





L'édito de l'Union
Crise climatique et crise démocratique - Le déni des faits
18/11/2025
La COP30 de l’ONU sur le changement climatique s’ouvre à Belém au Brésil. Les enjeux de cette grand-messe sont nombreux, mais l’ambition ne semble pas au rendez-vous. L’argent sera-t-il au niveau adéquat pour compenser les désastres du réchauffement dans les pays les plus pauvres, tels ceux d’Afrique ou d’Océanie, qui paient le prix le plus élevé pour le CO2 émis sans modération par les pays les plus riches ? On peut en douter, d’autant plus que Donald Trump a choisi de ne pas faire participer son pays à la COP, justifiant ce retrait par des arguments d’une grande perversité qui s’apparentent au déni des faits.
Les leviers mis en œuvre aux États–Unis pour faire reculer l’action climatique sont nombreux. Ils relèvent d’une stratégie à la fois économique et idéologique, allant du retrait des engagements internationaux à l’abrogation massive des normes de régulation, sans omettre le retrait de financements pour la justice climatique et la transition, le tout accompagné de tentatives de “policer” le langage des agences américaines (des mots comme “pollution”, “réchauffement”, “réchauffement global” ou “énergies propres” ont été bannis) afin de minimiser la notion de menace. L’administration remet en question la “science dominante” en la qualifiant parfois de “groupéisme”, “alarmisme”. Le rapport du DOE (Department of Energy) affirme que le consensus scientifique est biaisé, politisé, que la communauté scientifique dominante ignore les incertitudes ; il utilise des données contestées par les climatologues sur la banquise, les incendies, etc. Bref, nous assistons à un dévoiement massif des bonnes pratiques scientifiques pour les retourner contre la science, tout comme la liberté de parole est retournée contre la démocratie.
En France aussi l’action des pouvoirs publics sur le climat est en recul, malgré des déclarations volontaristes pour atteindre les objectifs de la COP de Paris. Et le climato-scepticisme règne : 10 % de nos concitoyens ne croient pas au changement climatique, 23 % le pensent possible mais nient son origine anthropocène. Et ceci malgré l’évidence des faits démontrés scientifiquement par les travaux du GIEC, par l’accélération des catastrophes naturelles et par les températures records enregistrées ces trois dernières années. On préfère ne pas croire ce que pourtant l’on sait !
Pourquoi le changement climatique est-il un terrain si fertile pour la désinformation ? La science du climat est intrinsèquement abstraite, complexe, une perturbation dont les effets graves à moyen et long terme ne sont pas immédiatement tangibles. Aux États-Unis, la politique climatique est souvent présentée par les médias de droite comme une ingérence de l’élite contre le peuple. En France, le discours anti-écologique tourne généralement autour des thèmes du contrôle, des taxes et de la punition, mal perçus en particulier par les couches sociales les plus défavorisées. Les réactions des citoyens répondent à un sentiment d’identité et d’injustice. Au temps de l’IA, les réseaux sociaux permettent à n’importe quel récit de circuler largement sans contrepoids. Des acteurs opportunistes profitent de cet environnement de défiance pour semer le scepticisme et diffuser de fausses informations, s’inspirant et prenant la suite des opérations commanditées avec succès par des producteurs d’énergie fossile hors de tout respect de l’avenir de leurs enfants. Ils maîtrisent l’art d’imiter l’« expertise » ou de la discréditer, et font largement jouer en ligne des bots destinés à fabriquer un faux consensus qui n’est pas celui des scientifiques. La désinformation climatique est devenue une arme utilisée par divers acteurs pour faire avancer leurs objectifs stratégiques et retarder la transition mondiale nécessaire et urgente vers les énergies propres.
La diffusion délibérée de fausses informations sur le climat a réussi à saboter la perception qu’a le public de la réalité de cette menace, affaiblissant notre capacité à réagir. Les forces qui agissent derrière le déni climatique participent ainsi à saper les fondements de la démocratie. Les faits fondamentaux sur lesquels reposent notre monde et nos existences ne sont plus acquis. Ils sont même désormais vivement contestés. La désinformation est devenue une attaque systématique contre les institutions et les normes-mêmes qui sous-tendent la possibilité de « faire société ». Cette érosion d’une base commune de vérité est à l’origine de l’impasse démocratique qui percute brutalement la crise climatique. Et l’on sait que les politiques de « post-vérité », manipulées par l’extrême droite, favorisent dangereusement l’essor de l’autoritarisme.
Pour relever le défi, il faudra non seulement des politiques climatiques robustes appuyées sur un effort international, mais aussi une prise de conscience collective des manipulations de l’information par la tromperie délibérée. Comme nous en a avertis Hannah Arendt :
« Le résultat d’une substitution cohérente et totale de mensonges à la vérité de fait n’est pas que les mensonges seront maintenant acceptés comme vérité, ni que la vérité sera diffamée comme mensonge, mais que le sens par lequel nous nous orientons dans le monde réel se trouve détruit. »
Michèle Leduc et François Bouchet, avec le bureau de l’UR

Rencontre Sciences et culture #23
Mercredi 20 mai 2026- Invitée de notre conférence débat, Monique PINÇON-CHARLOT pour présenter son ouvrage :Les riches contre la planète, Violence oligarchique et chaos climatique
– Monique Pinçon-Charlot est une sociologue française, ancienne

Entretien de Sylvestre Huet avec François Bouchet : sciences, raison et démocratie
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Ce fut un matérialiste, lecteur de Renan, Taine, Le Dantec et aussi de Montaigne, mais il se déclara toujours comme un piètre penseur, ce qui peut surprendre de la part d’un écrivain qui, dans ses romans, a semblé défendre des thèses. De formation, il est chartiste, passionné par la documentation, aimant la précision : son style, fluide et charpenté s’adapte à ce goût pour l’objectivité et, dans son Journal, a priori écrit intime, on retrouve ce besoin de clarté, comme s’il écrivait pour un lecteur qui n’est autre que lui-même.
Roger Martin du Gard prétend ne pas comprendre les philosophes et d’ailleurs il avoue, dans son Journal, éviter les relations intellectuelles, prétendant se sentir inférieur aux grands penseurs qu’il a l’occasion de croiser. Son athéisme ne serait pas la conséquence d’une réflexion mais plutôt comme un atavisme ne dépendant pas de lui.
Qu’en est-il vraiment ? Faut-il croire l’auteur ou supposer qu’il serait plus philosophe qu’il voudrait bien l’avouer, mais cachant ses spéculations par pudeur ? Martin du Gard a le goût du secret, toutefois il consent à se livrer dans son Journal intime mais il est difficile de conclure…
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