi appris avec stupéfaction grâce à la protestation émise par la Fédération Humaniste Européenne auprès de ces personnalités, que Mr Hans-Gert Pöttering, Président du Parlement européen, mais aussi le Président du Parlement du Conseil de l’Europe avaient invité le pape Benoît XVI à s’exprimer en séance plénière de ces assemblées. Il ne semble pas y avoir eu de réponse. S’il est encore temps, l’Union rationaliste se doit d’alerter les parlementaires français pour qu’ils s’opposent à cette inacceptable initiative.

           Les organisations européennes se réclamant de la laïcité et de l’humanisme elles-mêmes ont des conceptions diverses de l’une et de l’autre. Les questions de la laïcité et du sécularisme seront abordées mi-juin, tant lors de l’assemblée générale de la Fédération Humaniste Europénne (FHE) que lors de celle de l’Union internationale pour l’humanisme et l’éthique (IHEU). L’Union rationaliste y sera représentée par la présidente. Nous espérons que les débats permettront de dégager les bases d’un front commun beaucoup plus fort qu’aujourd’hui. Il y a urgence.


           Le Bureau de l’Union Rationaliste Juin 2007


Les objectifs de l’Union rationaliste et les élections

           Le premier tour de l’élection présidentielle a été marqué par une participation très élevée, contrairement à une tendance qui semblait s’imposer au fil des années. Il faut espérer que ce réveil démocratique se poursuivra le 6 mai et pour les élections législatives de juin. Ce n’est pas notre rôle d’indiquer à qui que ce soit, serait-ce à nos adhérents, comment ils doivent utiliser leur bulletin de vote.

           Force est cependant de constater que les idées et/ou les projets avancés par les protagonistes du deuxième tour de l’élection présidentielle diffèrent, parfois profondément, sur de nombreux sujets importants. Parmi ces derniers, plusieurs relèvent de questions directement au cœur des préoccupations de l’Union rationaliste : la laïcité, la science et la culture, la recherche et l’éducation pour faire bref, des thèmes étroitement liés entre eux. Nous livrons les quelques réflexions qui suivent à l’attention de nos concitoyens.
           Il pourrait sembler, au premier abord, que Mme Royal et Mr Sarkozy sont en fait d’accord pour préserver la tradition de la laïcité française, au point d’équilibre à ne pas modifier qu’elle aurait atteint : Nous considérons pour notre part qu’il n’y a pas équilibre, mais trop d’accommodements pour contourner la loi de 1905. Mr Sarkozy a pris l’offensive en créant tout exprès la commission « Machelon » pour préparer les conditions juridiques de financement public des cultes, sous prétexte de discrimination envers le culte musulman, ce que Mme Royal récuse. Pour la majorité de cette commission ad-hoc, les activités religieuses devraient se voir reconnaître un rôle d’utilité publique. Pour nous, la loi de séparation des Églises et de l’État est une loi essentielle pour le maintien de l’unité nationale face à tous les intégrismes et communautarismes.
           La rupture affichée par le candidat ne devrait pas faire oublier les actes du Ministre. Son projet politique très simplificateur attribue à la science une fonction étroitement utilitaire. Rien d’étonnant à ce qu’il attende alors des religions, instrumentalisées, d’assurer le vivre ensemble, d’être garantes de la morale et l’éthique. Une telle conception est radicalement rétrograde, pour ne pas dire obscurantiste : On ne saurait réduire la science à ses aspects utilitaires, aussi importants soient ils, en sous estimant ou même en niant le rôle émancipateur du progrès des connaissances. Il n’y a pas de culture humaniste moderne sans intégration des apports de ces progrès au mouvement historique des idées, de la morale et de l’éthique. La science, dépouillée de son aspect formateur à l’esprit critique et au libre examen, laisse la place libre non seulement à l’ignorance se parant du nom de « sciences parallèles » ou « alternatives », mais aussi aux idéologies les plus aberrantes et souvent les plus nuisibles. Les « dérapages » sur l’origine génétique de la pédophilie ou du suicide de jeunes sont là pour en témoigner.
           Les progrès scientifiques ont incontestablement contribué à rendre possible l’allongement considérable de l’espérance de vie et l’amélioration du niveau de vie dans les pays riches et, dans une moindre mesure, dans le reste du monde. Mais le développement de l’économie que ces progrès ont permis ont entraîné un gaspillage des ressources naturelles et de graves atteintes à l’environnement, allant aujourd’hui jusqu’au bouleversement climatique. La science a en effet été utilisée, et l’est aujourd’hui encore, dans le cadre d’un mode de développement privilégiant le court terme et les intérêts d’une minorité. On ne saurait s’étonner, dans ces conditions, des interrogations qui s’expriment dans les débats engagés sur les grands choix technologiques. Sur ces questions, les options de Mme Royal ne nous paraissent pas toujours suffisamment fondées sur une comparaison rationnelle des différents choix alternatifs, mais la méthode de concertation qu’elle privilégie laisse la voie ouverte. Aucune réponse d’autorité ne saurait remplacer les débats démocratiques nécessaires. Il y a cependant une éthique du débat à développer. Le colloque que nous venons de tenir en février 2007 (Débats scientifiques et choix de la société) portait justement sur les conditions à réunir pour des débats constructifs entre scientifiques, politiques, acteurs économiques et citoyens.
           Les deux candidats à la présidence de la République s’opposent radicalement sur l’éducation et la recherche scientifique. Tous deux s’accordent sur la nécessité de moyens supplémentaires, en particulier pour les universités. Les points communs s’arrêtent là, encore ne voit on pas comment Mr Sarkozy pourrait trouver les moyens nécessaires avec le budget de l’Etat et le nombre de fonctionnaires en réduction qu’il préconise. Les projets présentés par Mme Royal pour l’école et la formation partent des difficultés enregistrées et s’efforcent d’y apporter réponse avec une certaine ambition. Dans le domaine de la recherche, Mr Sarkozy propose, dans la continuité du gouvernement actuel, d’amplifier la logique du « Pacte pour la recherche » : Financement sur projets à court terme, au détriment des budgets réguliers indispensables à la recherche fondamentale, contrats de recherche de cinq ans pour les Docteurs plutôt que des emplois permanents entre autres, avec en conséquence une bureaucratie envahissante. Le mouvement « Sauvons la recherche » (SLR) dénonce un ensemble de dispositions qui prennent le contre-pied des propositions dégagées lors des Etats généraux de la Recherche. Face à ce projet, celui de Mme Royal avance des mesures qui montrent qu’une partie des arguments développés par les chercheurs suite à leur mouvement massif de 2004 a été entendue.
           La politique de recherche est un enjeu majeur pour l’avenir, en particulier celui des jeunes. Cette politique doit être pensée sur le long terme pour pouvoir contribuer à répondre aux besoins de la société, matériels et culturels. Ce n’est pas en introduisant d’autorité les entreprises dans la gouvernance des universités que l’on soutiendra l’innovation, mais en leur donnant des moyens et en développant des liens entre partenaires. C’est encore moins en cassant le dynamisme des grands organismes de recherche comme le CNRS ou l’INSERM au prétexte qu’ils ne s’inscrivent pas dans le modèle anglo-saxon. La recherche fondamentale se développe d’autant mieux selon sa logique propre que le chercheur reste maître de ses choix, que les entraves suscitées par une crainte obscurantiste de l’inconnu ou le poids des tabous religieux sont levés. L’histoire montre qu’une recherche fondamentale vigoureusement soutenue est la source des avancées techniques les plus novatrices. Le danger est grand.

Le 30 avril 2007
Pour le bureau de l’Union rationaliste
Hélène Langevin-Joliot


Les voies de l’Eternel sont celles de la nature

           Le goût du merveilleux, l’attrait pour les prodiges sont au cœur du fait religieux. Les miracles comblent ce goût et cet attrait. On en trouve dans toutes les religions.
L’esprit républicain laïque s’étonne de cette marque de faveur accordée à un seul malade dans l’innombrable cohorte des éprouvés. Mais il arrive aussi que l’esprit rationnel s’interroge : faut-il voir dans un miracle la mise en scène hystérique ou intéressée du miraculé ou un tour de prestidigitation des prêtres ? La réponse est nuancée. On rencontre aussi des miraculés surpris et des hiérarchies embarrassées. Certains miracles déconcertent.

           C’est le cas de celui dont retentissent les médias et qu’on avance déjà comme une étape marquante de la béatification de Jean-Paul II. Ce défunt pape est, en effet, évoqué comme l’intercesseur de la guérison d’une personne atteinte d’une maladie nerveuse - alors qu’on aurait pu attendre de lui qu’il utilise son influence au paradis des papes pour guérir quelques uns de ces sidas qu’il a tant contribué à répandre par son attachement obtus aux interdits contraceptionnels.
           Ce n’est pas du sida, en effet, que souffrait la « petite sœur des maternités catholiques », Marie Simon-Pierre, - d’un nom qui la prédestinait à être distinguée par un pape - mais d’une maladie de Parkinson dont elle voit soudain disparaître les symptômes au soir du 2 juin 2005. Elle avait donné le matin même sa démission à sa supérieure de la clinique de l'Etoile à Puyricard près d'Aix-en-Provence dans l’impossibilité où elle se trouvait de se servir de ses mains. Jean-Paul II mort deux mois plus tôt était atteint de cette même maladie qui le clouait dans un fauteuil et avait fait de lui cette momie à la fois raide et tremblante qu’exposaient les télévisions et la petite sœur souffrait doublement de cette déchéance qui annonçait la sienne et frappait un être aussi cher. Sur les conseils de sa supérieure, elle avait écrit de son écriture devenue presqu’illisible le nom de son vénéré pape et avait passé la journée en prière devant cette inscription. Le soir, une voix lui demande de reprendre son stylo. Son écriture coule comme autrefois. Le lendemain au réveil elle se lève d’un bond ; son corps a changé, son bras fonctionne normalement, sa main gauche ne tremble plus, son élocution est revenue. Elle reprend le jour même son travail à la clinique d’accouchements.

           On est d’autant moins tenté de mettre en doute la sincérité de la petite sœur et de sa communauté que la science apporte aujourd’hui une explication suffisante au phénomène. Tout d’abord, le mot miracle a déjà été utilisé par la médecine à l’occasion de la découverte du grand médicament de la maladie de Parkinson, la L-Dopa. C’est de la dopamine, c’est à dire le neurotransmetteur que ne fabriquent plus les neurones des patients dans cet endroit de leur cerveau qui assure l’harmonie des mouvements. Dans l’heure qui suit l’absorption du médicament, tous les symptômes disparaissent. Les muscles retrouvent leur souplesse et les fonctions altérées se normalisent. Mais tous les troubles reviennent aussi vite quand le médicament cesse d’agir quelques heures plus tard. C’est l’effet « on-off » de la dopamine. La petite sœur prenait sûrement de ce médicament mais soit il avait été réduit pour mauvaise tolérance (apparition de mouvements anormaux), soit il avait perdu de son efficacité.

           C’est ici qu’intervient la seconde explication de la science : l’étonnante puissance de « l’effet placebo » dans la maladie de Parkinson. Il y a déjà quelques années, des chercheurs canadiens [1] ont montré à l’aide d’une caméra à positrons, qui révèle en temps réel les zones cérébrales en action, que l’administration d’un placebo de dopamine, c’est à dire d’un produit inerte (gélules de talc, sucre, farine…) donné au patient pour de la dopamine, réactive les circuits des neurones destinés à fabriquer cette dopamine et déficients chez le parkinsonien. En somme, dans ce cas, le placebo est plus efficace que le médicament puisqu’il parvient à faire secréter par le cerveau malade de la dopamine naturelle parfaitement tolérée et dont l’effet ne s’épuise pas aussi longtemps que dure la sécrétion.
           Ces travaux viennent d’être confirmés tout récemment par des chercheurs japonais [2] qui tiennent la maladie de Parkinson pour l’un des meilleurs exemples d’efficacité des placebos.
           Les miracles n’existent pas. C’est une évidence pour qui donne le pas à sa raison sur son imagination. En toute bonne logique, ce devrait l’être aussi pour les croyants. Quoi d’étonnant à ce que la volonté de Dieu passe par les voies de la nature puisque c’est lui qui l’a créée !

1. Expectation and dopamine release: mechanism of the placebo effect in Parkinson's disease. de la Fuente-Fernandez R, Ruth TJ, et al. Neurodegenerative Disorders Centre, TRIUMF, University of British Columbia, Vancouver, BC, Canada V6T 2B5.
2. L’effet placebo dans la maladie de Parkinson (en japonais) Brain Nerve 2007. 59(2):139-46. Miwa H. Department of Neurology, Wakayama Medical University, 811-1 Kimii-dera, Wakayama 641-8510, Japan.

Le bureau de l'UR avril 2007


Introduction Colloque 2007

           La science et les technologies, comme chacun le sait, jouent un rôle majeur dans les sociétés modernes. Les interrogations et les inquiétudes qui s’y expriment, en même temps que d’importantes attentes, ne sont pas certes un phénomène entièrement nouveau. Il y a cependant un décalage considérable entre les préoccupations actuelles et celles qui dominaient il y a seulement une cinquantaine d’années dans une actualité alors marquée par le souvenir des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki dans une Europe en pleine reconstruction.

           Les progrès scientifiques intervenus depuis ont incontestablement contribué à rendre possible l’allongement considérable de l’espérance de vie et l’amélioration du niveau de vie moyen que nous connaissons dans les pays développés, et dans une moindre mesure dans le reste du monde. Mais dans le même temps, le développement de l’économie que ces progrès ont permis s’est accompagné d’un gaspillage des ressources et d’atteintes graves à l’environnement. Il s’accompagne de tensions croissantes dans les sociétés sommées de se moderniser sans trop d’égards pour les individus.
Au fil des années, la rapidité des évolutions de la science et des technologies, ajoutée à l’opacité des modes de décisions, à l’impact de catastrophes de différentes ampleurs et origines, a favorisé dans l’opinion publique le sentiment que plus rien n’était maîtrisé. Des contestations se sont développées sur ce terreau, certaines irréductibles dans leurs objectifs. L’aspiration au progrès s’est estompée devant la crainte du risque, et même simplement de l’inconnu. Par delà ces controverses, la nécessité de débats démocratiques sur les grands choix scientifiques et technologiques s’est à juste titre imposée dans la dernière partie du siècle dernier.

           La prise de conscience progressive par les pouvoirs publics de l’exigence de maîtrise et de sécurité accrue s’est traduite en particulier par la création d’Agences spécialisées. Les Comités d’éthiques internationaux, nationaux, ou attachés à des organismes de recherches ont été chargé d’élaborer des recommandations en amont. Le principe de précaution a été introduit dans la Constitution. Ces développements ne seront pas directement abordés ici. Les questions de sécurité en matière de santé et d’environnement ne sont cependant absentes d’aucun débat sur les technologies, on devrait même dire qu’elles les dominent.
Il reste beaucoup à faire pour développer les conditions de débats démocratiques et constructifs. L’importance de la transparence des informations, celle de l’utilisation d’un langage compréhensible entre expert et citoyens, la prise en compte du souhait de ces derniers de contribuer aux débats par des propositions, autant de questions émergentes. Comment mieux définir le rôle attendu de la communauté scientifique pour rendre sa contribution plus efficace ? Le présent colloque contribuera nous l’espérons à un effort de clarification absolument nécessaire.
La première partie, ce matin et en début d’après-midi sera consacrée à l’expérience de trois débats emblématiques. Il ne s’agît pas, bien entendu, de prétendre conclure sur le fond, dans le temps imparti. La seconde aux méthodes d’expertise et de concertation, La troisième samedi matin à deux tables rondes : La première montrera, sur un cas d’école, qu’il est possible d’agir dans la concertation. La seconde discutera du rôle des scientifiques et du rôle des média.

           Personne ne sera étonné que nous ayons mis l’accent, en préparant le programme du colloque, sur des questions de méthodes plus que sur tel ou tel enjeu particulier. « La société a ses raisons que la raison ignore, » dit-on. Il faut aller plus loin en reconnaissant que « la raison » ne s’arrête pas à la porte des laboratoires. De l’opinion spontanée qui se transforme en conviction inébranlable, à l’opinion fondée « en raison » par la discussion entre scientifiques, politiques acteurs économiques ou simples citoyens, un effort d’information, de compréhension et d’analyse est indispensable. En un mot une approche rationnelle. Des mises en scènes médiatiques de scientifiques avocats de l’accusation ou avocats de la défense de telle technologie ne peuvent en tenir lieu.

           De très nombreux débats touchant directement ou indirectement à la science et/ou à la technologie ont été portées sur la place publique et pouvaient servir de point de départ à la réflexion. Il ne pouvait être question de les évoquer tous, de façon même sommaire. Nous avons en particulier écarté avec regret les sujets de biotechnologie connectés en partie à la Bioéthique à laquelle nous avions consacré un colloque en 2003 et par souci de cohérence, les d,ébats centrés sur médecine et santé. La première partie du présent colloque est ainsi consacrée à trois débats emblématiques, fortement couplés à des enjeux économiques et environnementaux.
           Le débat nucléaire est le plus ancien. Il est né au lendemain de la guerre avec les mouvements contre la bombe atomique puis contre la course aux armes nucléaires. C’est principalement sur les centrales nucléaires et leurs déchets, en opposition avec les énergies renouvelables de technologie plus légère et moins représentatives d’un pouvoir centralisé que la contestation se focalise aujourd’hui. La contestation des OGM a pris très vite de l’ampleur, malgré une prise en compte relativement rapide des interrogations par les organismes de recherche. Ses formes violentes trouvent des excuses auprès de beaucoup. Le débat sur les nanosciences enfin est emblématique de la période la plus récente, marquée par la compression du temps qui sépare l’innovation de la recherche et, en conséquence la remontée en amont des questionnements vers celle-ci.

Paris, février 2007.
Hélène Langevin-Joliot, Présidente de l'Union rationaliste.


Choisir sa raison

           Peu de gens croient encore à la possibilité d’une politique entièrement rationnelle. Il faudrait pour qu’elle fût possible que les hommes politiques et les citoyens aient une parfaite connaissance de tous les éléments politiques, sociaux, économiques, géographiques, climatiques etc. permettant de la déterminer, ce qui est pure utopie.

           Mais il y a aussi le fait que les rationalités sont différentes selon l’échelle géographique et temporelle considérée et selon les intérêts en jeu. Il est clair que la rationalité du gérant de fonds spéculatif, qui veut obtenir un rendement trimestriel à deux chiffres et en même temps pouvoir retirer sa mise à tout moment, n’est ni celle du capitaliste qui investit à long terme (dans les chemins de fer ou la fourniture d’énergie, par exemple) ni celle de l’ouvrier ou de l’employé dont l’usine rentable est délocalisée pour l’être encore plus. Un exemple récent est la contradiction entre la rationalité du patron pêcheur qui doit continuer à pêcher pour vivre et celle des experts qui lui annoncent que s’il continue ainsi, dans quelques années, il n’aura plus rien à pêcher.
           Les médias de l’instantané (presse quotidienne, actualités télévisées, radio etc.) font rarement ressortir le lien entre ces rationalités contradictoires. Les prévisions météorologiques pour citadins et vacanciers, qui qualifient toujours de beau temps un ciel bleu sans nuages, voisinent sans commentaire avec un article sur les dégâts provoqués par une sécheresse persistante. La baisse de la production automobile et du nombre de kilomètres parcourus, présentée comme une catastrophe (et qui l’est réellement pour certaines catégories socio-professionnelles), voisine avec un article pessimiste sur le réchauffement de l’atmosphère. On multiplierait les exemples à l’infini.

           Il serait dommage pour la démocratie que les candidats aux élections s’en tiennent à ces juxtapositions de contradictions qui permettent de promettre tout et son contraire. La clarté du débat politique exige que les candidats précisent à quelle(s) catégorie(s) de la population ils donneront la priorité et comment ils concilieront le court terme, qui est celui de leurs électeurs, et le long terme, celui des générations futures.
           L’une des contradictions majeures à laquelle ils devront faire face est celle de l’épuisement de certaines ressources de la planète (eau, pêche) et du réchauffement climatique. Choisiront-ils de temporiser en préconisant des mesures cosmétiques (fermez le robinet quand vous vous lavez les dents !) et donc d’aggraver le problème, ou agiront-ils, en France et dans le monde, pour un changement rapide des modes de vie afin d’enrayer une catastrophe à venir, dont maintenant plus personne ne nie la possibilité? Éluder la question, alors qu’il y a une réelle prise de conscience de la société, serait malhonnête.
           Autre problème qui exige des mesures à si long terme que leurs auteurs n’en verront peut-être pas le résultat et qui est à la fois de politique intérieure et extérieure : l’évolution démographique en sens contraire de l’Europe et d’une partie de ce qu’on appelait jadis le tiers-monde. Sont en cause l’âge de la retraite, le financement des pensions de retraite, les dépenses de sécurité sociale, la politique de l’habitat, l’immigration et le communautarisme, mais aussi la nécessaire solidarité envers des populations appauvries par un système d’échanges injuste, une démographie non contrôlée faute d’éducation et d’infrastructures médico-sociales (donc faute d’argent), et des bouleversements climatiques déjà perceptibles.

           Les solutions seront, en partie au moins, à chercher du côté de l’innovation scientifique et technologique. Cela impose d’intensifier la recherche scientifique. Mais c’est une illusion de croire que l’on peut remédier aux problèmes de l’enseignement supérieur et de la recherche par des mesures à l’efficacité immédiate : c’est à l’école primaire que commencent à se former les chercheurs et les cadres intellectuels du pays et c’est toute la chaîne éducative, y compris la formation permanente, qu’il faut rendre performante.
           Un grand pays démocratique comme la France mérite que ses hommes et femmes politiques n’esquivent pas les problèmes et lui proposent des choix clairs, sur le court et le long terme. Que ces choix ne soient pas toujours faciles et qu’avec la mondialisation et le poids de la Commission Européenne ils soient rarement réalisables sans concertation à l’échelle européenne et mondiale est un fait. Mais cela aussi il faut le dire, et dire comment on peut et doit y faire face.

 


La laïcité, c’est la paix.

           On peut se demander ce que pensent des musulmans, obligés de faire la prière du vendredi dans des garages désaffectés ou des sous-sols d’HLM, de l’érection d’une statue du pape Jean-Paul II, aux frais des contribuables locaux, sur la place de Ploërmel. Mais il n’est guère besoin de se demander quelle sera la réponse du maire de Ploërmel quand, fort de ce précédent, ils viendront lui demander de subventionner la construction d’une mosquée à minarets devant sa mairie. Et il n’est pas besoin non plus de se demander si les libres penseurs locaux sont heureux d’avoir à payer, via leurs impôts, l’érection d’un monument à un personnage que l’Église catholique s’apprête à béatifier.

           Le maire de Ploërmel sera sans doute très heureux qu’en application de l’article 89 de la loi de décentralisation de 2004 les maires, laïques ou non, des communes voisines dépensent une part appréciable de leur budget pour financer les frais d’écolage des écoliers de leur commune ayant choisi d’aller étudier dans l’école catholique de Ploërmel. Mais quand se contruira une école musulmane ou juive à proximité de Ploërmel, et qu’il devra payer à ces écoles les frais d’écolage des enfants de sa commune, il sera sans doute moins heureux.
           Ces deux exemples récents suffisent à montrer que tout ceux qui remettent en cause la loi de 1905, M. Sarkozy à travers la commission Machelon, ou le député PS d’Evry, Manuel Vals, qui veut pouvoir subventionner la construction de mosquées, jouent avec le feu. Ils ont oublié et les guerres de religion françaises et les guerres de religion étrangères. C’est pourquoi l’Union Rationaliste a été très heureuse de participer avec d’autres associations laïques, le 8 décembre dernier, à une conférence de presse commune pour proclamer que la loi de 1905 était une loi de progrès, toujours d’actualité, et pour réclamer l’abrogation de l’article 89 de la loi de décentralisation de 2004. Nous ferons en sorte que tous les partis et candidats expriment clairement leur position sur ce sujet avant les prochaines élections. On ne peut se proclamer laïque, comme N. Sarkozy, en préparant via la commission Machelon, la remise en cause de la loi de 1905, ni, comme le maire de Paris, en donnant le nom de Jean-Paul II à la place du parvis de Notre-Dame.
           L’exigence de laïcité n’est pas une particularité franchouillarde. Nos amis britanniques ou néerlandais se rendent maintenant compte des difficultés où les ont menés leur politique communautariste et leurs subventions aux groupes religieux. Nos amis allemands se posent maintenant le problème du voile. Et beaucoup de femmes et d’hommes polonais aimeraient que leur État soit moins lié à l’Église catholique. Peu d’Européens voudraient que leurs choix politiques et familiaux soient aussi déterminés par l’appartenance religieuse que c’est le cas au Liban, en Palestine, en Israël, en Irak, en Iran, en Afghanistan, au Pakistan etc., avec les conflits intérieurs et extérieurs que cela provoque. La laïcité et la paix sont liées. Dans un monde multiconfessionnel, il n’y aura pas de paix sans laïcité, même si la laïcité ne suffit pas à assurer la paix. Les Français, s’ils regardent autour d’eux, peuvent être fiers de la décision de paix civile prise en 1905 : c’est un énorme acquis.
           La carte de la laïcité et celle de l’instruction et du progrès scientifique ne se recouvrent pas tout à fait. Mais le lien est indéniable car l’acceptation de la laïcité par des croyants suppose l’abandon, non de la religion, mais du fanatisme. La connaissance des acquis de l’histoire, de la science et de la civilisation (pas l’apprentissage par cœur du Coran ou de la Bible) est nécessairement liée à l’apprentissage de l’examen rationnel et de l’esprit critique et à la demande que toute affirmation soit suivie de preuve ou de démonstration. C’est la base du respect de l’autre. C’est la base de la laïcité. C’est pourquoi les thèmes de la laïcité et de la défense du progrès et de la recherche sont les thèmes majeurs de l’action de l’Union Rationaliste. Pour la défense de la paix et du progrès par et pour la laïcité, nous souhaitons que vous soyez nombreux à venir nous rejoindre. Au moment où les fanatismes déchirent le monde, où les Églises dénient aux femmes le droit de disposer de leur corps et à l’humanité le droit de décider de son sort, les hommes de progrès ne doivent pas se reposer sur les acquis du passé. La laïcité est une idée neuve dans le monde. Il est de notre responsabilité de la faire partager au plus grand nombre.

13 décembre 2006
Le bureau de l’Union Rationaliste

 


Information et démocratie

 

           L'Union Rationaliste, dont le colloque 2005 était consacré au changement climatique, est heureuse que ce sujet fasse maintenant la une des journaux : du film d'Al Gore aux projets électoraux de Nicolas Hulot en passant par le chiffrage du coût du réchauffement de l'atmosphère par Lord Stern, la presse ne parle plus que de cela. Mais les mêmes médias continuent à se désoler lorsque la production de voitures automobiles décline dans notre pays et que le prix de l'essence augmente, et à faire la promotion des voyages aériens comme si l'on ne savait pas qu'automobiles et avions sont un des facteurs importants du réchauffement climatique.

           Ceux qui comme nous, depuis des années, se battent pour faire reconnaître la certitude d'un réchauffement rapide de l'atmosphère si nous ne changeons pas du tout au tout nos modes de vie et pratiques industrielles doivent se réjouir que leur parole soit ainsi diffusée. Mais l'on constate aussi que les personnages médiatiques sont mieux entendus que les scientifiques et que tout se passe comme s'il y avait orchestration de campagnes de presse : le même jour tous les journaux télévisés et radiodiffusés parlaient en de mêmes termes, et en quelques minutes au plus, du chiffrage du coût du changement climatique par Lord Stern et du brillant discours ensuite fait par Tony Blair, sans rappeler que ces choses étaient connues depuis plusieurs années et que Jacques Chirac avait fait un discours semblable une année auparavant, sans plus d'effet. Et le lendemain, on passe à autre chose.

           Il n'est guère besoin d'être un grand expert des moyens de communication pour connaître la raison de ce phénomène : l'information passe par des agences de presse, dont trois seulement sont d'importance mondiale ; elle est répercutée par des médias très concentrés, propriétés de quelques groupes de presse seulement ; tous les journalistes sont formés de façon identique par les mêmes écoles de journalisme ; les articles sont formatés car tout ce qui est trop long est censé lasser le lecteur ou l'auditeur.
           Dans ces conditions comment faire passer une information complexe et qui dérange ? Comment prendre une décision en toute connaissance de cause ? La complexité ne vise pas seulement les choix à prendre sur les grands problèmes techniques, par exemple décider au niveau national s'il faut investir dans tel domaine (nucléaire, biologie etc.) plutôt que dans tel autre tout en tenant compte des choix prévisibles de nos voisins et concurrents dans un monde désormais sans frontières. Elle affecte jusqu'aux choix quotidiens d'une municipalité, du tri des ordures à l'implantation d'une unité d'habitation où il faudrait désormais tenir compte des mesures à prendre pour éviter le réchauffement climatique (implantation de transports en commun, proximité des lieux de travail, isolement du bâtiment, construction en hauteur ou en surface etc.), en même temps écouter les électeurs et souvent essayer de les convaincre que le surcoût économique, donc l'augmentation des impôts qui pourrait en résulter, est nécessaire et supportable.
           Le colloque 2007 de l'Union Rationaliste portera sur une partie de ces thèmes. Il traitera en particulier de la façon dont scientifiques et techniciens peuvent faire passer les informations en leur possession auprès du public afin que les décisions soient prises en connaissance de cause, en tenant compte du moyen et du long terme, en tenant compte aussi des avis et suggestions des intéressés.

           On voit bien que cela suppose des décideurs soucieux de s'informer, ayant la capacité de le faire, et prêts à assumer leur responsabilité devant l'opinion. C'est l'un des grands enjeux de la démocratie. Il n'est pas nouveau. Les philosophes grecs s'étaient déjà interrogés sur la capacité à gouverner ou à juger de jurys tirés au sort, sur l'habileté des démagogues à peser sur les décisions et à remporter les élections. Les mêmes questions sont aujourd'hui posées en d'autres termes : jurys citoyens, manipulation de l'information, utilisation des sondages d'opinion etc. Mais la réponse ne saurait être celle de Platon qui prônait une République d'intellectuels moralistes appelés philosophes. La réponse moderne est de créer les conditions d'une démocratie informée. Cela suppose de donner aux peuples la capacité de comprendre l'information, donc de tout faire pour élever le niveau d'éducation, avec pour corollaire indispensable de tout faire pour que les conditions de vie laissent aux électeurs assez de temps et de disponibilité d'esprit pour réfléchir aux problèmes posés ; cela suppose aussi que les techniciens et scientifiques diffusent l'information en termes les plus compréhensibles possible et aient la volonté de le faire, même s'ils doivent pour cela heurter les intérêts politiques ou économiques à court terme de ceux qui financent leurs recherches ; cela suppose enfin une pluralité d'information qui n'existe plus en France au niveau de la presse quotidienne où subsistent deux journaux d'opinion seulement, La Croix et L'Humanité.
           Les deux premières conditions ont motivé la décision de créer l'Union Rationaliste et continuent de justifier son existence. La troisième démontre la nécessité, dans un monde où l'information est formatée et souvent manipulée, d'une presse qui échappe à ces pressions. Un Etat véritablement républicain veillerait d'abord au développement de la presse et des media d'opinion. L'Union Rationaliste, par ses revues, son site internet, ses trop rares émissions de radio, les conférences qu'elle organise, ne compense pas ce manque. Son existence et son développement ne nous en paraissent que plus indispensable à l'existence d'une véritable démocratie. C'est pourquoi nous appelons les rationalistes et les démocrates à rejoindre l'Union Rationaliste, à utiliser nos publications et à les faire connaître.


           Paris, le 8 novembre 2006
           Le bureau de l'Union Rationaliste


La liberté d'expression ne se divise pas

           Nos lecteurs savent sans doute que Robert Redeker, professeur de philosophie dans le sud-ouest, est obligé de vivre sous protection policière car menacé de mort pour avoir publié dans Le Figaro du 29 septembre 2006 une tribune libre intitulée " Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre " ? L'Union Rationaliste tient à réaffirmer solennellement trois des positions qui sont au coeur de son combat pour la liberté de pensée et d'expression.

           1° Il est inadmissible que quiconque soit menacé ou victime de représailles pour avoir exprimé des opinions de type philosophique.
           2° Il est inadmissible que l'expression de ces opinions devienne matériellement impossible.
           3° Islamisme ou pas, l'Union Rationaliste combat toutes les idéologies qui au nom d'une prétendue Révélation veulent imposer leur loi à la société et dans leur désir d'assurer aux individus un bonheur post mortem leur infligent dès cette vie privations, guerres et souffrances.
           En vertu du 1°, nous assurons M. Redeker de toute notre solidarité et demandons que l'État, s'il est incapable d'arrêter les auteurs des menaces, garantisse sa sûreté et celle des siens et lui assure des moyens d'existence.
           En vertu du 2°, nous nous inquiétons de la frilosité des patrons de presse devant les menaces de groupuscules, islamistes, chrétiens ou juifs. Nous nous inquiétons en particulier du recul de la presse d'opinion et du silence d'une partie de la gauche : elle devrait se rappeler que la liberté de penser et d'exprimer cette pensée dont nous disposons aujourd'hui doit beaucoup au combat mené lors de l'affaire du Chevalier de La Barre.
           En vertu du 3°, nous combattons toutes les idéologies qui font obstacle à la recherche du progrès, de la liberté et de la libre détermination des individus. Concernant l'islam, cela veut dire que nous condamnons non seulement ses extrêmistes, mais tout ce qui dans sa doctrine, et dans la pratique de certains états qui s'en réclament, est contraire aux conceptions modernes de la démocratie et des droits de l'homme et de la femme. Nous faisons de même en ce qui concerne toutes les religions. Notre combat contre l'irrationalisme et ses méfaits ne se divise pas.
           Nous ne voulons pas polémiquer avec M. Redeker ni porter un jugement moral ou factuel sur sa tribune libre. Mais on ne peut condamner la violence du Coran sans rappeler que c'est aussi celle de l'Ancien Testament à qui il emprunte beaucoup, ni en profiter pour vanter, avec des réserves il est vrai, la douceur de l'Évangile. Qu'on doive à celui-ci au moins la condamnation de la lapidation des femmes adultères n'empêche pas qu'en son nom on ait brûlé des juifs et des hérétiques, contraint les Protestants français à l'exil, justifié la colonisation etc.
           On peut dénoncer les abominations de l'islam sans vouloir humilier tous ses pratiquants et les pousser ainsi à défendre ce qu'autrement ils auraient eux-mêmes condamné. Toute personne qui a fréquenté des musulmans, même très croyants, sait que ce ne sont pas les fanatiques que décrit Redeker, même si ceux-ci hélas existent et sont de plus en plus agressifs. Il faut au moins reconnaître à l'islam ses qualités : simplicité doctrinale, absence de clergé, hospitalité, égalité absolue entre croyants (entre croyants reconnus comme tels, c'est-à-dire pas shiites pour les sunnites et inversement) sans racisme aucun, charité réellement pratiquée, et production d'une œuvre scientifique, littéraire et philosophique non négligeable. C'est en prenant appui sur ces qualités que l'on peut espérer juguler les fous de Dieu et les oulémas traditionnalistes bien que toute religion révélée ait, par essence, tendance à interpréter de façon littérale ses textes, aussi irrationnels et datés soient-ils.
           L'Union Rationaliste combat de toutes ses forces l'illusion religieuse et l'islamisme antihumaniste. Mais elle ne veut pas que ce combat serve à dédouaner le christianisme ou le judaïsme ni permette de justifier des entreprises guerrières, au Proche-Orient en particulier, prétendûment menées au nom de l'humanisme et de la liberté et dont l'objectif réel est le contrôle de l'espace et des ressources naturelles. Ce sont ces entreprises qui, en partie, ont favorisé la montée des extrêmismes, même si ceux-ci sont inhérents à toute idéologie révélée.

Paris, le 2 octobre 2006
Le bureau de l'Union Rationaliste

 


Le cerveau et l'école

          La rentrée scolaire coïncidant avec l'accélération de la campagne pour les prochaines élections présidentielles, certains prétendants à la candidature rivalisent de propositions pour l'école, avec une définition à géométrie variable de l'école qui parfois va jusqu'à englober l'enseignement supérieur. Plus personne ne semble se souvenir que dans notre système éducatif, le mot " école " désigne l'enseignement de 6 à 11 ans.

           En tout cas, il semble y avoir consensus sur le fait que la finalité de l'école, quelle que soit l'extension que l'on donne à ce mot, est de préparer à l'emploi et à la vie en société, les deux étant liés. Pour ce faire, il faudrait donc que l'école apprît aux enfants le français ; une et, si possible, plusieurs langues étrangères ; l'histoire de France, celle de l'Europe et aussi celle du monde ; le fait religieux ; l'orthographe ; les sciences exactes et expérimentales ; la façon de raisonner ; l'informatique ; la vie en société ; le civisme ; les droits de l'homme ; les fondements et pratiques de la sexualité ; le code de la route ; l'hygiène de vie ; les principes de la diététique ; la pratique sportive. L'énumération n'est pas exhaustive : le patronat et beaucoup de parents y ajoutent par exemple la préparation à l'exercice immédiat d'un métier ; les chroniqueurs financiers voudraient même une initiation à la finance et aux techniques boursières.
Quant aux moyens, il sont simples, si l'on en croit certains: mettre des surveillants dans les classes, en même temps que les professeurs, pour assurer le calme ; rajouter des heures de cours ; envoyer des imams, des rabbins et curés expliquer à la place des professeurs ce qu'est la vraie religion ; convoquer les parents et les enfants devant la police etc.
           On remarquera que le mot " laïcité " est soigneusement évité, ou détourné de son sens, la neutralité de l'État envers les opinions politiques et les croyances religieuses se transformant en respect pour ces dernières. De la même façon, sont escamotés la question de savoir si tous doivent tout apprendre et le devenir de ceux qui n'auront pu le faire. Quant au rôle de la famille et des différenciations sociales, il n'est généralement abordé que de façon négative : comment punir les familles qui n'éduquent ni ne disciplinent leurs enfants ? L'inégalité des chances due à l'inégalité de la naissance n'est traitée que dans des opérations louables, mais spectaculaires et destinées à quelques dizaines d'élèves au plus (les promotions-banlieue de Sciences Po, par exemple) alors que la politique des ZEP (zones d'éducation prioritaires) est en passe d'être abandonnée.
           La crise de l'école ( du collège, du lycée, de l'enseignement post-baccalauréat, de la formation continue) ne sera pas résolue par ce catalogue de revendications et ces listes de " n'y a qu'à ". Elle est structurelle et permanente, pas du fait des institutions, mais du fait de la nature même de l'enseignement. Elle appelle une réflexion sur ce qu'est l'enseignement et à partir de là des choix politiques.
           L'homme est la seule espèce animale qui doive apprendre presque tout après sa naissance. Les autres animaux naissent dotés de pratiques instinctives, parfois très développées (abeilles, fourmis etc.). Quant il y a enseignement, il est de nature très limitée et se fait le plus souvent par imitation d'un parent (la chasse, le vol etc.), et encore pas toujours : un chaton abandonné à quelques semaines saura attraper des oiseaux.
           Un bébé abandonné meurt. Un enfant qui ne sait pas parler ne se développe pas intellectuellement. Le petit homme doit tout apprendre, et le cerveau humain s'est adapté à cela. On apprend à l'enfant, dès sa naissance, à parler, à manger, à survivre, à se conduire en société. On lui enseigne les découvertes progressivement faites par l'humanité. Une partie de cet enseignement, jusqu'à la première moitié du 20e siècle dans les pays développés, s'est faite dans la famille (langage, métier), dans les groupes d'âge, les organisations de jeunesse, les mouvements politiques, les syndicats, l'armée même (l'éducation civique et politique). La société a changé et l'école doit désormais assurer un enseignement que jadis on ne lui demandait pas. Surtout les savoirs spécialisés se sont tellement développés qu'il a fallu ajouter à la mémoire biologique la mémoire matérielle, archives et bibliothèques, et apprendre à un nombre relativement petit d'humains à s'en servir. Au début du 20e siècle, on pouvait encore maîtriser une ou même plusieurs disciplines. La progression du savoir a été si rapide qu'aucun savant, même exceptionnel, ne peut aujourd'hui maîtriser l'ensemble de sa discipline, même si celle-ci s'est fragmentée en sous-disciplines devenues disciplines de plein droit, telle la biologie aujourd'hui fragmentée en biologie moléculaire, biologie de l'évolution, biologie du développement etc., chacune de ces sous-disciplines se fragmentant à son tour en biologie du cerveau, biologie du système nerveux, biologie végétale etc.
           Pour tous les savoirs, le rythme de la progression est si rapide que ce qui apparaissait il y a quelques années comme une sur-spécialisation est aujourd'hui considéré comme normal. L'enseignement est donc, par nature, perpétuellement confronté à cette augmentation des connaissances, qui fait que la transmission du savoir ne peut plus, depuis longtemps, être confiée à la seule famille. L'évolution récente de la société oblige aussi l'école, au sens le plus large du terme, à assurer l'éducation et la socialisation des jeunes gens, car la seule maîtrise des connaissances ne suffit pas à assurer le bien-être ni même le maintien d'une société. Il ne serait pas inutile, avant l'élection présidentielle, que les candidats nous disent quelles mesures ils comptent prendre pour que l'enseignement n'accentue pas les inégalités sociales et permette à un maximum d'individus d'accéder à la connaissance quelle que soit la situation économique et sociale de leurs parents. De la correction -coûteuse - de ces inégalités sociales dépend non seulement la stabilité sociale, mais aussi le progrès des connaissances : les savants et les ingénieurs ne sont pas tous fils de nantis.
           Mais il faudra aussi réfléchir, mieux que ne le fait le gouvernement actuel avec son " socle commun de connaissances et compétences ", aux principes qui permettront d'établir la pyramide changeante des connaissances et des comportements, avec une base indispensable à tous et une spécialisation de plus en plus grande nécessairement réservée à de moins en moins de monde. Il faut certes assurer à tous les individus le savoir minimum leur permettant de vivre dans un société où le savoir change et s'accumule, entraînant un changement accéléré des métiers et des modes de vie. Mais il faut aussi donner à tous la possibilité d'aller au-delà de ce savoir minimum : cela suppose la connaissance des langages, l'éducation de la mémoire, la pratique du raisonnement critique et de l'expérimentation, le désir du savoir, en tant que tel et en tant qu'outil de développement social.
           La spécialisation accrue n'est pas nécessairement un danger : la division du travail est presqu'aussi vieille que l'humanité et l'enseignement peut contribuer à ce que les hiérarchies professionnelles ne soient pas dues à la seule naissance. Les divisions religieuses et raciales sont aussi très anciennes et l'actualité nous apprend qu'elles sont toujours aussi meurtrières. L'expérience a montré que sur ce point l'école peut faire beaucoup. Mais il faut pour cela qu'elle soit laïque, qu'elle enseigne seulement l'humanité, les connaissances assurées et la pratique de la raison critique. On aimerait que ce principe soit réaffirmé par quelques-uns au moins des candidat(e)s aux prochaines élections.

Paris, le 15 septembre 2006.
Le bureau de l'Union Rationaliste


Réflexion politique sur la guerre israelo-libanaise et le massacre de Cana:

Ramener le monde à la raison

           La fin du mois de juillet a été marquée de tueries: attentats dans les trains de Bombay, bombes au Pakistan, combats intensifiés en Afghanistan (avec la participation de troupes françaises), massacres en Irak, assassinats plus ou moins ciblés à Gaza, bombardements au Liban : plus de 350 morts et 500.000 personnes déplacées. Le monde ne semble guère s'en émouvoir.

           Au Liban, à qui les puissances occidentales avaient promis il y a un an à peine, après l'assassinat du Premier Ministre Hariri, protection et secours, les ONG promettent d'aider les veuves et les orphelins le jour où Israël voudra bien ouvrir des couloirs humanitaires; les gouvernements étrangers évacuent leurs nationaux en en demandant d'abord, toute honte bue, l'autorisation à l'État d'Israël, et laissent les Libanais qui ne sont pas binationaux se réfugier sur le territoire de la Syrie, pourtant toujours dénoncée comme envahisseur et occupant. L'ONU perd un peu plus de sa crédibilité, tout comme l'UNESCO qu'on n'entend pas protester contre le bombardement de sites inscrits au patrimoine de l'humanité. Les partisans de l'ingérence humanitaire se taisent, comme si celle-ci ne valait que pour lutter contre les Soviétiques en Afghanistan, contre les Serbes au Kosovo. Victime indirecte des évènements du Liban, le Tribunal International pour la Yougoslavie n'apparaît plus comme le prometteur début d'une justice internationale contre les crimes de guerre : il n'y aura pas de Tribunal International pour le Liban. Qui, aussi continue encore à se préoccuper des réfugiés du Darfour, des Somaliens, et des autres populations qui dans le monde meurent de faim ou de guerre ?

           Ce n'est pas ici le lieu de démêler l'écheveau des attentats, des représailles que leurs auteurs appellent toujours ripostes ou mesures de légitimes défense, des contre-représailles de même baptisées, des prises de prisonniers que l'autre appelle otages etc. Reste le spectacle des morts ensanglantés, des bâtiments détruits, des enfants pleurant, spectacle quotidien qui ne révolte plus, peut-être seulement parce qu'à force d'être quotidienne, l'horreur cesse d'émouvoir : le tsunami de Java, cet été, un an après celui de Sumatra, semble lui aussi avoir laissé le monde indifférent.

           Mais c'est aussi que les victimes du conflit israélo-palestinien et maintenant -libanais, en tous cas leurs chefs et leurs combattants, ne sont pas sympathiques. On n'a aucune envie de se mobiliser pour des fanatiques qui égorgent leurs prisonniers, prennent des centaines d'enfants en otages, jettent des bombes dans les mosquées bondées, font exploser des camionnettes piégées sur les marchés et se battent pour imposer un régime obscurantiste, intolérant, fermé à tout débat intellectuel, traitant les femmes et les non musulmans en sous humains. On n'a pas envie non plus de plaindre ceux qui, forts de l'appui des USA, de leurs chars et de leurs avions, détruisent toute l'infrastructure d'un pays, surtout quand certains d'entre eux le font au nom de Dieu, qui leur a donné la Judée et la Samarie.

           Il n'en pas toujours été ainsi. Dans les années 50-60, le Proche-Orient, y compris le Pakistan, l'Afghanistan et l'Iran, étaient des pays musulmans certes, et fiers de l'être, mais largement ouverts aux idées nouvelles et à la tolérance, avec une intelligentsia brillante. Cette intelligentsia, on l'a tuée ou forcée à l'exil. A l'instigation des USA et de leurs alliés européens, on a " liquidé " les communistes et les nationalistes laïcs en Irak et en Iran. Ailleurs les régimes mis en place avec l'accord des mêmes (pétrole, pétrole) ont voulu compenser leur impopularité par une posture de plus en plus islamiste. Mais ils trouvent plus extrémistes qu'eux, même en Arabie saoudite. Les juifs réfugiés en Israël, souvent laïcs et de gauche, ont laissé le pouvoir à une droite religieuse et nationaliste qui entraîne les Israéliens dans une surenchère de force au nom de la défense et de la sécurité du pays. Le gouvernement d'Ariel Sharon a sciemment détruit les éléments palestiniens les plus modérés pour n'avoir plus en face de lui que le Hamas, théâtralement extrémiste et terroriste, et donc par là même ennemi avec lequel on ne peut même pas parler et que le monde entier, d'instinct, devrait haïr, sauf à devenir son complice.

           Le résultat est là : le monde laisse les extrêmistes s'entretuer, et les armes ne leur manqueront pas. Mais le monde va bientôt s'apercevoir aussi qu'il est impliqué dans ces combats qu'il laisse faire, que certains États alimentent ou provoquent. Pas seulement à cause de la hausse du prix du pétrole : nous ne pourrons pas indéfiniment envoyer des corps expéditionnaires, même baptisés forces d'interposition ou de maintien de la paix, en Bosnie, au Kosovo, en Irak, en Afghanistan, bientôt peut-être au Liban, en Iran ou en Corée du Nord. Il faudra bien que le monde, s'il veut survivre, revienne à la raison. En France, l'indifférence avec laquelle nous regardons les bombardements du Liban risque de créer l'antisémitisme et l'extrêmisme islamique chez des Français musulmans qui se sentent solidaires de leurs coreligionnaires humiliés, tout comme les Français juifs tendent à se montrer solidaires des juifs du monde entier quand ceux-ci sont dans le malheur, tout comme les Français communistes étaient solidaires des militants communistes pendus par Sadam Hussein et le Shah d'Iran.

           Sauf à anéantir son ennemi, comme les Américains l'ont fait avec leurs Indiens, l'usage de la force ne règle rien. Les fils se lèvent toujours pour venger leurs pères assassinés, et les croyants n'accusent jamais Dieu de leurs malheurs : les juifs devraient en savoir quelque chose. Les bombardements massifs ne font qu'accentuer et prolonger les haines. C'est une illusion de croire qu'une solution de court terme puisse régler des problèmes vieux d'un siècle. Si Israël veut exister et vivre pacifiquement, ce que tous souhaitent, il faut qu'il se fasse accepter par ses voisins, que la communauté internationale restaure les quelques instruments de légalité internationale nés de la 2ème guerre mondiale, aujourd'hui foulés aux pieds, et que la balance soit égale pour tous. Il n'y aura pas de paix tant que règnera le système des deux poids, deux mesures aujourd'hui si évidemment en force.

           Quant aux extrémistes et fous de Dieu, il faut certes les arrêter, quel que soit le nom qu'ils donnent à leur Dieu. Mais il faut surtout les empêcher de se multiplier. Les grandes qualités de nombreux musulmans, juifs ou chrétiens ne doivent pas pas nous empêcher de dire qu'une foi aveugle, la certitude d'être l'interprète des volontés de Dieu, la préférence donnée à la vie éternelle sur le monde d'aujourd'hui, ne peuvent conduire qu'à des dérives trop souvent constatées. Les guerres de religion n'ont pas commencé au XVIe siècle. Elles ne se sont pas arrêtées au XVIe siècle. Écrasons l'infâme.

           Paris, le 22 juillet 2006.
Le bureau de l'Union Rationaliste


Les Nôtres …
Notre ami Norbert Nayman est décédé dans la nuit du 4 au 5 juin 2006 au terme d'une dernière lutte contre la maladie et les douleurs qui l'accompagne.

Norbert Nayman était un cadre dirigeant de l'assurance chômage retraité depuis peu ; c'est alors même que son épouse venait d'arriver à son tour au terme de sa vie professionnelle que la maladie a révélé son existence. C'était en octobre dernier.

 


          
Humaniste, rationaliste, propagandiste insatiable des Lumières, Norbert Nayman était membre du conseil de l'Union rationaliste dont il était également le président de la section de Nantes

Mais que sont aujourd'hui ces qualités reconnues par tous dans sa profession ou ses engagements militants au regard de la perte d'un ami, au regard de la perte d'un compagnon de toute une vie pour sa femme Bérengère, au regard de la perte d'un père pour ses deux enfants ?

Plutôt que de parler à sa place et de lui prêter les mots qu'il n'a pas prononcés, passons lui la parole avec ces quelques lignes écrites il y a un peu plus d'un an :

" La propension millénaire des êtres humains à abdiquer en se plaçant sous la tutelle de " puissances supérieures ", incite certainement à poursuivre les recherches pour tenter de dégager et de comprendre les mécanismes de cette propension. Que ceux-ci soient uniquement culturels et adaptés au mode de fonctionnement des cerveaux humains ou pas, je n'ai pas de réponse à cela. Mais ce dont j'ai l'intime conviction c'est bien du rôle social nuisible des " marchands de sommeil "

Alors que faire d'autre que se réveiller au sens que lui donnait Alain :

  " ……... Se réveiller, c'est se refuser à croire sans comprendre ; c'est examiner, c'est chercher autre chose que ce qui se montre ; c'est mettre en doute ce qui se présente, étendre les mains pour essayer de toucher ce que l'on voit, ouvrir les yeux pour essayer de voir ce que l'on touche ; c'est comparer des témoignages, et n'accepter que des images qui se tiennent ; c'est confronter le réel avec le possible afin d'atteindre le vrai ; c'est dire à la première apparence : tu n'es pas. Se réveiller, c'est se mettre à la recherche du monde. L'enfant, dans son berceau, lorsqu'il apprend à percevoir, quelle leçon de critique il nous donne ! " (accès au texte intégral)
  Ne pas abandonner les armes de la critique et, en premier lieu celle des religions. Toutes les religions. L'histoire nous a appris que loin de relier les hommes, comme le voudrait une étymologie souvent admise, elles ne font toutes, que les diviser et les maintenir dans la servitude imposée ou volontaire.
Citant Marx, Diderot et Voltaire, sans conteste ses auteurs préférés [lire le texte intégral] Norbert terminait son propos en disant, parlant des Lumières :
  " Si notre mouvement existe aujourd'hui c'est sans doute en grande partie grâce à ces hommes. Sachons nous montrer dignes de poursuivre leur combat. "

Si notre mouvement existe aujourd'hui c'est aussi grâce à des hommes et des femmes comme Norbert Nayman. Nous aussi, sachons nous en montrer dignes.


           5 juin 2006.

Michel Naud pour le bureau de l'Union rationaliste.


De la raison et du Da Vinci Code

Nous avons beau nous dire que nous ne sommes plus dans les siècles d'obscurantisme et que la raison, au prix de beaucoup de combats, de sacrifices et de souffrances, a beaucoup progressé depuis le XVIe siècle, l'actualité se charge tous les jours de nous rappeler que la raison est loin d'avoir triomphé et que l'existence d'organisations comme l'Union Rationaliste est loin d'être sans objet. On ne traitera pas ici de la pauvreté, de la famine et des guerres qui déchirent le monde, scandales contre lesquels devrait se battre tout individu raisonnable, raisonnant et sensible. On ne traitera pas de leurs conséquences immédiates, au-delà du compte des morts et des blessés : l'ignorance par non-scolarisation, les migrations forcées, la haine entre les peuples, la montée du racisme, l'obscurantisme et l'intolérance religieuse.

SUITE:
          On ne traitera même pas du championnat du monde de football, qui pour beaucoup est un spectacle, plus incertain et plus palpitant qu'un film à suspense ; qui pour d'autres, avec ses sélections nationales, ses drapeaux, ses foules excitées et parfois alcoolisées et ses bordels sanitisés, semble vouloir offrir à des gens qui apparemment ne peuvent pas s'en passer une version atténuée et relativement bénigne des guerres et de leur cortège de viols.

          On ne parlera pas de l'affaire Clearstream, jeu de billard à quatre bandes dont nous ne savons qui a disposé les billes et pour qui, même si l'on sait bien pour quoi. Montesquieu écrivait que la vertu, c'est-à-dire la volonté de faire passer le bien commun avant ses intérêts particuliers, était nécessaire à un état républicain. Les journaux consentent parfois à nous le rappeler, mais très rares sont ceux qui expliquent que dans l'affaire Clearstream, le vrai scandale est l'existence de flux financiers opaques, incontrôlés et difficilement contrôlables, conséquence d'une mondialisation qui ne prend en compte ni la morale ni la vertu.
          Non, faisons comme tout le monde. Obéissons au marketing des multinationales du cinéma et rendons hommage à l'efficacité de leurs attaché(e)s de presse. Parlons du Da Vinci Code et de la façon dont, sur une grande partie de la planète, il n'est question que de ce roman bien fait, et maintenant du film, qui l'est moins. Les ressorts de ce succès, outre le talent de l'auteur, sont évidemment le goût, inhérent à la personne humaine, du mystère, la fascination pour les énigmes, vraies ou supposées, et les trésors cachés. Le Da Vinci Code utilise les ressorts qui ont fait le succès des romans policiers, des jeux de scouts et d'éclaireurs, des innombrables articles sur le trésor des Templiers, de la voyance et de l'alchimie. Cette fascination pour l'inconnu est aussi celle des chercheurs scientifiques. Mais elle porte sur d'autres objets et s'accompagne du désir de valider les hypothèses par des preuves incontestables, qu'elles soient expérimentales ou logiques.

          Ce qui est terrifiant par contre, c'est comment une campagne de publicité mondiale peut convaincre, au moins momentanément, des foules entières de considérer que ce roman et ce film sont ceux qu'il faut avoir lu et vu à moins d'être ringard. On a beau constater le même phénomène dans la finance (Eurotunnel), le commerce (les téléphones portables, les vêtements de sport), la culture et la politique, on n'en est pas moins effrayé de la puissance des moyens modernes de persuasion. Il est clair que la clé de la liberté individuelle, c'est d'abord la pratique de l'esprit critique et de la raison. L'Union Rationaliste se bat pour que l'école ne s'en désintéresse pas.
          Très drôle par contre est la réaction des Églises chrétiennes. En Europe elles se sont longuement interrogées sur la possibilité de faire interdire le film. Elles ont reculé devant la crainte du ridicule et le reproche d'intolérance qui n'aurait pas manqué -à juste titre - de leur être adressé. Mais là où elles ne craignent pas le ridicule, elles n'ont pas hésité : recours devant la Cour Suprême en Inde, demande d'interdiction aux Philippines etc. C'est reconnaître que rien ne permet à un esprit non prévenu de distinguer entre la fiction du Da Vinci Code et le récit canonique des Évangiles. Un père de l'Eglise disait : credo quia absurdum, " je crois à quelque chose d'absurde, justement parce que c'est absurde". A ce compte évidemment, on peut prendre le Da Vinci Code pour récit d'évangile.


           23 mai 2006.

Le bureau de l'Union rationaliste.


Tchernobyl vingt ans après

L'actualité en France en ce mois d'avril, c'est bien sûr d'abord le retrait du Contrat Première Embauche. Le rejet du CPE a mobilisé pendant plus de deux mois les étudiants, s'est étendu aux lycéens, aux salariés, à l'opinion publique. Au-delà du CPE qui la symbolisait, la précarité accompagnant la flexibilité proclamée nécessaire dans une société moderne a été profondément mise en cause. Nous nous réjouissons des réflexions ainsi enclenchées. Le domaine de la recherche, en particulier, n'est pas épargné par des évolutions préoccupantes, nous y reviendrons.

SUITE:
          L'Union Rationaliste s'inscrit dans la tradition d'un humanisme émancipateur appuyé sur le développement des connaissances et l'utilisation réfléchie des technologies qu'elles rendent possibles. C'est sur ces bases que nous souhaitons intervenir dans les débats en cours. Le vingtième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl nous interpelle donc particulièrement. Pour certains, il est l'occasion de mener campagne contre toute utilisation de l'énergie nucléaire. Nous pensons que l'analyse rationnelle doit l'emporter sur l'émotion dans le choix de la politique énergétique (économies d'énergie et répartition des modes de production) à discuter par les citoyens.

          La catastrophe de Tchernobyl a été rendue possible par la conjonction d'au moins trois facteurs : la conception du réacteur impliquant un risque d'instabilité, l'absence d'enceinte de confinement susceptible d'arrêter ou de réduire considérablement l'échappement des produits radioactifs dans l'atmosphère, l'absence d'une culture de sûreté chez l'exploitant. La conception des réacteurs, et leurs règles de fonctionnement en Europe occidentale et notamment en France excluent une catastrophe tant soit peu comparable, comme l'accident intervenu aux Etats-Unis l'a d'ailleurs confirmé. Un certain nombre de mesures complémentaires ont été adoptées depuis Tchernobyl pour réduire encore la probabilité d'accidents et leurs conséquences possibles. Les exigences de sureté ont été accrues sur les nouveaux réacteurs, tels l'EPR.

          Il est facile d'imprimer un peu plus dans les esprits la peur des centrales nucléaires à partir d'informations peu rigoureuses et d'images sur Tchernobyl. Il est plus difficile, surtout pour ceux que l'on disqualifie souvent pour leur appartenance supposée au " lobby nucléaire ", de rectifier un certain nombre d'inexactitudes, pour ne pas dire de mensonges, répétées d'années en années sur le comportement des autorités de radioprotection en France (le SCPRI à l'époque), sur la nature et l'ampleur des conséquences de l'accident en Ukraine, Belarus et Russie mais aussi au-delà : La " communication " du SCPRI est loin d'avoir été toujours claire, mais qui sait aujourd'hui que l'arrivée du nuage sur le territoire français et l'augmentation de la radioactivité ont effectivement été annoncées au fur et à mesure ? Qui sait que l'augmentation prévisible des morts par cancer parmi les " liquidateurs " qui sont intervenus sur le site de Tchenobyl sera très loin heureusement de se traduire par l'hécatombe généralement annoncée dans les média ?

          Le peu d'empressement de la presse et des média à accueillir des informations contredisant des informations et des rumeurs propagées depuis 1986 est un fait. On peut arguer qu'il est plus " rentable " en terme d'audimat de commenter un " scandale " et d'exposer les drames humains que de présenter une froide comptabilité en terme de nombre de morts estimés et de dégâts environnementaux et sociaux. Exposer les programmes mis en œuvre (trop rares) pour redresser la situation sanitaire et économique des régions touchées, exposer les enseignements tirés de la catastrophe par améliorer encore la sécurité des centrales nucléaires en France, c'est déclencher la critique des groupes antinucléaires les plus radicaux. Ces différents biais ne suffisent cependant pas à expliquer les incompréhensions persistantes. Comment faire face à des incompréhensions que l'on rencontre aussi de manière plus ou moins aiguë dans tous les débats de société relatifs à certaines recherches en développement rapide et à nombres de technologies ?

          Il ne s'agît pas selon nous, pour les scientifiques d'une communauté rassemblant les compétences nécessaires, de mieux " communiquer " sur tel ou tel sujet mais plutôt de s'organiser pour mieux assumer une responsabilité collective : Celle d'établir contradictoirement des rapports suffisamment crédibles pour que le débat démocratique puisse se développer sur des bases rationnelles. Un effort international de ce type est mené avec succès depuis des années sur le changement climatique. Le processus est ouvert à des scientifiques compétents proposés par des ONG. La circulation des idées du groupe de travail proprement dit doit permettre d'expliciter clairement les faits scientifiques considérés par tous comme raisonnablement établis, de les différencier de ceux qui sont incertains ou relèvent d'approfondissement des recherches, de renvoyer à d'autres instances le soin de mener la réflexion sur les points qui ne relèvent pas du domaine concerné. Au final, il revient aux politiques de prendre leur décision en intégrant avis scientifiques et débats d'opinion.

          Le système des experts et des contre -experts est un pis-aller, dont un effet pervers est de pousser chacun à choisir sa vérité en fonction de la confiance qu'il accorde à celui qui l'énonce. Ce relativisme ne permet pas d'avancer. Il est rare de prendre la peine de rechercher l'origine des contradictions entre scientifiques -experts : Ces contradictions peuvent relever de points de vue qui trouvent leur légitimité dans des logiques différentes. Ainsi, les controverses sur l'estimation des morts potentiels par cancer induits par la catastrophe (de 4000 à 25000 selon les études sérieuses) prennent largement leur source dans la manière de considérer l'excès de dose d'irradiation par rapport à celle délivrée par la radioactivité naturelle. Cette dernière varie d'un point à un autre et en altitude. Pour les uns, les doses supplémentaires, même parfaitement négligeables pour un individu particulier, doivent être prises en compte pour l'ensemble de la population en Europe et en Asie. Pour les autres, non, si ces doses sont petites devant les variations de doses naturelles, par exemple d'un département à l'autre.

          Un investissement réfléchi d'un plus grand nombre de scientifiques dans les débats de sociétés est nécessaire pour intégrer la science à la culture générale et infléchir une situation dangereuse pour la démocratie.


Jean Bernard vient de disparaître le 17 avril 2006 à Paris.


Il aurait eu 99 ans le 26 mai. Il faisait partie de ces rares êtres chez qui une très vive intelligence est au service d’un "honnête homme". Chacune de ses interventions était marquée par la clarté et la simplicité
.

   Docteur en médecine en 1936, il entreprend une carrière hospitalo-universitaire interrompue par son entrée dans la résistance où il dirige un réseau dans le sud-est de la France et qui lui vaut d’être incarcéré à Fresnes. Médecin des hôpitaux en 1946, il choisit la pédiatrie et les maladies du sang, c’est à dire une des branches les plus dures et les plus désespérantes de la médecine, qu’il va révolutionner. Nommé professeur de cancérologie en 1956 puis, la même année 1961, à la fois professeur de clinique des maladies du sang et directeur de l’Institut de recherches sur les leucémies et les maladies du sang, il ne va pas cesser de faire avancer le traitement des leucémies aiguës jusque là toujours mortelles et qui guérissent aujourd’hui plus de neuf fois sur dix. Sa célèbre publication de 1965 « Premières rémissions de longue durée, premières guérisons de leucémies aiguës », est celle à laquelle il tenait le plus. Ses articles se comptent par dizaines et il écrivit de nombreux ouvrages d’hématologie ou de philosophie de la médecine ou de bioéthique qu’il connaissait bien pour avoir présidé le Comité consultatif national d’éthique des sciences de la vie et de la santé.
          Il eut aussi une production littéraire depuis son recueil « Survivance, poèmes » de 1945 jusqu’aux Rêveries d’un promeneur dans le jardin du Luxembourg en 1993 ou Le Sang des poètes de 1996 pour ne citer que ceux-là.
Une vie aussi bien remplie lui valut d’innombrables médailles et récompenses. Il fut élu membre de trois académies : Académie des sciences, en 1972, Académie nationale de médecine, en 1973, et Académie française, le 15 mai 1975, au fauteuil de Marcel Pagnol.
         Il a accepté de répondre à une interview de l’Union rationaliste en 2003


Le hideux visage des guerres de religion

En peu de temps l'actualité s'est chargée de nous rappeler ce qu'est une guerre de religion : églises attaquées et chrétiens massacrés au Nigéria (où une femme est toujours sous le coup d'une condamnation à la lapidation pour adultère) sous prétexte de défendre l'interdiction de reproduire l'image du Prophète ; destructions de mosquées et massacres entre sunnites et chiites en Irak etc. Nulle part de contre-manifestation appelant à la paix, même dans les pays où les foules hurlantes furent relativement peu nombreuses : les extrémistes reçoivent l'approbation silencieuse de beaucoup de gens dans les pays à majorité musulmane. Et ceux qui les désapprouvent, craignent, à raison, pour leur vie et celle des leurs.

SUITE:
L'indignation religieuse est bien sûr utilisée pour des enjeux de pouvoir ou pour protester contre l'intervention étrangère. Les manifestations sanglantes d'Afghanistan, du Pakistan et de Beyrouth étaient plus dirigées contre les Américains que contre un Danemark que presqu'aucun des manifestants n'aurait pu placer sur la carte. Les succès du Hamas en Palestine sont une protestation contre l'occupation israélienne et la corruption de dirigeants du Fatah passant de ce fait pour des collaborateurs de l'occupant.

Il y a aussi une culture de la violence. L'évènement fondateur du chiisme, chaque année commémoré au mois de moharram par des processions souvent ensanglantées, est la bataille de Kerbela où les futurs sunnites détruisirent l'armée des héritiers légitimes du Prophète. Les massacres n'ont jamais depuis cessé. Cette culture de la violence, celle des islamistes en Algérie et d'Al Qaida, n'est pas propre à l'islam (cathares, juifs d'Europe et d'Amérique du sud l'ont appris à leur dépens), ni même à la religion. On aurait tort de croire qu'en Europe et en Amérique la civilisation a fini par l'emporter : le nazisme n'est pas si loin, les massacres de Sétif et de My Laï non plus. Les crimes de guerre des Balkans sont tout récents.

Il existe dans toutes les religions des pratiquants et même des saints qui ne cherchent pas à imposer leur foi par la violence. Beaucoup de missionnaires, de quelque religion que ce soit, ont voulu le bonheur des populations où ils vivaient. Ils les ont souvent protégées. Il n'en reste pas moins que lorsqu'on parle au nom d'un Dieu contradictoirement proclamé tout puissant et parfois même d'amour, on est par définition difficilement sensible aux arguments de la raison et de l'humanité. Autrement on ne s'expliquerait pas que la très grande majorité des dignitaires religieux musulmans réclament l'imposition de la charia dans les pays à majorité musulmane, ou veulent que les Etats où les musulmans sont minoritaires acceptent l'application de celle-ci à leur minorité d'origine musulmane. La charia, c'est le voile ou le foulard pour les femmes, leur infériorité proclamée devant la loi et l'éducation, la lapidation de la femme adultère, la main coupée pour le voleur… Les autres religions ne sont pas en reste : les propos tenus par certains colons juifs expulsés de Gaza ou de Hébron faisaient froid dans le dos, et Itzhak Rabin fut assassiné au nom de Dieu. C'est aussi au nom de Dieu que furent assassinés des médecins américains pratiquant l'avortement et que le droit à l'avortement est contesté ou remis en cause dans tous les pays à majorité chrétienne pratiquante : Portugal, Pologne, Slovaquie, États-Unis, etc.

Plus dangereuse encore est la tentation de faire de la religion le test de l'appartenance à une communauté nationale ou pouvant devenir une nation. Seul les hindous sont de vrais Indiens, seuls les sunnites sont de vrais Pakistanais, seuls les bouddhistes sont de vrais Sri Lankais. Un Ayatollah est le guide politique de l'Iran. En Irak, il veut le devenir. Israël doit être purement juif et l'Europe, qui n'est plus chrétienne, doit se souvenir qu'elle l'a été. Nos journaux et nos hommes politiques sont tombés dans ce travers. Tout " Arabe " est censé être musulman, même si, comme Salman Rushdie et des millions de Pakistanais ou d'Algériens, il a dû s'exiler pour ne pas être tué au nom de Dieu et de l'islam. Le Conseil Français du CULTE musulman est censé représenter ces musulmans qui ne veulent plus l'être. Les juifs restent juifs même s'ils sont athées ou convertis et même si leurs parents étaient athées ou convertis. Lorsque se produit un acte antisémite, c'est donc dans les synagogues que les autorités de l'État vont proclamer leur indignation. Les grands deuils nationaux se pleurent dans les cathédrales ; nous avons un ambassadeur au Vatican ; les Ambassadeurs de France en pays non chrétien vont ostensiblement à la messe et subventionnent les locales Sœurs Teresa. On s'étonnera ensuite que certains pensent que les Français juifs ou musulmans ne sont pas tout à fait des Français.

Deux siècles après la Révolution Française, un siècle après la loi de 1905, il est triste de constater que le combat pour la laïcité est redevenu une priorité. C'est un combat vital. Si la République et l'Europe cédaient à ces pressions, c'est tout l'édifice de liberté si difficilement édifié depuis la Renaissance qui serait compromis. Mais il s'agit aussi d'empêcher les extrémistes religieux d'obtenir, par les urnes, la majorité. Il faut donc cesser de leur donner l'appui direct que trop souvent les démocraties leur ont accordé. En envoyant Ben Laden combattre les communistes et les Soviétiques en Afghanistan, les Américains savaient qu'ils utilisaient un fanatique musulman. Ils n'avaient pas prévu qu'il se retournerait contre eux. En courtisant en France des chefs religieux qui essaient de faire défiler les musulmans français contre l'interdiction du foulard islamique à l'école et organisent des manifestations pour protester contre la reproduction de l'image du prophète, en donnant trop de poids à certains rabbins qui donnent l'impression d'être moins émus par l'assassinat d'un Français non-juif - ou de tout homme dans le monde - que par celui d'un juif français, en consultant trop souvent des évêques qui font passer les prescriptions de Dieu -ou de son représentant sur terre - avant la lutte contre le SIDA, avant la souffrance d'une femme qui choisit d'avorter, nos dirigeants ne nous préparent pas un avenir de liberté.

Même dans nos sociétés démocratiques dites développées, la lutte contre l'obscurantisme, source des extrémismes religieux, reste à l'ordre du jour. Sinon, même en France, les groupuscules fanatiques pourraient devenir un réel danger pour la démocratie. Les madrasas, les yeshivas, les séminaires sont fort rarement des foyers de tolérance. Ce ne sont jamais des lieux où l'on enseigne la liberté de pensée.

Le 1 mars 2006
Le bureau de l'UR


La caricature et la liberté d'expression.

L'Union rationaliste est profondément attachée au respect de la liberté d'expression, qui est consubstantielle à la démocratie politique. Nous sommes résolument opposés à ce qu'une caricature, moyen d'expression au même titre qu'un article, puisse être interdite, soumise à autorisation ou condamnée par les tribunaux au nom d'un " respect " qui serait dû aux religions ou aux convictions.

SUITE:
L'affaire des caricatures a fait irruption dans un contexte international détestable (conflit israélo-palestinien, Irak, Iran..) qui se prête à toutes les surenchères et manipulations religieuses. Les caricatures sont jugées amusantes et justifiées par les uns, dangereusement provocatrices et contreproductives pour faire progresser la liberté d'expression et reculer l'islamisme radical par d'autres. Elles sont jugées offensantes par de très nombreux musulmans. Les manifestations violentes qui se sont déroulées et se déroulent encore dans plusieurs pays relèvent cependant de la manipulation et montrent à quels extrêmes peut pousser le fanatisme religieux. Ce fanatisme doit être combattu et clairement rejeté par tous, à commencer par les musulmans qui aspirent à " la modernisation de l'Islam ". Quand pourra-t on dire dans un pays à majorité musulmane, sans craindre pour sa vie qu'on ne croit pas en Dieu et quand les femmes jouiront elles des mêmes droits et libertés que les hommes ? Quand l'égalité de l'homme et de la femme sera-t-elle pleinement respectée, en France même, dans l'ensemble de la communauté musulmane ? Par ailleurs, ne faut il pas aussi que l'Europe s'emploie résolument, fussent contre les positions d'Israël et des Etats-Unis, à mettre fin au régime du deux poids deux mesures qui alimente frustrations et colère depuis trop d'années.

Les diplomates européens sont partis en campagne pour essayer d'éteindre l'incendie. Ce n'est pas en discutant du projet de résolution à l'Assemblée générale de l'ONU déposé par 57 pays musulmans " contre la diffamation des religions " ou d'une résolution du Conseil de sécurité dans le même sens qu'ils y parviendront. De telles résolutions sont inacceptables.
L'Union rationaliste a attiré à maintes reprises l'attention sur la réintroduction progressive du délit de blasphème dans nos sociétés et plus généralement sur des mesures, y compris des lois, restreignant de facto la liberté d'expression. Les controverses en cours servent de prétexte, en France même, pour relancer l'offensive.

L'Eglise catholique, qui avait du reculer sur bien des dictats (mais pas sur le droit à l'avortement et à la contraception) a déjà obtenu l'interdiction d'une affiche publicitaire. Les plaintes en cours contre les caricatures s'appuieront sur cette jurisprudence. Le MRAP, de son côté, choisit d'attaquer pour racisme : Pourtant, l'islam n'est pas une race et être contre l'islam n'est pas du racisme. Les juifs qu'Hitler a fait disparaître étaient souvent des convertis au christianisme, des athées, des communistes etc. Ce n'est pas leur croyance qu'Hitler visait, mais leur " sang ". Les esclaves noirs étaient souvent plus chrétiens que leurs maîtres. La confusion des esprits ouvre la porte à tous les amalgames, à toutes les dérives. Tel article peut être attaqué pour antisémitisme alors qu'il s'agît d'une critique de la politique d'Israël. Sur la lancée des lois précédentes, on parle maintenant d'une loi contre l'islamo phobie. A quand une loi interdisant le " Politiquement incorrect " ?

La laïcité est une garantie majeure pour la liberté d'expression. Elle est de moins en moins bien respectée et les dignitaires de toutes les religions confondues tiennent une place croissante à côté des autorités de la République. L'introduction du " fait religieux " en tant que tel dans l'enseignement, bientôt réalité, permettra t il de former les nouvelles générations dans le " respect " des valeurs qu'il véhicule, plus que dans celui de la liberté de critique ?

Museler les citoyens n'est pas le moyen de développer l'esprit de responsabilité nécessaire à la vie en société. Il est urgent de conjuguer les efforts pour défendre la liberté d'expression.

Le 15 février 2006
La présidente de l'Union rationaliste
Hélène Langevin-Joliot



Union Rationaliste
Assemblée Générale du 18 mars 2006

BULLETIN INTÉRIEUR

La situation et nos objectifs

Introduction
Les objectifs généraux de l'Union Rationaliste définis dans l'article 2 de nos statuts restent plus que jamais d'actualité : défense du rationalisme, lutte pour la laïcité, la liberté d'expression, l'étude rationnelle des problèmes idéologiques de la société et de son évolution, contre toutes les formes d'irrationalismes.
Un lien particulièrement étroit existe aujourd'hui entre ces différents objectifs. Ainsi, la défense de la laïcité dans l'opinion française s'effectue dans un contexte de réflexions sur le rôle de la science et d'interrogations sur les conséquences des avancées scientifiques et techniques. La conception schématique d'un progrès de la société résultant automatiquement du progrès scientifique a été mise à mal par les désastres du siècle passé et les annonces portant sur le futur proche : changement climatique, pénuries d'énergie, problèmes de santé, retraites etc. Beaucoup n'ont pas tardé à en attribuer les causes à l'apport des Lumières, au rôle de la raison et de la science, n'hésitant pas à mettre en cause la notion même de progrès.
L'Union Rationaliste n'est pas une organisation politique, mais elle s'élève contre les choix irrationnels qui bafouent l'intérêt général et mettent en jeu l'avenir des générations futures. Elle oeuvrera modestement mais résolument pour que les débats démocratiques sur les grands choix scientifiques et technologiques soient abordés dans le cadre d'une analyse rationnelle partagée. C'est un enjeu vital pour répondre aux questions auxquelles l'humanité est confrontée.

La lutte contre l'emprise des fausses sciences
Il s'en faut de beaucoup que la croyance dans les pseudo-sciences tende à s'effacer naturellement avec le développement de l'enseignement et la multiplications des moyens d'accès à l'information scientifique. La rapidité des progrès scientifiques et la complexité de certaines découvertes ou modes d'approche rendent souvent très difficiles ce que l'on appelait autrefois la vulgarisation scientifique car la logique à laquelle il faut faire appel est parfois très différente de la logique traditionnelle (la physique quantique par exemple). La confusion entre sciences et prétendues sciences, ou prétendues nouvelles sciences, peut ainsi facilement naître dans les esprits.
L'Union Rationaliste développera en liaison avec l'AFIS des initiatives pour mieux faire comprendre que les pseudo-sciences se différencient fondamentalement de la science bien qu'elles s'efforcent souvent d'en emprunter le vocabulaire. Nous devrions être plus attentifs et réagir, en particulier sur notre site internet et à la radio, à la publication de livres ou d'articles qui prétendent de façon abusive se placer sur le terrain de la science. Nous voulons aussi nous saisir de la possibilité de répondre, en collaboration avec l'AFIS, à l'appel d'offre 2006 " Science à l'Ecole " autour d'exemples choisis pour illustrer la différence de nature entre science et pseudo-science.
La théorie du " Dess(e)in intelligent " (Intelligent Design), avatar récent du créationnisme et de l'anti-darwinisme, fait l'objet d'une promotion intense par les mouvements évangélistes aux Etats-Unis. Son apparition en France, notamment à travers de récentes initiatives (Emission d'ARTE, organisation de colloques par le soi-disant Institut Universitaire de Paris) exige que nous continuions à réagir fermement (nous l'avons fait sur notre site internet) tout en évitant de nous faire piéger par l'organisation de débats " contradictoires " donnant à cette théorie le statut d'alternative scientifique possible.

Des initiatives de l'UR vers l'enseignement secondaire.
La science est aujourd'hui encore, pour l'essentiel, un domaine extérieur à la culture générale, y compris celle des " élites ". Cette situation contribue à un irrationalisme diffus. Des initiatives d'accompagnement des programmes d'enseignement dans les collège et lycées pourraient permettre de remédier à cette situation dangereuse. Des projets pluridisciplinaires peuvent contribuer au " désenclavement " des sciences dès qu'ils tendent à inclure l'ensemble des disciplines scientifiques et non scientfiques. Suite aux réflexions d'un groupe de travail de l'UR (associant des professeurs non adhérents) nous avions transmis au groupe de pilotage de l'opération " Sciences à l'école " du ministère de l'Éducation nationale un projet de contribution de l'UR autour du thème " La science et l'évolution de la société ". Nous comptons poursuivre sur ce thème qui permet de privilégier l'esprit et les méthodes de la science et de replacer celle-ci dans l'histoire et l'actualité. Nos propositions répondent à des préoccupations de la rédaction de la revue " Textes et Documents pour la Classe " destinée principalement aux professeurs de collèges et lycées, ouvrant la porte à un travail en collaboration. Des interventions dans les IUFM dans le cadre de journées d'étude sont un objectif important.


L'UR et l'information scientifique
Les rationalistes n'ont pas ou peu la possibilité de s'exprimer dans les sources d'information du grand public. Nos moyens propres (émissions radio mensuelles, Cahiers Rationalistes, Raison Présente, site Internet, conférences, colloque annuel) ne peuvent atteindre qu'un public limité. L'utilisation du site Internet de l'UR devrait être fortement développée. Une réaction appropriée à propos d'une information récente est l'occasion de démonter les mécanismes de propagation de l'irrationnel. Nous appelons nos adhérents à nous fournir des textes assez courts pour passer sur le site ou des dossiers complets.
Le site ne peut suffire pour réagir aux informations erronées ou biaisées. Malgré les difficultés, nous devrions faire preuve d'initiative et de persévérance pour faire paraître dans les journaux nationaux, mais aussi régionaux et locaux, des réactions et commentaires qualifiés. Nous devrions aussi chercher plus activement à être présents dans des émissions radio ou même à la télévision.
C'est un appel aux scientifiques conscients de leurs responsabilités et de l'importance du débat démocratique pour qu'ils nous rejoignent plus nombreux et aux journalistes qui s'intéressent aux questions scientifiques, particulièrement bien placés pour se rendre compte des insuffisances criantes du traitement de ces problèmes dans les média. L'Union Rationaliste souhaiterait initier un "observatoire " informel avec leur participation et rassembler suffisamment d'informations sur le traitement des questions scientifiques pour pouvoir en débattre collectivement dans un délai à fixer.

La liberté de la recherche :
Les réformes en cours en France et en Europe ont pour caractéristique d'orienter la recherche vers des objectifs précis, à atteindre dans un délai fixé. Dans les faits cela revient à minorer l'importance de la recherche fondamentale qui ne peut se fixer d'objectifs à court terme. Or les progrès viennent d'abord de la recherche fondamentale.
Dans certains domaines, cette recherche est en outre bridée par des conceptions qui n'ont rien de scientifique ou de rationnel. L'éthique est nécessaire, mais la procédure de désignation des membres des comités d'éthique, où figurent par ailleurs des représnetants des " grandes " confessions, semble ne dépendre que du gouvernement. L'Union Rationaliste a consacré à cela un colloque en 2003. Les problèmes que rencontrent les biologistes pour travailler sur les cellules-souche montrent que ce combat n'a rien perdu de son actualité.
Dans d'autres domaines on voit poindre la tentation d'imposer à la recherche et à l'enseignement des vérités officielles, sous peine de sanctions prévues par la loi. L'UR se félicite de s'être associée dès le départ aux protestations d'historiens contre l'article de la loi du 23 février 2005 sur " le rôle positif " de la colonisation française. Elle les a immédiatement relayées sur son site internet et a demandé à l'un des initiateurs de la protestation, notre ami Claude Liauzu, un article paru dans les Cahiers Rationalistes n° 577. La protestation s'est depuis amplifiée. La réflexion sur la nature de la colonisation a rejoint celui de la liberté des chercheurs et des enseignants et de sa compatibilité ou non-compatibilité avec des dispositions législatives interdisant la propagande et les injures racistes. C'est un domaine où nous ne devons pas rester inactif et où nos revues auraient un grand rôle à jouer.

La défense de la laïcité
La défense de la laïcité a été une des priorités de l'année 2005. Elle le restera en 2006 car nous devons faire face à une attitude très offensive des organisations religieuses (protestantes, catholiques, musulmanes et même sikhes), souvent relayées par les partis de droite. Les organisations de la gauche traditionnelle (partis politiques, syndicats, organisations de parents d'élèves etc.) ne semblent pas mesurer le danger. La loi sur le voile a incontestablement amélioré la situation dans l'enseignement secondaire. Elle ne ralentit pas la progression d'un islam agressif dont souffrent les filles et les femmes et qui veut imposer sa présence dans l'école (contestation des cours d'histoire des religions, demande de nourriture halal dans les cantines, dispenses de sport pour les filles etc.).
On peut comprendre que les religions nouvelles ou nouvellement visibles en France réclament la possibilité d'avoir des lieux de culte décents. L'UR n'est pas hostile à ce que des mesures juridiques leur facilitent l'achat de terrains et la construction d'édifices pas nécessairement gigantesques. La demande de lieux de culte pour les musulmans, au nom de l'égalité avec les autres religions, sert en fait de prétexte à une attaque en règle contre la loi de 1905 de séparation de l'Église et de l'État. Notre gouvernement ne manque pas une occasion de montrer son respect à l'Église. N. Sarkozy voudrait étendre à l'islam les avantages dont les religions implantées en métropole avant 1905 bénéficient encore. Les Églises militent ouvertement pour que le très particulier statut de l'Alsace-Moselle devienne le modèle d'une future laïcité française qui n'aurait plus de laïcité que le nom. Le projet de " socle commun des connaissances " souhaite rendre obligatoire une connaissance minimale de la Bible, ce qui en dit long sur la conception gouvernementale d'une France aux racines judéo-chrétiennes qui n'aurait connu ni le mouvement des Lumières, ni le développement du culte musulman.
A l'échelle de l'Europe, l'offensive antilaïque est plus virulente encore. Le débat sur l'inscription de l'héritage chrétien de l'Europe dans le projet avorté de constitution européenne, celui sur l'entrée de la Turquie dans l'Europe, la signature accélérée de concordats, le financement partiel par l'Europe des Journées Mondiales de la Jeunesse <catholique> à Francfort, avec venue du pape, ont montré la volonté du Vatican et des dirigeants de beaucoup de pays européens de maintenir l'emprise de l'Église catholique sur l'Europe et de faire financer par l'ensemble des contribuables européens les activités d'une religion pratiquée, en fait, par une minorité de ceux-ci. Cinq des quinze membres du très officiel Groupe Européen d'Éthique sont des activistes de la droite catholique : ils auront à donner leur avis sur les projets de recherche que financera la Commission Européenne.
Il en est plus ou moins ainsi à l'échelle de chaque pays européen, en Grande-Bretagne (en particulier en ce qui concerne l'Islam), en Allemagne (avec la victoire électorale de la CDU et de la CSU), en Pologne, en Slovaquie, en Italie etc. En Espagne, les tentatives du gouvernement Zapatero de libérer l'enseignement de la tutelle de l'Église catholique se heurtent à des obstacles considérables.
L'aggressivité des Églises a au moins le mérite de commencer à réveiller les laïques. Ceux-ci commencent à réagir, en France et dans certains pays européens (Belgique, Espagne). En France, si aucune initiative n'a pu rassembler toutes les organisations attachées à la laïcité, l'Union Rationaliste apprécie que la possibilité d'actions convergentes ou communes sorte renforcée des initiatives prises par les uns et les autres : entre la " défense et la promotion de la loi de 1905 ", mot d'ordre général de la manifestation à l'initiative du Comité National de Liaison de l'Appel aux Laïques, de la Libre Pensée et des organisations maçonniques, et l'appel " Pour une laïcité à l'échelle du Monde au vingt et unième siècle " du colloque organisé le même jour par les syndicats d'enseignants, les Éclaireuses et Éclaireurs de France, la MGEN, la Ligue de l'Enseignement et la FHE, il y plus de convergences que de désaccords. Nous avons donc participé avec nos faibles forces à ces deux évènements. Nous l'avons fait sur nos mots d'ordre et avec nos formulations, Nous continuerons à demander que l'on concentre les efforts sur les points les plus scandaleux et ceux d'actualité : le maintien d'une situation quasi-concordataire en Alsace-Moselle qui tend de surcroît à servir de modèle pour mettre en place la formation des imams aux frais de l'état ; la construction d'édifices religieux aux frais du contribuable ; le non-respect par certains établissements scolaires conventionnés, catholiques et juifs, de leurs obligations; les subventions déguisées aux manifestations religieuses etc. Il faut en particulier se battre pour que les décrets d'application de la loi Fillon soient rédigés de façon telle que, contrairement à ce qui se fait déjà dans quelques établissements, l'enseignement du fait religieux soit un enseignement d'histoire et que ces cours ne deviennent pas l'exposé des divers catéchismes, sans aucune distance critique et sans rappel des faits historiques. Il ne faut surtout pas qu'ils soient confiés à des religieux venant exposer leur doctrine dans les classes sans possibilité de discussion.
Nous n'entrerons pas dans le piège de la division des forces laïques et nous refusons la violence proprement scandaleuse de certaines polémiques. Elles sont contraires à l'ouverture au débat et à la largeur d'idées qui inspirent l'idéal laïque. Elles affaiblissent considérablement le combat pour le maintien de la laïcité en France.
A l'échelle de l'Europe, nous nous associons à certains combats de la Fédération Humaniste Européenne (FHE), dont nous sommes membres. Certains adhérents de l'UR sont choqués par le fait que la FHE demande l'égalité de traitement des organisations " humanistes " (laïques), y compris pour obtenir des subventions, avec les organisations religieuses. Il s'agit d'une postion pragmatique, partagée par beaucoup de laïques européens qui ne voient que cette solution pour contrebalancer la domination des Églises dans les institutions européennes et tenir compte de la reconnaissance de fait (et financière aussi) des institutions religieuses par la Commission Européenne. Le travail de la FHE à Bruxelles est utile car il permet d'éviter certains mauvais coups et en tout cas de les dénoncer et œuvrer pour obtenir de la Commission Européenne une autre attitude. Nous sommes donc partie prenante de la FHE pour participer à ce combat tout en expliquant nos positions à nos alliés potentiels qui ne les comprennent pas toujours. C'est dans cet esprit que M. Petit nous a représentés le 6 juin 2005 au Congrès de Berlin de la FHE.
Bien que n'adhérant pas à l'International Humanistic and Ethic Union (IHEU), l'UR a participé en tant que telle aux manifestations organisées par l'IHEU lors de son congrès tenu à Paris en juillet 2005 à l'occasion du centenaire de la loi de 1905. Les impressions sont partagées. Il ne semble plus que la question de l'adhésion soit vraiment à l'ordre du jour. L'AG pourra éclairer le bureau et le CA sur ce point aussi.


Le 12 janvier 2006.
Le bureau de l'UR

JC. Darmon. Toutes suggestions pour le prix 2006 sont les bienvenues (avec une note d'explication de quelques lignes).

L'activité du siège :
Bernadette Augrand a, outre les fonctions prenantes de secrétariat et d'accueil, la charge de la mise en pages des Cahiers Rationalistes et de Raison Présente. Les délais de parution sont dans l'ensemble tenus, sauf pour Raison Présente, pour les raisons signalées plus haut. Nous savons que Bernadette est un des éléments-clé de la présence de l'UR : elle en assure la permanence au jour le jour
La bibliothèque, une première fois mise en ordre par G. Bruit, a été entièrement inventoriée par G. Jobert. On cherche un volontaire pour la maintenir en ordre.
Notre local est surchargé de publications anciennes, en particulier de très anciens numéros de Raison Présente. Une partie des publications anciennes sera utilisée comme l'an dernier pour notre participation à la semaine de la presse à l'école (à distribuer aux Centres de Documentation et d'Information (CDI) qui en feront la demande). Mais il faudra que nous nous attellions tous au nettoyage du local en le débarrassant, d'une façon ou d'une autre, des publications qui l'encombrent inutilement. Là aussi appel aux volontaires.
Beaucoup de nos adhérents parisiens participent au travail matériel de bureau (informatique, mises sous enveloppes etc.), mais il faudrait que leur nombre augmente.


Le 12 janvier 2006
Le bureau de l'Union Rationaliste


Renouvellement partiel du Conseil d'Administration

L'Assemblée Générale du 18 mars aura à (ré)élire 4 membres du CA avec mandat régulier de 3 ans et un avec mandat de 2 ans. Le CA décide que le candidat élu avec le moins de voix sera considéré comme élu pour deux ans seulement, sauf si l'un des autres candidats élus désire que son mandat dure deux ans seulement.

IMPORTANT : Les candidatures accompagnées d'un bref texte de présentation doivent parvenir au siège de l'UR avant le 18 février 2005.

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Des banlieues et du communautarisme

Après les émeutes qui ont secoué le mois dernier certains quartiers de banlieue, on a entendu des voix s'élever pour mettre en cause le modèle français d'intégration républicaine dont la laïcité est une des pièces maîtresses. Le système communautariste britannique a parfois été présenté comme une alternative moderne et réaliste. Il assure effectivement une très grande visibilité aux groupes ethniques et religieux et, concentrant topographiquement les minorités, leur assure automatiquement une représentation électorale. L'offensive a tourné court parce que peu de temps auparavant, en octobre, immigrants d'origine pakistanaise et immigrants d'origine antillaise s'affrontaient dans les rues de Birmingham. A la mi-décembre, c'étaient les Australiens " blancs " qui faisaient la chasse aux " Arabes " sur les plages de Sydney. Ces affrontements sont fréquents partout où les citoyens sont organisés ou simplement concentrés en communautés ethniques ou religieuses. Nous les avons connus cette année à Perpignan.

Suite:
L'Inde " séculière " est allée très loin dans la voie du communautarisme. En ce qui concerne le mariage, le statut de la femme, l'héritage, chaque communauté s'administre selon ses lois. Les rares fois où un litige est porté devant les tribunaux de l'Etat, ceux-ci jugent en fonction des us et coutumes de la dite communauté. Les respect des coutumes des communautés est à ce point la règle que l'abattage des vaches, animal sacré pour les Hindous, est proscrit par la Constitution. Le statut traditionnel de la femme musulmane est lui aussi inscrit dans la Constitution, ce qui met les femmes musulmanes mariées à un musulman indien ou étranger sous la menace du divorce traditionnel musulman : il suffit au mari de dire trois fois " talak " pour répudier sa femme et ne lui accorder aucune pension alimentaire. Le cas est très fréquent et les tribunaux n'y peuvent rien.
La coexistence entre communautés suppose le " respect " mutuel, expression très à la mode chez nos jeunes gens. L'Inde fédérale a laissé aux tribunaux des Etats qui composent l'Union Indienne le soin de juger des litiges. C'est ainsi que la Cour Suprême de l'Etat de Chhattisgarh vient d'interdire la vente des œufs sur les marchés après une plainte d'Hindous végétaliens que la vue de ces œufs, souvent consommés en public, choquait. La Cour Suprême de l'Etat du Gujarat vient d'interdire l'abattage des bœufs, des taureaux et des buffles, toujours à la demande d'Hindous traditionnalistes.
Si encore cela assurait la paix civile ! Les pogroms antimusulmans, appuyés dit-on par le gouvernement hindou fondamentaliste du Gujarat, y ont fait 2.000 morts en 2002. Le communautarisme n'a pas empêché les ratonnades. Il a même renforcé les extrêmistes religieux.
Nicolas Sarkozy nous propose un modèle très proche. Restons-en plutôt à la loi de 1905, elle a fait ses preuves. Elle assure la liberté de l'individu et l'égalité des sexes. Sur ces deux plans, même en France républicaine, il y a encore beaucoup à faire. Ou alors acceptons d'interdire le divorce, les interruptions volontaires de grossesse et la recherche sur les cellules souches pour céder aux vœux de la hiérarchie catholique, la vente de porc pour ne pas choquer musulmans et juifs, et les mariages dits mixtes pour ne pas déplaire aux racistes.

Le bureau de l'UR


Défendons la laïcité
à Paris le 10 décembre 2005, ailleurs, tous les jours


Nicolas Sarkozy ne fait pas mystère de ses intentions : il veut modifier la loi de séparation des Églises et de l'État pour permettre aux musulmans de construire des mosquées, mieux contrôler les imams et demander aux institutions religieuses musulmanes de contribuer à la paix sociale. Il est persuadé qu'encadrés par des imams bien de chez nous, les fils de musulmans qui composent aujourd'hui une grande partie de la jeunesse dite des quartiers, qui ne savent plus guère ce qu'est l'islam et le pratiquent fort peu, redeviendraient sages comme des images (saintes).

Suite:
Les Églises protestantes de France, jadis très actives dans la défense de la loi de 1905, demandent aujourd'hui sa modification, pour permettre aux musulmans pauvres de construire des mosquées et surtout permettre aux protestants évangélistes d'origine africaine de ne plus célébrer la messe dans des sous-sols. Les catholiques, dont les églises sont vides, ne demandent rien de tel et voudraient passer aujourd'hui pour les meilleurs défenseurs de la loi de 1905. Mais tous, protestants, catholiques, musulmans et juifs suggèrent qu'il serait bon d'étendre à la France entière l'exception d'Alsace-Moselle où l'État rémunère les ministres du culte et l'enseignement des divers catéchismes.

Toutes ces Églises se disent universelles et solidaires de leurs frères catholiques, protestants, musulmans, juifs partout dans le monde. Eh bien, voyons ce qui se passe dans les pays où ces Églises sont liées à l'État ou seulement très puissantes. En Espagne, l'Église catholique organise des manifestations pour protester non contre la suppression de l'enseignement du catéchisme catholique dans les écoles, mais contre une loi qui le rendrait facultatif sur demande expresse des parents (comme aujourd'hui en Alsace-Moselle). En Italie, au nom de la lutte contre l'avortement, l'Église catholique manœuvre contre la mise en vente du RU 486 ou pilule du lendemain et tente de revenir sur les très timides dispositions de la loi italienne permettant l'interruption volontaire de grossesse. En Pologne, au Portugal, en Irlande, la même Église catholique impose des restrictions à l'avortement si fortes qu'elles reviennent à l'interdire. La Commission Européenne, qui a eu bien du mal à se débarrasser de Rocco Buttiglione, n'a pas hésité à financer avec l'argent des athées, des juifs et des protestants le voyage du pape Benoît XVI à Francfort pour les Journées Mondiales de la Jeunesse.

Aux USA, les Églises évangélistes protestantes sont à la pointe du combat contre l'avortement et de la lutte contre le darwinisme. Ce sont elles qui inspirent à G.W. Bush ses diatribes contre l'axe du mal. Les extrêmistes religieux israeliens lapident les voitures qui circulent le samedi et proclament que la Judée et la Samarie (que nous appelons la Palestine cisjordanienne) sont leurs parce que jadis données par Dieu.
Dans presque tous les pays où l'islam est majoritaire, la liberté d'expression n'existe pas, la censure interdit la traduction de la plupart des livres étrangers, les droits de l'homme sont foulés aux pieds, la polygamie est légale, les femmes sont voilées, traitées comme des sous-hommes (leur témoignage vaut la moitié de celui d'un homme), privées d'éducation, parfois de vaccinations et de soins. Dernier exemple en date : le divorce par SMS : au Pakistan et en Inde un mari peut désormais divorcer en envoyant simplement à son épouse, par SMS, le message suivant " talak, talak, talak ". Et il n'est pas tenu de lui accorder une pension alimentaire même si elle a charge d'enfants. Aucun ouléma, dans aucun pays du monde, même en France, n'a jamais condamné ces pratiques. Au mieux s'est-il contenté de dire qu'elles ne valaient pas en France puisque la France n'était pas un pays à majorité musulmane. Qu'en serait-il si, comme dans l'Inde " séculaire " ou comme il a failli se faire dans l'Ontario, la loi y permettait aux musulmans de vivre selon leur propre code de lois musulmanes et laissait l'interprétation de celles-ci à des tribunaux religieux, nécessairement favorables à l'imposition de la divine charia ?
Quant à la religion comme facteur de paix sociale, regardons autour de nous. Massacres de musulmans sunnites par les musulmans chiites en Irak, et vice-versa. Massacre de chiites par les sunnites au Pakistan. Massacres de chrétiens par les musulmans dans les Moluques (Indonésie). Massacres de bouddhistes srilankais par des hindous srilankais et vice-versa. Massacres de musulmans par les hindous au Gujarat, répondant à des siècles de massacres d'hindous par les musulmans. Cela vous paraît loin ? Souvenez-vous du rôle que viennent de jouer et jouent encore les divisions religieuses dans les Balkans, au Liban, et de l'appui que le catholicisme a donné au franquisme.

Et l'on voudrait que la République Française subventionne ces cultes, les aide pour certains à survivre, pour d'autres à se développer ? Gardons l'argent des contribuables français pour l'école publique, pour lui donner les moyens de faire reculer l'analphabétisme, d'enseigner la vérité scientifique et historique et d'apprendre aux enfants que leur voisin, même s'il ne parle pas la même langue, même s'il ne croit pas en Dieu, même s'il se rase la barbe ou se la laisse pousser, est semblable à eux et doit pouvoir jouir des mêmes droits. Défendons l'école publique et la laïcité pour que les femmes puissent se promener seules, sans voile si elles le veulent, se marier avec qui elles le désirent ou ne pas se marier, choisir d'avoir ou ne pas avoir des enfants, voir seules un médecin homme ou femme, accéder à tous les métiers et à tous les droits sociaux et politiques.

C'est dans cet esprit que nous participerons au colloque sur la laïcité organisé à Paris le 10 décembre par de multiples organisations, associations et syndicats. C'est dans cet esprit que nous appelons tous nos adhérents, amis et sympathisants, tous les hommes de bonne volonté à être présents à Paris, le 10 décembre 2005, Place de la République, à 14 heures 30, pour défendre la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, la laïcité de l'école, et plus généralement demander que partout dans le monde les hommes et les femmes puissent vivre sans être soumis, s'ils le désirent, aux diktats d'une religion imposée. Pendant deux siècles, les laïques Français se sont battus pour obtenir d'abord les lois sur l'école laïque, puis la loi de 1905. Ne laissons pas perdre cet héritage. C'est un héritage de paix et de progrès.

Paris, le 27 novembre 2005
Le bureau de l'Union Rationaliste


Ce réchauffement qui fait trembler

Consultez sur ce même sujet: "Effet de serre et développement durable" par Michel Petit,

L'éditorial du 2 juin 2005

Lorsque le 18 mars 2005 l'Union Rationaliste consacra son colloque annuel au changement climatique, peu de Français avaient conscience du phénomène. Six mois plus tard, il n'est plus de jour sans que la presse en parle. On lui prête même des effets immédiats : baisse du niveau des nappes phréatiques, ouragans du Golfe du Mexique, été indien etc. Après tout, mieux vaut qu'on en parle, et qu'on en parle dans le monde entier car le phénomène affectera l'ensemble de la population humaine.
Deux évènements non liés permettent de réfléchir au-delà des scénarios catastrophes des films hollywoodiens : l'ouragan Katrina et la hausse du prix de l'essence. On ne sait si la force exceptionnelle de Katrina doit ou non être attribuée au réchauffement climatique général. Elle dépend en tout cas d'un léger réchauffement des eaux océaniques et montre qu'une hausse apparemment minime de température moyenne peut provoquer des catastrophes locales. Quant à la hausse du prix de l'essence, elle a permis de tester l'un des moyens préconisés pour réduire les émissions de gaz carbonique : la réduction de consommation des véhicules à moteur à essence ou diesel.
La hausse du prix de l'essence a eu pour conséquence immédiate, aux USA, une chute de la vente des véhicules les plus gourmands, les 4 x 4. Et le résultat est une fermeture d'usine à Bordeaux : elle fabriquait des boîtes de vitesse pour ces mêmes 4 x 4. En France la hausse du prix de l'essence et du mazout va frapper les ménages les plus pauvres, obligés de se loger loin du centre des villes.
Par ailleurs la désertification annoncée de certaines régions (le bassin méditerranéen en particulier), s'ajoutant à une pression démographique qui ne diminue pas et accentue les besoins en eau, est annonciatrice de migrations. Les barrières qui séparent le Mexique des USA ou qui entourent Ceuta et Melilla, pour ne pas parler d'Israel, ne suffiront plus à garantir le bien-être des populations bien pourvues en terres et en eau.
Le protocole de Kyoto, dont l'application effective paraît si difficile, permettra peut-être de tester les mesures économiques permettant de ralentir le phénomène, mais il ne supprimera pas ses conséquences. Or ni les populations, ni les politiques, et encore moins les économistes, ne semblent les envisager. Le monde se désespère dès que, pendant trois mois, la production de voitures automobiles diminue. On privilégie le transport par camions sur les routes au dépens des transports de matériaux par eau ou voies ferrées. L'Organisation Mondiale du Commerce se comporte comme si le coût des transports maritimes et aériens n'allait pas considérablement augmenter, au point peut-être de remettre en cause les actuelles délocalisations. Les constructeurs d'avion parient sur le développement des voyages touristiques. Aucune mesure n'est prise pour diminuer la distance entre logements et lieux de travail, ni pour construire des habitations peu chères à chauffer et à rafraîchir.
Une attitude rationnelle face au changement climatique consiste à analyser la situation actuelle, en France et dans le monde, et à rechercher des solutions valables à long terme, en s'appuyant sur le résultat des recherches scientifiques et techniques. Elle consiste aussi à engager dès que possible les évolutions inéluctables de nos modes de vie, de production et d'aménagement du territoire.
On peut se demander si une organisation économique qui repose sur des résultats financiers à trois mois est compatible avec des mesures à long terme, reposant sur des prévisions encore imprécises, qui dans l'immédiat pénalisent ceux qui les appliquent par rapport à ceux qui ne les appliquent pas. On peut aussi se demander si une population humaine est capable d'accepter des bouleversements de son mode de vie pour assurer une vie plus supportable à ses petits enfants. On doit enfin se demander qui commencera : pourquoi les Français le feraient-ils si les Chinois et les Américains s'en dispensent ? Et pourtant, il faudra bien que quelqu'un commence et le temps presse !
L'humanité sait prendre des mesures à long terme. Ceux qui plantent des forêts souvent n'en profitent pas eux-mêmes. Combien de parents se sont sacrifiés pour que leurs enfants connaissent une vie meilleure ? Les Résistants savaient qu'ils avaient peu de chance de fêter la Victoire. Il est clair néanmoins qu'il faudra aller plus loin car il ne s'agit pas de convaincre des individus. Il s'agit de convaincre la population mondiale toute entière des risques encourus et de la nécessité d'agir, y compris les illettrés, y compris les plus riches, y compris aussi ceux qui meurent de faim. Pourquoi serait-ce impossible ? Même si c'était impossible, il faut au moins essayer. C'est ce que nous ferons pour notre très modeste part.

Novembre 2005
Le bureau de l'UR.




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